FAIBLESSE
La faiblesse est ombrageuse ou trop confiante. Ombrageuse, elle soupçonne, exagère, et devient facilement injuste. Trop confiante, elle se laisse mener. L'homme faible ne voit que par les yeux de l'habile ou de l'audacieux qui s'est emparé de lui. Ses défauts naturels n'en sontqueplus graves et plus redoutables. C'est toujours une faute de lui confier quelque autorité. Mallieureusement, on ne s'aperçoit de cette faute, que quand le mal est fait
Mais ne croyez pas. Monsieur Jordonne, qu'on est faible parce qu'on est d'accord avec ceux que ne peut réduire notre esprit dominateur. Vous supposez à tort qu'un maître n'a pas de volonté, parce qu'il refuse de vouloir comme vous, qui voulez mal
« Tu seras au pouvoir de l'homme, dit le Seigneur à Eve, et il te fera sentir son joug : Suh
viri potestate eris et ipse dominahitur tibi. » {Gen. Cap. III).
Quel sinistre accomplissement de cette malédiction prophétique, surtout dans le monde des Gentils! Pour justifier les abus de son autorité et de son pouvoir, l'homme affiche publiquement son mépris pour la femme. « Les lois, dit Platon, ne doivent pas perdre la femme de vue un seul instant... car si cet article est mal ordonné, elles ne sont plus la moitié du genre humain, mais elles deviennent autant de fois plus la moitié qu'elles ont de fois moins de vertus que nous. » (de Leg.) « L'inconstance du caractère, la mobilité des affections, la perversité naturelle, qui distinguent les femmes, ne manqueront jamais, malgré toutes les précautions imaginables, de les détacher de leur mari. Voilà pourquoi la femme n'est jamais propre à l'état d'indépendance. »
Ainsi parle la loi de Manou. Conséquence : Faire de la femme, une esclave dans la famille, et lorsque le mari vient à mourir, brûler la femme.
« La femme est perverse par nature, dit Hippocrate. »
Pauvre femme ! Elle est bien punie d'avoir induit l'homme à pécher. Elle nous a fait perdre la grâce de notre origine ; aujourd'hui encore, elle est, en bien des lieux, un obstacle à la péné-
tration de la grâce de la rédemption. Le christianisme veut réhabiliter la femme ; mais le Musulman n'entend pas être privé de son esclave ; le sauvage, de sa bête de somme. — En Chine, la condition de la femme est un préjugé vivant qui ne paraît pas près de céder aux influences civilisatrices du christianisine. Mutilée et méprisée, cette triste créature doit se tenir dans l'ombre ; il ne lui est même pas permis de manger avec son mari et avec son fils. Aussi voit-on des femmes chinoises s'imposer des jeimes rigoureux, dans l'espoir qu'à force de souffrances volontaires, elles obtiendront d'être transformées en homme après leur mort. Le christianisme leur ouvrirait les portes du ciel, même sur la terre, puisqu'il les élèverait à la dignité d'hommes, sous une multitude de rapports. C'est ce que l'orgueil chinois ne peut souffrir. Et pourtant, la philosophie a passé par là . .
Ajoutez aux amabilités de Platon, de Manou et d'Hippocrate, les gentillesses du digeste indien. « La femme reste fidèle à son mari, ni par crainte de la loi morale, ni par sévère réprimande, ni par soin de sa fortune, ni par respect pour sa famille, ni par bons traitements, mais
par la seule terreur des coups et de la prison
Le néant, le vent, la mort, les régions profondes,
le coupant du rasoir, le poison, les serpents, ne sont pas, quand ils sont réunis, aussi méchants que la femme. »
Les modernes, moins brutaux, n'épargnent pas la pauvre créature dans leurs analj^ses psychologiques. « La femme est un être vain et égoïste qui aime l'amour de tout le monde, bien plus que les personnes ; — un être léger qui prend au sérieux la supériorité que nous nous attribuons, et l'admiration que nous feignons d'avoir pour nous-mêmes, dans l'espoir de la lui faire partager ; — un être faible et maladif, esclave de l'imagination et des sens. Ne cherchez pas à lui prouver quelque chose ; contentez-vous de lui plaire, car elle se laisse convaincre par celui qui raisonne, et non par ses raisonnements. »
Et c'est par cet être inférieur et méprisable, que l'homme s'est laissé séduire, jusqu'à l'oubli de Dieu ? Il est donc bien bête ! Non, je ne puis pas croire à la vérité de ses mauvais propos ; j'aime mieux n'y voir qu'une pure vengeance de sa honteuse défection
L'homme est-il meilleur que la femme, et vice-versa ? — Distinguons entre la masse et l'individu. — Un homme excellent vaut mieux à mon avis, que la plus excellente des femmes. Mais il y a, je crois, beaucoup plus d'ex-
cellentes femmes, que d'hommes excellents.
(( J'ai lu dans mes livres, dit Caldéron, que l'être qui doit le plus de reconnaissance à Dieu, c'est l'homme, parce qu'il est un petit abrégé du monde ; et moi, je pense que c'est la femme, parce qu'elle est un petit abrégé du ciel. » {La vida es sueno, Jornado II, sc.I). A la bonne heure, voilà un homme aimable ! Et il a raison, si l'on regarde dans l'âme de la femme par excellence, Marie, très sainte mère du Christ, en laquelle tout le sexe a été réhabilité
Il y a des femmes tellement vertueuses qu'elles ne s'imaginent pas qu'on puisse aimer un autre homme que celui qu'on épouse. Telle était Marie-Thérèse, femme de Louis XIV. — Un jour, une rehgieuse carmélite qui l'aidait à faire son examen de conscience pour une confession générale, lui demanda si, avant son mariage, elle n'avait pas cherché à plaire à quelqu'un de la cour du roi, son père : « Oh non, ma mère, répondit-elle avec une adorable naïveté, il n^y avait pas de roi ' »
Et c'est à cette chaste femme que Louis XIV a infligé la douleur et la honte de ses scandaleuses amours et de ses bâtards ! — Ne méritaitil pas de finif comme ces vieux libertins qui épousent piteusement leur gouvernante, et
d'être morigéné dans sa vieillesse par la veuve d'un bouffon ! Heureusement que c'était une honnête et dévote personne
La coquetterie fait arme de tout : « Il n'y a pas un bout de nos rubans, me disait une femme spirituelle, pas un pli de nos vêtements, pas une mèche de nos cheveux, qui n'ait des intentions. »
« La vengeance est le plaisir d'un esprit faible, petit, étroit :
. . . Quippe minuti Semper et iyifirmi est animi exiguique voluptas Ultio. »
Et le poëte ajoute mahgnement :
« C'est dans la vengeance surtout, que la « femme se complaît :
. , . Continua sic collige quod vindictd Nemo magis gaudet quant fetnina. . . »
(JuvEN. Sat. XIII).
Sur ce point, je connais beaucoup d'hommes qui sont femmes
Je viens de lire en tête d'un ouvrage destiné aux femmes, l'épigraphe suivant :
« Il faut rendre les femmes raisonnables, avant de vouloir en faire des chrétiennes. »
Est-ce que je me serais trompé ? — J'ai toujours cru qu'il fallait s'appliquer à faire des