‹ Goutte et Saturnisme dans la MarineChapitre 18 sur 20 · NOTA · texte numérisé non relu

NOTA

sorte de tatouage sous forme de réticulum noir à mailles fines. Enfin un fragment de la muqueuse gingivale, détaché avec une lancette et placé sur le porte-objet du microscope, laisse voir dans les capillaires les granulations noires signalées et décrites par M. le médecin en chef Cras (Archives de Médecine navale, 1875).

Il y a quinze jours environ, cet ouvrier, qui s’était couché bien portant, est réveillé par une horrible douleur ayant son siège dans le gros orteil gauche, douleur exagérée par la chaleur du lit et le poids des couvertures. La nuit s’achève sans que le malade ferme l’œil. Le lendemain, il constate que son gros orteil est tuméfié, que la peau en est rouge et luisante. Il se frictionne avec un mélange d’essence de térébenthine et d’huile de lin. Tout disparut dans la journée.

Actuellement, sa jointure est libre, sans tophus. Cet ouvrier accuse quelques excès alcooliques. Aucun de ses parents n’a été atteint de goutte ou de rhumatisme.

Le retour des accidents articulaires qu’il a éprouvés une fois est probable, car un petit vésicatoire appliqué sur lui, a donné de la sérosité qui, recueillie dans un verre de montre, et traitée par le procédé du fil, s’est montrée chargée d’acide urique.

Les urines sont claires, sans albumine.

CASEMTATRRE AE

Telles sont les observations, trop peu nombreuses peutêtre, sur lesquelles nous nous appuyons pour démontrer que l’étiologie saturnine de la goutte subsiste chez les gens de mer. On peut, il est vrai, nous objecter que rien ne prouve que les coliques sèches des deux malades qui font l'objet de la 4° et de la 5° observations, ont été des coliques saturnines. On nous permettra de reprendre ici la question de l'identité et de la non identité de la colique dite sèche et des coliques saturnines, et de lui consacrer un chapitre spécial pour résumer d’abord l’état de la question et tirer ensuite de l’existence même de cette goutte spéciale, un argument de plus en faveur de la doctrine du saturnisme.

Peu de questions ont autant passionné les médecins de la Marine que celle de l’unicité étiologique de la colique des pays chauds. Des médecins distingués de notre corps, parmi lesquels nous citerons Fonssagrives, avaient trouvé dans les pays chauds et principalement à la côte d'Afrique des cas, plus ou moins nombreux, de coliques sèches dites nerveuses ou végétales, et en avaient noté les observations dans leurs rapports de campagne. D’autres avaient cité de véritables épidémies de cette affection à bord de quelques

navires. À part Raoul, qui entrevit le premier une relation entre cette colique et les accidents dus à l’intoxication saturnine, tout le monde attribua à cette endémie une origine miasmatique. Le miasme triomphait donc, quand Lefèvre entreprit contre lui une campagne vigoureuse. Dans un ouvrage remarquable, publié en 1859, et ayant pour titre : Recherches sur les causes de la colique sèche, il passa en revue toutes les épidémies survenues à bord de différents navires, et prouva clairement qu’on avait eu affaire à des empoisonnements saturnins. Il fit au plomb une guerre acharnée, et il en trouva partout : comme alliage, dans l’étain qui avait servi à l’étamage des cuisines distillatoires, dans divers tuyaux, entre autres ceux des charniers, dans les caisses à eau, dans les peintures au blanc de céruse et les mastics de la machine, etc., etc. A la suite de ces admirables recherches, des modifications heureuses furent apportées dans l'armement des navires de l’Elat, et les épidémies de colique sèche disparurent.

Après la publication du mémoire de Lefèvre, un revirement s’est opéré dans l'esprit des médecins de la marine. On avait vu autrefois des coliques nerveuses partout ; dès lors, on alla jusqu'à en nier l'existence, et les défenseurs euxmêmes de la doctrine miasmatique firent amende honorable à la doctrine du saturnisme: Mais, depuis cette époque, la théorie de la non identité de la colique sèche et de la colique de plomb a reparu, et quelques médecins de la marine, ayant observé des coliques dans lesquelles il leur est impossible de faire intervenir l'élément saturnin comme étiologie, sont, aujourd’hui encore, partisans des deux entités morbides. Toutes deux seraient dues à un empoisonnement ; mais il est de nature bien différente : l’un, parfaitement connu, est de nature métallique, l’autre, encore inconnu,

serait de nature miasmatique. Nous n’avons certes pas la prétention de trancher le différend, soit dans un sens, soit dans l’autre ; notre inexpérience ne nous permet pas d’avoir sur cette question une opinion absolue. Nous ferons cependant remarquer aux partisans de la dualité que les deux affections, colique sèche et colique de plomb, ont non seulement des symptômes semblables, tels que : douleurs abdominales, constipation, liséré de Burton, etc., mais encore présentent un autre caractère commun qui, à lui seul, pourrait servir à établir leur identité clinique : nous voulons parler de la goutte, complication ou suite possible de l’intoxication saturnine, que l’on a souvent rencontrée chez plusieurs malades qui, plus ou moins longtemps auparavant, avaient été atteints de prétendues coliques sèches.

Comment peut-on admettre que deux affections distinctes par leur origine, puissent produire, toutes les deux, un phénomène aussi singulier que la goutte ? Nous avons vu, en parlant de la pathogénie de la goutte saturnine, que, d’après Garrod, le plomb détermine d’abord la néphrite interstitielle, et par suite les manifestations de la diathèse urique ; si on prétend que nos malades des Observations IV et V, ont été atteints non pas de coliques saturnines, mais de coliques dites sèches, il faut admettre que le poison tellurique, le miasme, produit sur l’organisme les mêmes effets que le poison minéral, le plomb; puisque, dans l'une comme dans l’autre affection, on a observé la néphrite scléreuse, précédant les phénomènes goutteux. Il faut donc admettre parmi les causes de la goutte, outre les causes réputées classiques et le plomb, un autre facteur : le miasme paludéen ! Or, pareille constatation n’a jamais été faite.

Pour expliquer la genèse de la goutte chez les malades

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atteints de coliques dites sèches, nous sommes donc obligé de faire intervenir l'influence du plomb; par suite, ce qu'on a appelé colique sèche n’est qu’un accident saturnin, et la doctrine miasmatique n’a pas de raison d’être.

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