‹ Gouttes de véritéChapitre 37 sur 130 · FLATTERIE · texte numérisé non relu

FLATTERIE

Le flatteur est un malin. A l'heure où vous gobez sa louange, et la croyez sincère et désintéressée, il ouvre, dans la paroi de votre âme vaniteuse, une fenêtre dérobée, par où il reçoit comme l'antique Sérapis, les baisers du soleil. Toutes les faveurs dont vous payez ses bassesses passent par là ; et vous vous imaginez qu'elles sortent par les grandes portes de votre muni licence. Imbécile !

C'est quand il nous imite et devient l'ombre vivante de nos défauts et de nos vices, que le flatteur est consommé dans son art ; car ce que l'homme aime par dessus tout, c'est de se retrouver dans quelqu'un. Qu'avez-vous fait à Dieu, qu'il vous ait donné des flatteurs ? C'est un présent de sa colère, dit le poète :

Détestables flatteiors, présent le plus fvineste, Que puisse faire aux rois la colère céleste !

Hélas, àcecompte,touslesorgueilleuxsontrois!

Lorsque vous voyez venir à vous, des gens que vous ne connaissez pas, et que vous les entendez vous faire toutes sortes de compliments sur vos talents, vos vertus, votre influence, regardez bien leur habit. S'il montre la corde, défiez-vous, et dites tout doucement à votre porte-monnaie : Tiens-toi bien !

Croyons tout : tout ce que Dieu enseigne, tout ce qu'il commande, tout ce qu'il désire. La foi vive et profonde est, dans la vie des saints, le premier élément de perfection.

Croyons que Dieu est la beauté suprême, la majesté infinie, partout présent, plus que le soleil n'est présent à nos yeux, plus que l'air n'est présent à notre poitrine, plus que le sang n'est présent à nos veines, plus que nous ne sommes présents à nous-mêmes. — Est-ce que nous oserons rien faire qui l'offense et lui déplaise ?

Croyons que Dieu est bon, plus que toutes les créatures ne sauraient le dire, qu'il nous a tout donné, et qu'il nous prépare un bien infini, lui-même. — Est-ce que nous ne l'aimerons pas?

Est-ce que nous ne nous donnerons pas à lui tout entiers ?

Croyons que Dieu est souverainement juste ; qu'il ne laisse aucune faute impunie, parce qu'il voit, compte et mesure toutes nos prévarications; croyons que sa justice a devant elle, le champ sans limite de l'éternité, et qu'elle y poursuivra toutes les iniquités des hommes. — Est-ce que nous aurons assez de larmes pour nos péchés ? Est-ce que nous hésiterons à marcher résolument dans les voies austères de l'expiation ?

Croyons que Dieu a souffert pour nous, et que sanglant et déjfigiu'é, il nous invite, par ses gémissements, à le suivre sur la route du Calvaire. — Est-ce que la mortification ne deviendra pas pour nous, aimable et désirable ?

Croire tout cela, d'une foi vive et profonde, c'est la sagesse du chrétien : Tous les biens nous viennent avec elle : Venerunt omnia hona pariter citm illâ

Un de mes amis, l'abbé B..., rencontra sur son chemin un Auvergnat, petit marchand ambulant alerte, joyeux et de facile conversation. C'était dans les environs de Pont-Levoy. Le bonhomme, sans présentation, aborde l'abbé : « Monsieur le Curé, dit-il, ce grand bâtiment qu'on voit là-bas, n'est-ce pas le fameux collège de Pont- Levoy? — Oui, mon ami. — Oh bien! je me

suis laissé dire qu'il y avait là, un proviseur qui se faisait servir tous les jours, un dîner de vingt personnes, lors même qu'il était seul à table. — Et vous l'avez cru ? — Écoutez, je l'ai cru, parce que cane me coûtait rien, mais si ça m'avait seulement coûté un sou, je ne l'aurais pas cru.»

Beaucoup sont Auvergnats dans le royaume de Dieu. Ils auraient la foi, si ça ne leur coûtait rien. Mais ça coûte plus d'un sou, hélas ! . . .

La foi est un vieux joyau qui peut n'être pas à la mode de l'esprit moderne. Il n'en est pas moins de la plus belle eau. Les verroteries de la science humaine ne parent pas une âme, comme ce diamant divin

La foi nous montre le souverain bien pour que l'espérance le désire et l'attende, et que la charité le possède

L'obscurité des vérités de la foi nous fait moins peur que la lumière. Une foule de gens craignent de comprendre, parce que cela les obligerait à bien faire : Nohiit intelligere ut hene ageret. {Ps. XXXV). — Ne soyons pas dupes de ceux qui disent : je n'ai pas la foi. La plupart du temps, ils ne la veulent pas

L'incrédulité prétend avoir rencontré dans la foi, des mystères inacceptables pour la raison.

Elle serait moins fière si nous pouvions pénétrer jusqu'au fond des âmes. Nous y verrions la triste vérité de cette parole de l'Apôtre : « C'est en chassant la bonne conscience, qu'on fait naufrage dans la foi : Bonain conscientiatn repellentes, circa fldem naujragaverunt. » (/ Tim. C 7,19) .

Pour le plus grand nombre de ceux qui ont tué la foi dans leur âme, on peut dire, comme pour bon nombre d'assassins : Cherchez la femme

Lettre à un ami M. E. B.

« La foi ! la foi ! Je voudrais avoir la foi ! Tel est le cri de votre âme, mon ami. Vous sentez le besoin de croire, Dieu soit béni ; c'est un grand pas que vous avez fait. J'ai plusieurs fois entendu dans vos conversations des paroles qui retentissaient douleureusement en mon âme, parce qu'elles me faisaient entrevoir dans la vôtre, un vide, sur lequel il fallait diriger votre attention, avant de vous rien dire de la pratique des devoirs chrétiens, que vous voyez si facilement accomplir autour de vous. Si Dieu vous le montre aujourd'hui, ce vide, n'ayez pas peur d'y porter vos regards et d'en mesurer la profondeur. Faites devant lui cette méditation consciencieuse, dont

VOUS me parlez dans votre lettre, et laissez-moi converser à cœur ouvert, avec vous, comme avec le meilleur ami que j'aie, à l'heure qu'il est, en ce monde, celui dont ma charité de jeune prêtre a voulu et cherché premièrement le salut.

« Fils d'une famille chrétiemie, élevé dans un collège rehgieux, dont vous aimez à vous souvenir, vous avez eu la foi. Il fut un jour où la vérité chrétienne habitait tranquillement votre âme d'enfant. Dieu croissait en vous parce que vous suiviez docilement l'impulsion de sa grâce.

« Cette grâce des jeunes années, nous sommes libres de la conserver par de généreux efforts, libres aussi d'y renoncer. C'est malheureusement ce qui arrive à la plupart des jeunes gens que les passions, les mauvais li^Tcs, les fréquentations dangereuses entraînent hors du chemin laborieux du devoir et de la vertu. La grâce perdue, la foi s'obscurcit ; elle finit par s'éteindre, si l'absence de la grâce se prolonge. Heureuse l'âme dont la raison reste saine, et conserve assez de droiture pour sentir, après l'apaisement des passions de jeunesse, et en face des responsabilités de l'âge mûr, qu'il lui manque quelque chose.

« Vous êtes cette âme, mon ami, et c'est pour obtenir de vous une détermination pratique, depuis longtemps désirée par ceux qui vous aiment, que Dieu vous envoie aujourd'hui les

bons mouvements qui vous font désirer la foi.

« En désirant la foi, croyez-le bien, vous ne désirez pas une chose de luxe, un simple ornement de votre honnêteté, mais un aliment absolument nécessaire à votre nature, pour qu'elle accomplisse sa destinée. La foi est à l'âme, destinée à la surnaturelle et éternelle vision de Dieu dans le ciel, ce que le pain est au corps, naturellement destinée à une vie temporaire et imparfaite. Que dis- je ? — C'est à proprement parler le panem quotidianum, que nous demandons à Dieu soir et matin. C'est, selon l'expression de saint Paul, « le support des choses que nous espérons ; « et d'après le concile de Trente, « le fondement de notre salut, la racine de notre justification. » C'est pourquoi « sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu, nous disent les Saintes Lettres » — « Celui qui ne croira pas sera condamné ; » bien plus, « celui qui ne croit pas en Jésus l'auteur et le consommateur de notre foi, est déjà jugé, )>

« Et remarquez, cher ami, qu'il ne s'agit pas ici de la croyance aux vérités, que la raison peut se démontrer, mais de la croyance aux vérités que Dieu nous a lui-même enseignées, et auxquelles nous devons adhérer fermement, quand bien même, il nous serait impossible de les comprendre, et de les démontrer intrinsèquement. La foi s'élève au-dessus de la raison, et met toute

sa confiance dans la suprême vérité et véracité de Dieu, comme l'indique le mot fides.

« Mais pom'quoi nous imposer une pareille croyance ? — Impertinente question par laquelle l'homme semble reprocher à Dieu le plus grand de ses bienfaits. — Dieu n'était point obhgé de se faire connaître à nous, autrement que par le rayonnement, la manifestatiohde ses perfections infinies dans les créatures ; c'est notre moyen naturel de coimaître. et il y a dans cette connaissance qui peut être indéfiniment perfectioimée, de quoi rassasier l'esprit, remphr le cœm\ ravir tous les sens, béatifier tout notre être. Mais, en creusant dans nos âmes l'appétit de la félicité. Dieu a pris, en quelque sorte, mesure sur sa plénitude infinie. Il a voulu nous fane participer à sa propre félicité, en se donnant à nous, sans moyen terme ; nous béatifier par la vision intuitive de son essence infinie, de sa vie et des harmonies intimes de son impénétrable nature. Voilà notre fin dernière. EUe est tellement audessus de notre nature, que même, en supposant à celle-ci le plus haut de perfectibilité, nous ne pouvons concevoir qu'elle entre dans l'infini, si l'infini lui-même ne l'y attire. Bref, notre fin dernière est proprement surnaturelle. Dieu qui nous l'a assignée Hbrement, est hbre de choish les moyens de nous y conduire, et logiquement, ces moyens doivent être proportionnés à la fin :

fin surnaturelle, moyens surnaturels. Or la foi est, de tous les moyens surnaturels, celui qui se conçoit le premier, puisqu'il prépare tous les autres : l'espérance, la charité, les vertus et les œuvres saintes.

« Malheureusement, tous ne partent pas du principe d'une fin dernière surnaturelle, attendu que ce principe appartient lui-même à la foi. Il ne peut servir de point de départ, et être mis à la tête d'une déduction logique, que pour ceux qui sont plutôt oublieux qu'incrédules, et auxquels il est facile de rappeler les enseignements religieux de leur première éducation.

|< Si vous êtes plus qu'oublieux, cher ami, si les influences d'un milieu rationafiste vous ont mis en défiance contre les vérités de la foi, rappelezvous que Dieu a réuni autour de ces vérités, toutes les preuves extrinsèques capables de justifier notre adhésion, et de préparer un esprit droit à l'acte éminemment humble, généreux, puissant, surnaturel de la foi. Les miracles, les prophéties, la conquête surhumaine du monde païen, par douze hommes sans lettres, sans puissance et sans crédit, l'héroïque confession des martyrs, la vie si longue, si pleine, si inaltérable, si majestueuse de l'Église, dans des conditions de lutte et de résistances, où la plus forte des sociétés humaines aurait péri cent fois ; tout cela converge vers un seul point, le dogme

fondamental de la divinité de Jésus-Christ, le plus grand des thaumaturges, l'objet suprême des prophéties, l'éducatem' des apôtres et la source de leur mission, l'invisible soutien des martyrs qui témoignaient par le sang et la mort, du fait de son existence, de sa vie, et de son œuvre rédemptrice, — fondateur de l'Éghse dont il a prédit les combats et les triomphes, et à qui û a promis son assistance, jusqu'à la fin des siècles.

« Dès qu'il est prouvé que Jésus-Christ est Dieu, il faut bien croire sa parole, quand bien même, elle nous enseignerait des vérités incompréhensibles. Il serait plus qu'étrange que nous eussions confiance en des hommes graves et instruits, qui nous révèlent les mystères des sciences humaines, auxquels, la plupart du temps, nous ne comprenons pas grand chose, et que nous refusassions de croire des vérités dont un Dieu est l'éternel témoin.

« La raison humaine pour légitimer ses résistances, niera-t-elle le dogme fondamental de la divinité de Jésus-Christ ? — Mais ce dogme appartient à l'histoire. Il est écrit dans les préparations prophétiques qu'on voit se dérouler à travers les siècles anciens, et dans la prodigieuse transformation qu'a subie le genre humain, depuis l'avènement de celui que les arabes ont appelé le « désiré dm nations «, le « libérateur »,

le « sauveur du monde », « l'envoyé de Dieu, » « Dieu avec nous.» A toutes les objections inventées par l'incrédulité militante, pour ruiner ce fondement de notre foi, la controverse catholique a opposé des réfutations triomphantes. Dans le champ de la métaphysique, elle a démontré qu'il est absurde de refuser à Dieu le pouvoir de déroger à des lois dont il est le maître absolu, et de révéler un avenir éternellement présent à sa pensée, que, par conséquent, le mhacle et la prophétie sont possibles ; que, dans leurs manifestations sensibles, ce sont des faits qui relèvent de l'expérience et que l'on peut parfaitement constater. Contre l'argumentation multiple et tracassière de la critique, elle a étabh l'authenticité, l'intégrité, la véracité de nos hvres saints et confirmé leur autorité historique, par des découvertes archéologiques, auxquelles on ne s'attendait pas. Elle a prouvé qu'aucune cause naturelle, ne pouvait exphquer les prodigieuses conquêtes du christianisme ; qu'il est impossible d'attribuer au fanatisme, le témoignage sanglant des martjTS, tués, non pour des théories et des systèmes, mais pour des faits, et, entre tous pour le fait capital de l'intervention rédemptrice d'un Dieu-Homme, dans la vie de l'humanité ; que la vie hnpérissable de l'Éghse ne se peut exphquer que par l'assistance surnaturelle du Dieu qui lui a promis l'immortahté ; bref, que le fait capital

de l'existence et de la divinité du Verbe incarné, subsiste en dépit de toute opposition et résistance, et en lui, toutes les vérités du christianisme.

« ]Mais je dois vous le dire, cher ami, tout cet ensemble de preuves ne donne pas la foi ; son efficacité s'arrête à l'éclosion d'une conviction rationnelle qui prépare l'âme à recevoir le grand don de Dieu. Voilà pourquoi nous appelons ces preuves, motifs de crédibilité ; ils nous font voir qu'il faut croire, dit saint Thomas. Analysez leur force, mesurez leur portée, vous verrez qu'ils n'autorisent, en somme, que cette conclusion : Dieu a parlé. Mais cette conclusion est une lumière qui, semblable à la flamme du buisson ardent, vous appelle auprès de ce Dieu révélateur et vous impose le respect de sa parole.

Comme Moïse, vous quittez votre chaussure, vous secouez la poudre de vos pieds, vous vous prosternez, c'est-à-dire, vous vous dégagez du vain appareil de l'argumentation, vous imposez silence aux dernières clamem's de la raison étonnée, vous la soumettez à la parole de Dieu, et vous dites, du fond du cœur : Mon Dieu, je crois fermement.

« Alors, cher ami, votre âme habite un autre monde, le monde surnatmel. Vous croyez, parce que Dieu parle, parce que ce Dieu, possédant essentiellement toute vérité à la lumière de

sa très pure essence, animant toute vérité d 'un amour infini, ne peut, ni ne veut vous tromper. Vous croyez tout ce qu'il vous révèle, même les mystères que l'intelligence bornée de l'homme ne peut comprendre. Vous croyez, et la cause intime de votre foi, son ressort, son énergie, c'est la grâce de Dieu qui tient en respect votre raison, l'éclairé sur son insuffisance, vous excite, vous presse, et vous fait croire.

« On peut être convaincu de la nécessité de croire, et ne pas croire. La grâce est absolument indispensable à la foi. C'est le don mystérieux dont le Sauveur parlait à la Samaritaine auprès du puits de Jacob, lorsqu'il lui disait : « 0 si scires donum Dei ! 0 si tu connaissais le don de Dieu ! » Voilà pourquoi nous prions et demandons la foi poiu" tous ceux qui ne l'ont pas ; voilà pourquoi j'ai juré à Dieu que je l'importunerais jusqu'à ce qu'il vous ait fait la grâce de croire ; voilà pourquoi vous devez demander vous-même cette grâce, avec le candide abandon d'un enfant qui sent ses besoins, et les communique à son père.

« Vous la demanderez, n'est-ce pas, par Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi ? Vous prendrez sa croix, vous la presserez sur votre cœm-, et je doute que vous puissiez affronter pendant un quart d'heure cette sainte entrevue, sans vous sentir ému, sans entendre au fond de

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