INTRODUCTION
vert, on vit le grand artiste tomber à deux genoux devant le petit garçon. Celui-ci ne le bénit point. Surpris et confus, il fit ce que peut-être vous eussiez fait à son âge : il pleura. Tel fut, entre le maître et le disciple, le commencement de notre inégale, mais tendre et fidèle amitié.
Je ne saurais m'empècher de la prendre aujourd'hui pour conseillère et pour guide. Je ne veux que réunir en gerbe, sur la tombe de Gounod, les hommages que j'ai portés, tant de fois, à son foyer, Aussi bien quelqu'un — c'est, je crois, M. Paul Bourget — a dit avec raison : en tout, mais surtout en art, « la sympathie est la grande méthode ». Toute autre, en ce sujet, me serait impossible. Je suivrai donc celle-là. Le goût public au surplus m'y invite, autant que mon propre sentiment. En dépit de certains efforts, la musique de Gounod reste encore « sympathique » et populaire entre toutes. On ne parle, en parlant d'elle, que de ce que chacun sait, de ce que tout le monde aime. Ainsi l'auteur du présent livre trouve son travail déjà préparé, sa tâche plus qu'à demi faite.
Enfin, puisqu'il s'agit du musicien de Faust, rappelons-nous une maxime de Méphistophélès : « Toute théorie est grise, mais l'arbre précieux de la vie est vert. » Plutôt que d'abuser ici de la théorie, ou de la critique, évoquons l'artiste,
l'homme aussi — peut-être supérieur encore — que nous avons connu, et tâchons (il y avait tant de vie en lui î ) de le voir, ou de le revoir, et de le montrer vivant.