INTRODUCTION
« Vous approchez de nouveau, visions flottantes, apparues naguère et de bonne heure à mon regard encore trouble. Faut-il essayer aujourd'hui de vous retenir ? Mon cœur inclinet-il toujours au même rêve? Vous vous pressez en foule. Eh ! bien, régnez souveraines... Je sens battre mon sein des plus vives émotions de la jeunesse, au souffle magique qui pénètre votre atmosphère.
« Vous apportez avec vous les images des jours heureux d'autrefois et beaucoup d'ombres chéries surgissent. Comme des sons éteints dans la nuit des âges et se ranimant à demi, les amours et les amitiés de mes jeunes années ressuscitent avec vous » (Gœthe, dédicace de Faust).
J'éprouve une émotion du même genre au moment d'écrire encore une fois — qui sera la
a GOUNOD
dernière — de l'œuvre et de là personne de Charles Gounod, de cette musique et de ce musicien. Il n'est pas un maître que j'aie connu davantage et que j'aie plus aimé. Quand je regarde en arrière, je le vois pour ainsi dire sur le seuil même de ma vie et, s'il est possible, plus loin encore : témoin ces mots tracés par lui sur le premier feuillet d'un exemplaire de Rédemption : « A mon cher Camille Bellaigue, que j'aime depuis l'enfance de son père. »
C'est un jour de mon enfance à moi, le matin de ma première communion, que je fis personnellement la connaissance de l'illustre auteur de Faust et de Roméo. Présent à la cérémonie, où peut-être nous avions chanté son tendre cantique, alors dans sa nouveauté : Le ciel a visité la terre, il nous attendait sur le parvis : « Maître, lui dit mon père, je vous présente un enfant qui aime déjà la musique, et votre musique. Voulezvous ajouter à toutes les bénédictions qu'il vient de recevoir une bénédiction de beauté ? » Alors Gounod, de sa voix chaude, vibrante, et que j'entendrai toujours, s'écria : « Mon enfant, aujourd'hui je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ta chaussure. C'est toi, qui portes Dieu dans ton cœur, c'est toi qui me béniras. » Et joignant le geste mystique à la parole ardente, sur le pavé de la place et le front décou-