‹ GounodChapitre 30 sur 42 · LES ŒUVRES SACRÉES. — RÉDEMPTION ET MORS ET VIT A · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES SACRÉES. — RÉDEMPTION ET MORS ET VIT A

Mer Gay écrivait un jour à Gounod ; « Je sais ton âme par cœur. Ce n'est qu'en Dieu qu'elle peut se reposer, se dilater et fleurir. » Le prêtre connaissait bien l'artiste. C'est en Dieu qu'après le travail, la fatigue, la défaillance même, cette âme enfin se reposa ; c'est en Dieu qu'elle fleurit, sinon peut-être ses plus belles, du moins ses dernières fleurs.

On ne saurait trop y insister, l'ordre des choses religieuses fut pour Gounod toujours et de plus en plus l'ordre en quelque sorte central de la connaissance et du sentiment, de l'intelligence et de l'amour. Gomme il s'y rattachait lui-même, tout entier, il y voulait tout rapporter et tout soumettre. Grand artiste, Gounod fut peut-être un plus grand croyant encore. Il eut au suprême degré le goût, la passion — le mot, en parlant

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de lui, revient sans cesse — la passion du divin, et du divin sous toutes les formes. Il le cherchaii et le trouvait dans la vérité comme dans la beauté : dans la doctrine de l'Evangile et dans la musique de Mozart, dans une page de saint Augustin, dans une symphonie de Beethoven, dans une loi de Copernic ou de Kepler. Des manuscrits sans nombre témoignent de la place que sa pensée, que son étude constante et poui ainsi dire quotidienne faisait à sa foi.

Dans ia société même et dans l'Etat il entendait sauvegarder les droits de Dieu. Gounod voyait — et prévoyait — tout ce qu'un peuple risque, tout ce qu'il perd à les enfreindre ou seulement à les oublier. Dès l'année 1876, le 2D janvier, il avait écrit, en prenant soin de la dater du jour de la « fête de la conversion de saint Paul », une lettre, anonyme et qui peut être ne fut point envoyée, à Victor Hugo. La voici.

Monsieur et illustre compatriote,

« Je ne suis pas grand'chose et vous êtes une gloire. De plus, vous êtes l'orgaue puissant d'un grand parti politique, dont la prédominance serait la ruine de l'ordre social.

« La loi de la vie, c'est l'équilibre.

« Vous voulez que le troupeau devienne le berger. Vous voulez que la somme des aveugles égale la lumière. Vous voulez qu'il n'y ait plus de maîtres, alin qu'il n'y ait plus de sujets. Nous ne le voulons pas.

« Nous ne voulons pas avoir des maîtres, mais un maître, selon qu'il est écrit : « Ne vous appelez pas maîtres les uns

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« les autres, car vous n'avez qu'un maître, qui est le Christ. » Nous ne voulons pas être « comme des brebis errantes », mais « un seul troupeau n'ayant qu'un seul pasteur ».

« Nous ne voulons pas être « des aveugles conduits par des « aveugles ».

« La souveraineté (je n'ai pas dit la royauté) est de droit divin. Le souverain seul est véritablement Roi ; ces deux attributions n'en font qu'une. Il n'y a, ici-bas, qu'un souverain qui puisse exhiber ses titres de souveraineté : c'est celui qui les tient d'en haut et à qui chacun de nous peut dire, comme le Christ à Pilate : « Vous n'auriez aucun pouvoir sur moi, g s'il ne vous eût été donné d'en haut. » Car l'homme n'a pas le droit de commander à l'homme.

« Vous n'êtes qu'une moitié de la liberté ; vous êtes la liberté décapitée.

« Vous n'êtes qu'un des deux sexes de la vérité. La vérité totale, c'est l'incarnation du droit divin dans le droit humain.

« Nous serons communards le jour où les communards seront papistes. »

Signé : Un Catholique.

Un autre manuscrit, celui-là sans date, traite des assemblées représentatives et de l'État persécuteur du catholicisme. L'actualité ne fait pas le moindre intérêt d'un tel sujet, ainsi que de certaines observations, plus justes aujourd'hui que jamais, qui s'y rapportent.

« Je me borne à une seule question — question capitale, permanente, inéluctable, de tous les instants et touchant à tout — la question de la « Liberté religieuse », c'est-à-dire le droit et la faculté d'honorer Dieu et de le servir selon sa conscience, sans être inquiété, tracassé, traqué par le Pouvoir.

« Or je dis que la valeur réelle, législative et morale, d'une assemblée représentative se mesure d abord et avant tout sur le degré de respect qu'elle professe pour cette liberté, la plus haute, la plus sacrée, la plus inviolable de toutes celles qui constituent la dignité humaine.

« Prenons un exemple. Voici la nation française. Le christianisme catholique est, sans contredit, la religion de l'immense majorité des Français. En principe, la loi française assure à cette religion la même liberté d'exercice qu'à toutes les autres. En fait, c'est tout différent. Le judaïsme, le protestantisme, se professent et s'exercent sans avoir à craindre d'être inquiétés par les vexations, ou les méfiances, ou les susceptibilités des Pouvoirs. L'absence même de toute religion, l'athéisme, jouit de la paix civile la plus profonde, et, ce qui est bien pis, il professe ouvertement, publiquement, sans crainte de répression, par conséquent sous la protection de la loi, les maximes et les théories les plus subversives de toute sécurité, de toute vie sociale et politique.

« ... D'où vient donc que le catholicisme seul ne jouit pas au même degré, tant s'en faut, de la même sécurité ?... Que lui manque-t-il donc, ou bien qu'a-t-il de trop, aux yeux du Pouvoir? Ah ! ce qui lui manque, c'est de pactiser avec

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l'erreur et le mal ; et ce qu'il a de trop, c'est un Dieu qui ne le lui permet pas. »

Ce Dieu, Gounod le voit et le veut partout. Là où il vient à manquer, tout manque. « Lorsque la Révolution se vante de nous avoir donné la liberté, Légalité et la fraternité, elle ment. Elle n'apportait dans les plis de sa robe funeste, et bientôt sanglante, que Y Indépendance, le nivellement et la discorde. La liberté, l'égalité et la fraternité supposent l'autorité. Or l'autorité, c'est la vérité, c'est Dieu même. »

Un peu plus tard, (en 1 883) , le croyant — et le voyant — écrit encore, à propos de certains « faits de grève », comme on dit aujourd'hui :

« Ces soi-disant travailleurs sans travail et sans pain ont pillé de pauvres vrais travailleurs. Ils ont brisé des vitres et fait sauter des portes. Ah ! voilà le commencement ! C'est la conséquence forcée de tout ce qu'on a enlevé de Vérité à tous ces gens-là pendant ce siècle. Et nous ne sommes pas au bout ! »

Lui, bien loin de rien enlever, à personne, de la vérité divine, il la dispense, il la prodigue à tout le monde. Aux siens d'abord, à ses enfants. Il adresse à sa fille une série de lettres véritablement « spirituelles » et théologiques. Lune d'entre elles est l'exposé le plus clair et le plus Fort du dogme de l'infaillibilité pontificale. Ad-

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mirable correspondance, qui débute par ce vœu paternel et sacré : « Puissé-je te procurer ainsi un peu de tout le vrai et de tout le bien dont le désir est l'âme et, en quelque sorte, la respiration de ma vie ! »

Pour un de ses petits-fîls, il compose, en 1890, trois ans avant de mourir, une sorte de catéchisme, un Résumé de la doctrine catholique. En voici les deux épigraphes : la première, tirée de saint Luc : « Une seule chose est nécessaire » ; l'autre, empruntée à saint Paul : « Je n'ai pas jugé que je dusse savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. » Et la dédicace finit par ce touchant adieu : « C'est donc au nom de ta jeunesse et sur le seuil des dangers et des épreuves qui t'attendent, que je mets entre tes mains ce testament de ma tendre sollicitude pour une vie dont je ne serai plus le témoin, mais dont je voudrais être le soutien toujours présent, quoique invisible. Je prie Dieu de m'en accorder la grâce, comme le meilleur prolongement de mon amour pour toi.

Ton vieux grand-père.

Ch. Gounod.

Ce foyer de la vérité religieuse, qui rayonnait autour de lui, Gounod l'entretenait constam-

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