PREMIERE EPOQUE
"Page 1,2. Les historiens espagnols', etc.
MabiAsa, Gauibai, FEnnsaAs, Zubita, sont dca Iiistoriens très estimables. Le premier surtout , qui s'était nourri de la lecture des anciens, écrit souvent avec l'éloquence et le talent de Tite-Live : il semble avoir étudié la manière de cet admirable historien , et n'a pas moins de goût qae lui pour les prodiges. Tous ces auteurs, en général, palssionnés pour la gloire de leur nation , sont quelquefois injustes pour les autres peuples : ils oublient souvent que, si l'amour de la patrie est une des premières vertus de l'homme, l'amour de la vérité est le premier devoir d'un écrivain.
' Page 12. Les écrivains arabes, etc.
Groirait-on que la plupart des historiens arabes ne disent pas un seul mot de la fameuse bataille de Tours? IIuxtazi rapporte simplement que Charles, roi des Français , voyant ks Arah«« a» milieu de la
NOTES. i65.
Fracce, ne vculut point les combattre, dans l'espoir que leurs divisions les détruiraient. « En eâôt, ajoate u cet historien , les Arabes de Damas et de rVémen , « les Bérébères et les Modarites , se brooiltèrei^t , « se firent la gnerre , et la conquête de la France fut « manquée. »
(Cardonne, Hist. d'afbique, tome I, page i3o.) Les lacunes qa*on trouve cbez eux ont quelquefois des motifs plus puissans que leur vanité : plusieurs de leurs princes, entre autres ceux de la dynastie des Almoades, qui régnaient en Afriqiie dans le 12* ûèdc, délfiDdirent, sous peine de mort, d'écrire les annales de leur règne. Novaïri rapporte qu'un de ces princes £t punir du dernier supplice un auteur coupable de ce crime. Cette atroce imbécillité semble une espèce de justice que le despotisme se rend à luimême.
^ Page i3. Dans les romaus espagnols, etc.
Les romans qui mentent quelque estime peignent touiours fidèlement les mœurs du peuple chez qui se passe la scène. Celui de ULS gueabas civiles DE Gmehada, par Ginez Ferez de Hita , que je crois traduit, ou au moins imité de l'arabe, â travers des loo^urs et du mauvais goût, fait beaucoup mieux tonnaitre les Maures que tout ce qu'on en peut lire dans les bistoriens espagnole. U m'a été d'un grand Mcoan pour mon ouvrage 4 et je n'ai pas bésité d'j priodre tout^ce qui convenait à mon sujet.
J'ai encore trouve des détails sur les Grctiadins
i66 NOTES,
dans un immense recueil d'anâennes romances cas« tillanes, intitulé Romaucebo genebAl, dont je parle dans ce Précis. Mais c'est à un littérateur espagnol que j'ai eu les plus grandes obligations : don Juan Pablo Fomer, fiscal de sa majesté catboli<|ue à l'audience de Séville , et aussi distingué par son érudition que par son talent pour la poésie , a bien voulu m'indiquer les sources où je pouvais puiser, et m'a fourni plusieurs mémoires. Je me plais à publier ma reconnaissance pour don Juan Pablo Forner, qui/ me faisant riche de ses lumières , m'a épargné beaucoup de fautes par ses conseils.
4 Page i5. Depuis la fin du sixième siècle , jusqu'au commencement du huitième.
J'ai pris soin de joindre toujours à la date de notre ère la date de l'hégire des Musulmans. Quelques historiens espagnols, comme Garibai, ne sont pas d*accord avec les historiens arabes sur ces années de l'hégire. J'ai cru devoir suivre l'autorité des Arabes, et je m'ensuis tenu à la chronologie de M. Cardonne, qui m'a plusieurs fois assuré lui-même avoir mis une grande exactitude dans ce calcul. Je l'ai pourtant quelquefois corrigé par Ferberas. «Les noms propres arabes, soit par la difficulté de leur prononciation, soit par l'ignorance de l'orthographe, varient encore davantage dans les diflSrens auteurs : alors j'ai toujours choisi les noms les plus connus et les plus doux. Le tableau chronologique des souverains
manie», que j'ai mis â la tête de mon livre, doit ëdaiidr beaucoup de doutes à ce sujet
^ Page 19. Jusqu'à ce qu'ils embrassent l'islamisme , etc.
Le mot ISLAMISME vient d'ESLAM , qui veut dir« coHSÉCBATios A DiEU. Tout cct abrégé des principes de la religioQ musulmane n'est composé que de phrases rapprochées , mais prises mot à mot dans le Koran, chapitres de lA Vachz, du Voyage des Femmes, de la Fumée, de la Gonveasion , de la Table. Ces préceptes s'y trouvent noyés dans une foule d'absurdités, de répétitions, d'idées incohérentes : mais l'ouvrage entier étincelle souvent de verve, et la morale en est pure. Mahomet n'y parle jamais; c'est toujoiurs l'ange Gabriel qui lui apporte la parole de Dieu; le prophète écoute et répète. L'ange prend soin d'entrer dans tous les détails qui ooDcement non-seulement la reli^on , mais la législation et La police : voilà pourquoi , chez les Musulmans, le Koran est à la fois le code des lois sacrées et civiles. La moitié du livre est en vers , l'autre moitié en prose poétique. Mahomet était un grand poète; talent si estimé dans l'Arabie, que les peuples tfi rassemblaioit à la Mecque pour juger les diilérens poèmes que les auteurs venaient afficher sur les mors du temple de la Caaba : le vainqueur jetait cooronoé avec une grande solennité. Lorsque Ma* homet y fit afficher le second chapitre dn Koran , Labib ber babiA, le plus fameux poëte de ce temps 1
i68 NOTES.
déchira l'ouvrage qu'il avait mis eu concurrence , et
s'avoua vaincu par le prophète.
( Du Ryer, Vie de Mahomet ; Savary , Trad. du
KOBAS.)
6 Page 2 1 . Il mourut à Médine , des suites du poison , etc.
Mahomet ne fut point un monstre de cruauté, comme tant d'écrivains nous l'ont dépeint : il fît souvent grâce aux vaincus ; il pardonna même des injures personnelles. Caab, fils de Zohaïr, qui avait été l'un de ses ennemis les plus ardens , et dont b tête était proscrite , osa paraître tout à coup dans la mosquée de Médine , au moment où Mahomet prêchait le peuple. Caab récita des vers qu'il avait fait? à la louange du prophète. Celui-ci les entendît arec transport, embrassa Caab, se dépouilla de son manteau et l'en revêtit. Ce manteau fut depub acieté par un calife , à la famille du poète, la somme de vingt mille drachmes, et devint l'ornement des souverains de l'Asie, qui ne le portaient qu'aux fêtes solennelles.
Les derniers instans de Mahomet prouvent qu'il était bien loin d'avoir une ûme cruelle. La veille de sa mort, il se leva, se rendit à la mosquée, appuya sur le bras d'Ali, monta dans la tribune, fit la prière^ et dit ces paroles : «Musulmans, je vais mourir: « personne ne doit plus me craindre. Si j'ai fraj^ « quel<pi'un d'entre vous , voilà mon dos , qu'il xn8 (c frappe : si j'ai ravi son bien, voilà ma bourse, « qu'il se paie : si je l'ai humilié, qu'il m*humilie|
« je me livre à votre justice. » Le peuple éclatait m sanglots. Un seul homme vint lui demander trois drachmes, filalioniet, en les payant, voulut y joindre rbtérét Ensuite il fit de tendres adieux à ces braves MÀHnois qui l'avaient si vaillamment défendu; il doDna la liberté à ses esclaves , rëgla Tordre de ses fanérailles , et, quoiqull soutînt jusqu'au bout le eanctire de prophète, en disant, même à l'agonie, qu'il s'entretenait avec l'ange Gabriel, il n'en fut pas moins bon et sensible avec Fatime, sa fille, avee son épouse chérie , Aîezha , avec Ali , Omar , ses disciples et ses amis. La douleur et le deuil fîirent universels dans l'Aiabie : le peuple poussait des liurleroens et se roulait sur la poussière; Fatime mourut de désespoir. Le poison qui termina les jours du prophète lui avait été donné, quelques aimées auparavant, par une Juive nommée Zaînab, dont le fi*ère avait été tué par Ali. Celte femme vinâcalive empoisonna un agneau rôti , qu'elle servit i Mahomet. A peine le prophète en eut mis un iBoroc&u dans sa bouche, qu'il le rejeu, en criant que ce mouton était empoisonné. Mais, malgré cette Komptitnde, malgré les remèdes qu'il fit, le poison était si violent , qu'il en soufint le reste de sa vie, et en ffiomut quatre ans après, dans la soixante-trorsième année de son âge.
Le respect, la vénération des Orientaux pour Mahomet ne peut se comprendre. Leurs docteurs •nt écrit que le monde fut &it pour lui 9 que la pre- BÎ^rtrdiose que Dieu créa, fiit la lumière, et que
Cant;ilTr. 1. l5
lyo NOTES,
cette lumière devînt la substance de l'âme de Mahomet , etc. , «te. Quelques-uns ont soutenu que 1« Koran était incréé; d'autres ont adopté l'opinion contraire : de là une foule de commentateurs et de sectes; de là des guerres de religion, qui ont couvert l'Asie de sang.
(Marigni, Hist. des AbAbes; Savary, Vie de Mahomet; dllerbelot, Bibuothèque obientale.)
7 Page 21. Kaled, surnommé tÊpée de Dieu , etc.
Les faits d'armes de ce Kaled, rapportés par les historiens les plus authentiques, ressemblent à ceux des héros de roman. D'ubord , ennemi de Mahomet, il vainquit le prophète au combat d'AnsN, le seul .où Mahomet ait été vaincu. Devenu depuis sélé Musulman , il soumit les peuples qui se révoltèrent après la mort de Mahomet, battit les armées d'Héra* clius, conquit la Syrie, la Palestine, une partie de la Perse , et sortit vainqueur d'une foule de combats singuliers qu'il proposait toujours aux généraux eiH nemis. Un trait de lui fera connaître son carackèrei Il assiégeait la ville de Bostra. Le gouverneur giec, nommé Romain , feignit de vouloir &ire une sortie, et vint ranger ses troupes en bataille devant l'année musulmane. Au moment où le signal allait se donner, il fit demander une confërence à Kaled. Les deux guerriers s'avancèrent aussitôt au milieu de l'espace qui séparait les deux armées. Romain dit au Musulman qu'il était décidé à lui livrer sa ville, e| fo^nn^
4 embrasser llslamisme : mais il ajouta qu'il craignait que ses soldats , dont il n'était pas fort estimé , ne vouhissent attenter à ses jours, et qu'il suppliait Kaled de loi donner les moyens d'échapper à leur vengeance.
Le meilleur de tous, lui répondit Kaled, c'est de Tous battre tout à l'heure avec moi. Cette marque 'de courage vous attirera le respect de vos troupes, et pous pourrons ensuite traiter ensemble.
À ces mots , sans attendre la réponse de Romain , Kaled tire son cimeterre ,. et attaque le malheureux gouverneur, qui se défend d'une main tremblante. A. chaque coup que lui portait Kaled, Romain lui disait : Youlez-vous donc me tuer? Non, répondait le Musulman : tout ce que j'en fais n'est que pour vous attirer de l'honneur, et plus vous recevrez de coups, plus vous acquerrez d'estime. Enfin il abandonna Romain tout meurtri , s'empara bientôt de sa ville, et lorsqu'il revit le gouverneur, il lui demanda comment il se portait
(Marigny, Hist. des Arabes, tome I.)
« Page a^. Les tribus belliqueuses des Bérébéres, etc.
Les Bérébères ont donné leur nom à cette partie de l'Afrique que nous appelons BabbAbie. On les regarde avec beaucoup de vraisemblance comme lei descendants des premiers Arabes venus avec Mélek^ Yafiri][, et confondus avec les anciens Numides. Leur langue, qui diffîre de celle des autres peuples » '. bien être une corruption de la langue piv-
nique ; c'est l'opinion de M. Gliénier. Quoi qu*il en soit f les Bérébères existent encore dans k royaume de Maroc, divisés par tribus, errans dans les montagnes, ne s'alliant jamais avec les Maures, qu'ils n'aiment point, soumis au roi de Maroc, comme au chef de leur religion, mais bravant son autorité quand il leur plaît. Redoutables par leur nombre, par leur courage, par leur amour de l'indépendance^ ils ont conservé leurs antiques mœurs, que l'on trouvera détaillées au septième livre de mon ouvrage, d'aptes Cd que j'ai trouvé dans LÉos l'Afbicais, Marmol, M. Ghenieb , etc.
9 Page 27. Tarik, l'un des plus ^ands capitaines , etc.
Tarik vint aborder au moût de Calpé, et prit la ville d'Héraclée, à laquelle les Arabes donnèrent le nom dePjEBCL-TABiK. Nous en avons £iit Gibbaltab.
»o Page 3o. Sous le califat d'Yézid II, etc.
Ce calife, le neuyième des Ommiades, eut une fin qui mérite au moins de la pitié. Il s'amusait on jour à jeter des grains de raisin à son esclave chérie, nommée Hababah , qui les recevait dans sa bouche. Malheureusement un de ces grains, beaucoup jplns gros en Syrie qu'en Eiu^ope , , A^arrèta dana le gosier d'Hababal^, et l'étoufià sur-le-chanq». Yéaid, an désespoir, ne voulut jamais permettre qu'cm entsixftt l'objet de son amour : il garda son corps huit jours entiers dans sa chambre sans vouloir le quil|8r 4m
insuiit. Enfin , obligé par la oorraptiéi& de enèsEBËr k s'en séparer, il monrôt de sa dotdenr, aprè» av^oir onfonné qu'on Imlmniât dans te ioanbeau de sa cbére Haba£ali.
(Marigny, Hbt. des Abaibs; d*Herfcclot, Bibuo-
THiQUE ORIEIITALE.