OBSERVATION IV (D'° BERTRAND
X.., premier maître mécanicien à bord du Kléber, fut subitement atteint de goutte, dans le courant de l’année 1876. Un des gros orteils était douloureux, sans rougeur très prononcée et sans réaction fébrile.
Il existait un gonflement marqué. Le mal s’était déclaré tout d’un coup pendant la nuit, mode de début habituel de la goutte classique. Le malade nous apprit qu’il avait eu déjà une première attaque semblable à celle-ci, et que dans l'intervalle de ces deux manifestations articulaires, la santé avait été parfaite. La jointure était restée entièrement libre; pas de production tophacée autour de l’articulation.
Ce premier maître, âgé d'environ 35 ans, est nerveux et sec, sans embonpoint. Aucun de ses parents n’a été atteint de goutte, de rhumatisme et de dermatose. Il est très sobre et n’a jamais abusé du caté ou de
l’alcool : il a toujours mené une existence active ; enfin, souvent embarqué
depuis son entrée au service, il n’a pas eu fréquemment l’occasion d’abuser de la bonne chère.
Nous désespérions de trouver la cause de cette goutte, survenue dans de si singulières conditions, quand nous revint le souvenir du travail de Charcot : L’intoxication saturnine exerce-t-elle une influence sur le développement de la goutte ? Nous interrogeñämes le malade dans ce sens et nous apprimes qu'il avait été autrefois affecté de coliques dites sèches. Malgré l'intelligence du sujet et la netteté de ses réponses, nous ne pûmes savoir si la cause de cette attaque, dont il nous indiquait très exactement les principaux symptômes, avait été reconnue, et surtout si l’on avait constaté chez lui l’existence du liséré plombique. Néanmoins, vu l’absence de toute autre influence prédisposante ou déterminante,
nous acceptions cette étiologie comme fort plausible.