DEVOIR ET DROIT
Que de gens se montrent, plus qu'il ne faut, jaloux de leur droit. — C'est mon droit ! C'est mon droit ! disent-ils. Ils oublient que, à côté du droit, il y a le devoir, et qu'on a, plus souvent qu'on ne pense, le devoir de ne pas user de tout son droit
La loi du devoir est écrite en toute conscience humaine : « Chaque homme est sa loi, dit l'apôtre, Ipsi sunt sibi lex. »
Mais combien d'âmes ne savent pas lire audedans d'elles-mêmes. Il leur faut, pom* cela, un appareil divin. Cet appareil, c'est la loi de Dieu, promulguée, le Décalogue, à l'aide duquel, l'esprit le plus myope peut voir aisément tout ce que l'homme doit à Dieu, à son prochain, et à lui-même
L'intelligence va plus vite au devoh' que la volonté ; elle le voit, elle le montre, elle l'appelle.
Mais la pauvre volonté traîne après eUe le fardeau des passions, qui la retarde et souvent l'immobilise. Voilà pourquoi il arrive qu'on
voit le bien, qu'on l'approuve, et qu'on fait le mal : « Video lyieliora proboque, détériora sequtyr.))
DIEl
Les âmes simples lisent dans la nature, comme dans un livre ouvert, toutes les perfections de Dieu. Les âmes superbes n'y voient rien :
Car le monde à l'orgueil est un li\Te fermé.
(Lamartine 2^ Médit.).
Chercher Dieu, jusqu'à ce qu'on puisse le voir, et fixer sur lui l'œil de l'âme, sentir, sur son esprit, sa volonté, son cœur, ses instincts, ses passions, le raisonnement de sa face adorable, quel noble emploi de la vie ! quel honneur ! quelJe chaste volupté ! C'est le fruit de ce qu'on appelle, dans le langage spirituel, l'exercice de la sainte présence de Dieu. Par le sentiment profond qu'U donne de sa présence à ceux qui le cherchent. Dieu prélude à la gloire et aux délices de la vision céleste. Cherchons-le donc toujours : Quœrite faciem ejus semper. (Ps.CIV).
Vox Domini in virtute, vox Domini in magniflcentiâ. La voix puissante et magnifique de Dieu
se fait entendre partout, dans la nature, dans l'histoire et dans les âmes ; écoutons-la. Elle brise l'endurcissement du pécheur orgueilleux : Vox Domini conjringentis cedros ; elle ébranle le désert des âmes que le péché a dévastées... concutientis desertum, ; elle hâte l'enfantement des généreuses et magnanimes résolutions :
prœparantis cervos ; elle éclaire la sombre
horreur des lieux où le crime se réfugie, espérant vivre à l'abri du remords : revelabit condensa.
Dieu possède tout infiniment. Que pouvonsnous lui donner dont il ait besoin, et qui l'augmente ? — Sur ce point, le vieil Aristote est d'accord avec le Psalmiste. Celui-ci a dit : Deus meus es tu, quoniam bonoruni meorum non eges. {Ps. XV). Celui-là : Bonum quod undique perfectum est, ipsum per se satis est, nullamque rem externam desiderat. {Lib. I. Ethic. C. 5) . .
Au fond de la mythologie des anciens, il y avait cette grande idée : que Dieu, principe de toute vie, en est aussi l'exemplaire. Voulant être vicieux, ils avaient imaginé des dieux vicieux pour rester dans la règle. « Si tu es surpris en adultère, dit Aristophane, tu te tireras d'affaire, et ton éloquence prouvera facilement que tu n'es pas coupable. Rejette tout sur Jupiter ; dis que ce dieu se laisse vaincre tous les jours par
GOUTTES DE VÉRITF. — 4
l'amour, qu'il ne peut pas résister aux femmes, et qu'on ne doit pas demander d'un homme, qu'il ait plus de force qu'un Dieu. »
{Nuées, Act. III. Se. 2.) Térence imite ce passage :
Quod nie fecit, ego Homuncio non facerem ?
Nous sommes comme l'argile entre les mains •du potier. Dieu fait de nous ce qu'il veut : des vases élégants et magnifiques ; des petits pots sans grâce et sans beauté. Saint Paul qui raconte ce mystère, savait bien ce qu'il en était, lui que le Seigneur appelait « un vase d'élection : Vas electionis. »
J'admire les belles faïences qui ornent le palais du roi des rois, et je chante avec le Psalmiste : Mirabilis Deus in sanctis suis.
Pour moi, mon Dieu, je ne suis qu'un pauvre petit pot indigne d'être vu. Dites de moi ce que vous voudrez ; qu'importe ! Pourvu que je sois dans votre maison, cela me suffit. Plus je vous sais grand, plus j'ai de plaisir à n'être rien devant vous
Ceux qui ne regardent qu'au dehors, voient parfois s'éclipser l6s beautés de la nature. Leur âme attristée retombe lourdement sur elle-même. Le saint regarde en son âme où Dieu réside ; et
Dieu, toujours beau , le réjouit sans cesse.
A cœur aimant, tout parle de ce qu'il aime. Si nous aimions bien Dieu, nous le verrions partout. Le ciel est son palais, le soleil est sa tente ; la lumière est son manteau, la tempête est sa voix, l'orage est le bruit de ses pas, la mer est l'image de son immensité, le torrent, l'image de sa colère, la source, l'image de son inépuisable libéralité ; la montagne est son trône, le parfum des fleurs, l'encens que lui envoie la nature ; les oiseaux chantent ses louanges, la vie universelle, toujours active et toujours renouvelée, est la manifestation de son éternelle vie. « Les cieux racontent la gloire de Dieu... Mon Dieu, mon Dieu, que ton nom est donc admirable par toute la terre : Cœli enarrant gloriam Dei. . . Domine Dominus noster, quam admirabile est nomen tuum in tmiversâ terra .■' »
Dieu ne se retire jamais de nous ; c'est nous qui nous retirons de lui. Il ne s'en va pas quand nous l'oublions, ou lui déclarons la. guerre ; il reste, nous regardant faire nos sottises. Mais parfois il s'abstient, et voilà qui est terrible. Plus de grâces pour empêcher une société de se corrompre et de se dissoudre ; plus de secours, pour la préserver de l'invasion des bêtes de proie qui la guettent et attendent le plus beau moment
de son ivresse, pour se jeter sur elle et la dévorer. Quand un peuple n'est qu'oublieux, le malheur réveille ses religieux souvenirs, et alors, il suffit d'un cri de détresse poussé vers le ciel, pour que Dieu qui s'est abstenu se remette à l'œuvre. C'est le salut. Mais quand on ne veut plus de Dieu, sa méprisante justice laisse faire à la corruption et aux bêtes de proie, leur funeste ouvrage. C'est comme cela hélas ! que nous finirons bientôt, si la haine de Dieu reste triomphante
Nous n'avons pas l'amour de Dieu, si nous ne savons pas l'exprimer par des actes ; pas plus que nous ne connaissons une langue, si nous savons la lire, sans pouvoir la traduire.
La Trinité divine est l'astre qui préside au jour éternel des cieux. L'humanité du Christ est l'astre qui préside à la nuit mystérieuse et passagère de ce monde
On mesure l'élévation d'une âme à la peine qu'elle éprouve de ne pas aimer Dieu, comme il mérite d'être aimé, et de ne pouvoir pas faire tout le bien qu'elle désire, pour lui plaire. . .
Je n'aime pas les écrivains qui me parlent des choses de Dieu, en un style trop cherché et pré-
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cieux, qui côtoie le ridicule, quand il n'y tombe pas. Combien je leur préfère la noble simplicité de Bossuet, et les tendres "effusions" des pieux auteurs qui ne se cassent pas la tête, et ne tourmentent pas le dictionnaire, pour faire parler leur cœur