‹ Gouttes de véritéChapitre 35 sur 130 · ESPRIT · texte numérisé non relu

ESPRIT

On peut avoir beaucoup d'esprit, mais il ne faut pas trop le montrer. L'incontinence d'esprit est, dans la vie sociale, plus nuisible à celui qui s'y laisse aller, qu'à ceux qu'elle gêne. . . .

On vous raille, et vous répondez finement ; c'est bien, vous avez de l'esprit. Si vous aviez pu garder le silence, vous auriez eu de la grandeur d'âme

La communion ! chose étrange et merveiL leuse ! Ce n'est pas une simple rencontre de Dieu et de l'homme, comme celles dont parlent les Livres Saints ; c'est Dieu entrant dans l'homme, pénétrant l'homme, et le changeant en lui-même.

Comment se préparer à une si grande action ? Les Anges eux-mêmes, avec leur pure et sublime nature, ne pourraient pas, sans témérité, s'approcher de la table sainte.

Cependant, le divin Sauveur, en nous donnant

sa chair et son sang a dit : « Si vous ne mangez et ne buvez, vous n'aurez pas la vie en vous, ^i

Malheur donc à celui qui s'éloigne de la communion, pour s'épargner la peine de purifier son cœur et de le rendre moins indigne de l'hôte divin qui veut bien le visiter ! Malheur à celui qui se jette sur le pain des Anges, comme sur une nourriture vulgaire, et fait subir à la chair très pure du Sauveur, le contact d'une âme souillée par mille imperfections !

Faut-il pourtant s'éloigner, parce qu'on est misérable ? Non. — Car l'Eucharistie est remède, en même temps que nourriture.

Si vous avez la conscience pure de toute faute grave, présentez-vous au Sauveur, comme un malade qui demande sa guérison. Détestez les fautes légères et les inclinations mauvaises qui vous rendent incapables de goûter la manne céleste, et de mettre à profit sa vertu perfective. Demandez au divin médecin qu'il vous donne la santé de l'âme. Petit à petit, vous sentirez l'efficacité de la sainte médecine qui guérit toutes les infirmités humaines, et vous pourrez vous estimer moins indigne.

Ne vous pressez pas. Il faudra longtemps, peut-être, pour vous guérir, mais communiez toujours, avec la ferme volonté de devenir meilleur, et la haine croissante des plus petites fautes.

Dès l'origine du monde, Dieu voyait son Eucharistie et la préparait. Voyez de loin vos communions. Quelques instants ravis à vos occupations ordinaires, est-ce assez pour ouvi'ir au Christ le chemin de votre âme ? Si vous arrivez à l'église sans avoir pensé à votre grande action, la Communion devient une surprise. Vous en êtes saisi, et ne savez plus, ni ce que vous faites, ni ce que vous dites. A moins, ce qui est pire, que votre âme, emportée par le travail des pensées vaines qui l'occupent d'ordinaire, ne songe point à la visite de Dieu présent en elle. Que devenir en cet état ? Le fils de Dieu est en vous avec toute sa vie ; mais ne trouvant ouvert aucun des vaisseaux par où il pourrait l'écouler, il la garde. Votre Communion est perdue. Le fleuve de vie a traversé votre âme sans rien féconder.

Voyez donc vos Communions plusieurs jours ou plusieurs heures à l'avance, selon qu'elles sont plus ou moins rapprochées.

Dites à votre âme : « Dieu va venir. — Bienheureux ceux qui sont appelés aux noces de l'Agneau. »

Écoutez la voix des Anges qui annoncent la visite de l'Époux : Le voici, allez au-devant de lui : Ecce sponsus venit, exile obviam ei. Dites-lui, à cebien-aimé : «Très doux Seigneur, préparez ce cœur qui vous attend.» Et oùvrez-le vous-même,

ce pauvre cœur. Il est indigne, c'est vrai ; mais selon la belle pensée de sainte Catherine de Sienne, Jésus est digne de vous faire du bien. C'est pour cela qu'il vient en vous

« Accipe librum et dévora illum : Prends ce livre, et mange-le, » disait une voix mystérieuse à l'Apôtre saint Jean (Apoc. X, 9). — Cette voix nous pouvons, si nous écoutons bien, l'entendre à la porte du tabernacle. Jésus-Christ est le Uvre de vie ; il faut le manger pour le bien comprendre. Une foule d'âmes saintes n'ont pas eu d'autre science que celle qu'elles puisaient dans leurs communions ; elles ont dit et fait des choses sublimes

Si nous devions recevoir chez nous un grand personnage, longtemps à l'avance, tout serait prêt, pour qu'il pût entrer dans une demeure irréprochable. Ce que nous craignons le plus en pareil cas, c'est la surprise. Un meuble mal placé, le faux pli d'un rideau, un grain de poussière, c'est assez pour nous troubler et nous empêcher de jouir de l'honneur qu'on nous fait. Notre hôte est avec nous, nous ne sommes pas avec lui.

Sous cette image famihère, reconnaissons nos communions. La plupart sont des surprises. Si Jésus ne dit rien à notre âme, quand il l'habite.

si son adorable beauté semble avoir perdu la puissance de nous ravir, si le feu de son amour ne se fait pas sentir à notre cœur, s'il ne laisse en nous, après sa visite, que tristesse, inquiétudes et regrets, n*accusons que nous-mêmes. Jusqu'au moment de l'entrée de l'hôte divin, c'est à peine si nous nous sommes occupés de lui et de sa demeure. Il l'a surprise, pleine de ces petits désordres qu'une âme hoimête ne peut souffrir, et dont elle se préoccupe et s'inquiète, au risque de perdre la joie et le bénéfice d'une visite qui devait être pour elle, une fête de douce mémoire. Quand pourrons-nous dire avec assurance : Mon cœur est prêt, Seigneur : Paratum cor meum, Deus parahmi cor meum

« Qu'ils sont aimables, qu'ils sont aimés vos « tabernacles, ô Dieu des armées ! ^lon âme « soupire et languit après les parvis du Seigneur, '( mon cœur et ma chair tressaillent vers le « Dieu vivant. Le passereau même trouve une " demeure pour s'y réfugier, et la tourterelle, " un nid, pour y déposer ses petits. Ah ! Sei- '<■ gneur des armées, mon roi et mon Dieu, que je i< retrouve donc vos autels ! Heureux ceux qui « habitent votre demeure ; ils peuvent sans cesse i' y chanter vos louanges.

« Un jour dans vos parvis vaut mieux que (( mille loin de vous. J'aime bien mieux être le

« dernier dans la maison de mon Dieu, plutôt que « d'habiter dans les tentes des pécheurs. r>

Ainsi chantait David ou le pieux compagnon d'exil qui l'avait accompagné dans sa fuite devant Absalon. Et cependant, les tabernacles, les parvis, la maison de Dieu, dont il est ici question, ce n'est pas encore le temple magnifique que doit bâtir Salomon, c'est la tente provisoire de Sion, où sont recueillis les témoignages de la miraculeuse protection de Jéhovah, sur le peuple d'Israël. Et en présence de ces signes fragiles destinés à disparaître dans les tempêtes de la guerre et de la persécution, quelle piété ! quelle ferveur ! Jusqu'à la défaillance, jusqu'à l'extase ! — Et nous qui possédons Dieu luimême. Dieu en personne, réellement, substantiellement dans nos tabernacles, quels sont nos désirs, notre amour, nos joies, nos préférences ? — Hélas ! ! !

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