‹ Gouttes de véritéChapitre 25 sur 130 · CROIX · texte numérisé non relu

CROIX

Pour l'àme impatiente, les bras de la croix sont arides. L'àme patiente y moissonne toutes les fleurs du saint amour

CLLTE

C'est décidé par les tyranneaux qui nous gouvernent : le Christ n'a plus le droit de triom* pher dans nos rues, et sur nos places publiques ; on supprime les processions.

Citoyens, écoutez-moi bien. On n'étouffe pas, par un décret, un des plus profonds instincts du cœur humain : Il lui faut une religion, et il a besoin de la manifester par le culte extérieur. Nous aurons encore des processions ; j'en appelle

à la révolution dont vous êtes les héritiers, en haine et en sottise. Après avoir fermé la rue au Christ et à ses adorateurs, vous y défilerez vousmêmes, sous quelque habit grotesque, et au bout du défilé, il y aura votre saint sacrement. Non pas un Dieu caché sous les voiles pudiques d'une substance qu'il a transformée ; mais je ne sais quelle goLU'gandine déguisée en Raison, ou bien quelque gros imbécile habillé en Progrès. — Nous serons bien vengés

Qui a bu, boira ; qui est riche veut l'être davantage :

Crescit amor nummi, quantum ipsa pecunia crescit

Les désirs tranquilles de l'homme laborieux qui amasse sou à sou, une modeste aisance, sont rares, la cupidité est rageuse ; on veut être riche le plus tôt possible.

. . .Dives qui fieri vult.

Et cito vult fieri.

Mais alors, adieu le respect des lois, la crainte de faire du tort à autrui, la délicatesse dont s'enveloppe la probité :

. . .Sed quœ reverentia legum?

Quis metus, aut pudor est unquam properantis avari?

Une fois riche, on devient respectable. Personne ne s'inquiète de savoir d'où l'on a ; il suffit d'avoir.

Unde habeas quœrit nemo, sed oportet habere.

(JXTVENAL, Sat. XIV).

Ne dirait-on pas que Juvénal a peint à l'avance nos mœurs contemporaines. Le dernier trait surtout flagelle une foule d'honnêtes gens, de chrétiens même, qui recherchent, sans pudeur l'alliance des fortunes véreuses : Oportet habere !

Il y a cependant un degré de moins dans notre honte. Personne, je pense, n'oserait dire aujourd'hui que la maxime Undehaheas quœrit ne- 7no, sed oportet habere, est digne de Dieu.

Dits atque ipso Jove digna dictio.

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