‹ Gouttes de véritéChapitre 63 sur 130 · LUXE · texte numérisé non relu

LUXE

J'entends dire que l'amour du luxe engendre les beaux-arts ; que haïr le luxe, c'est haïr les beaux-arts. Avis à l'Église, ennemie du luxe. Mais l'avis porte à faux. L'Église aime la magnificence qui est une vertu, et la magnificence est la vraie mère de l'art. Me dira-t-on que la distinction est subtile ? — Pas plus que la distinction entre la mollesse et la douceur, la brutalité et la force.

L'Apôtre saint Jean représentait l'humanité au pied de la croix. C'est à l'humanité tout entière que Jésus donne sa mère par ces paroles : Ecce Mater tua.

Marie a consenti. Prise entre deux amours, elle s'est décidée pour nous, et nous a enfantés spirituellement dans la douleur : I71 dolore paries filios.

Si nous lui devons le respect et l'amour que l'enfant doit à sa mère, elle doit remplh à notre égard tous les offices de la maternité : Nous aimer, comme une mère aime ses enfants ; avoir soin de nous, comme une mère a soin de ses enfants ; nous consoler et nous protéger comme une mère console et protège ses enfants, et surtout, intervenir pour nous auprès du chef de la famille chrétienne, comme la mère intervient auprès du chef de la famille naturelle. — L'intercession est sa grande force.

Or, la première condition de l'intercession, c'est que l'on ait accès auprès de celui à qui l'on doit demander quelque grâce.

Qui approchera de Dieu, sinon la fille bien-

aimée qu'il a choisie avant tous les temps, l'épouse qu'il a associée à sa fécondité, et qui dit avec lui, du même homme — Dieu, mon Fils.

Marie est mère d'un Dieu : c'est plus qu'il ne faut, pour que nous soyons toujom"s certains du succès de son intercession. Jésus n'a point perdu le respect et l'amour de sa mère, dans la splendeur de sa gloire. Leurs rapports n'ont pu changer de nature, en devenant plus intimes. Les prières d'une mère touchent le cœur d'un homme ; comment un Dieu serait-il insensible aux prières de sa mère ?

A ce titre de mère, se rattache, pour Jésus- Christ, le souvenir' des services rendus. Il a reçu de Marie, le sang de la rédemption ; il a été nourri et élevé par elle, pour le sacrifice. Elle est la grande servante du Seigneur dans l'œuvre admirable de notre salut. En demandant une grâce, elle peut dire à son Fils : Rends-moi ce que tu as reçu : Redde quod accepisti. Aussi Georges de Nicomédie ose-t-il dire du Fils de Dieu qu'il : « paie une dette, en exauçant les prières de sa mère : Implet petitiones quasi solvens debitum : {De Prœsentatione B. M. V. )

Un novice de l'ordre de saint Dominique, rappelait à Dieu cette vérité, avec une naïveté touchante. <( Cher petit maître, disait-il à Notre- Seigneur, assurément, si vous ne me sauvez pas, je le dirai à votre Mère. — Que penserait-on de

vous, si vous abandonniez un de ses serviteurs ? — Je vous demande que, en sa faveur, il vous plaise de ne pas permettre que je me perde pour toujours. Sera-t-il dit qu'une si bonne mère sera refusée par un si bon fils, dans une cause qui est si bonne, et pour laquelle vous avez répandu tout votre sang ? — O bonne sainte Vierge, montrezvous ma mère, et que celui qui a daigné pour nous, être votre fils, reçoive par vous mon humble prière :

Monstra te esse matrem Sumat per te preces Qui pro nohis Natus Tulit esse tuus. »

La seconde condition de l'intercession, c'est deconnaître la cause de celui pour qui l'on intercède. Or, Marie est au courant de tous nos besoins, par expérience, par pressentiment, et par intuition.

Par expérience : car elle a été auprès de celui que l'Écriture appelle l'homme des douleurs^ la Mère douloureuse. Mater dolorosa. Rien qu'en se souvenant, elle devine ce cj^ue nous devons lui demander.

Par pressentiment : car unie à nous par l3s liens les plus intimes, et jamais distraite comme nous, par les besoins de sa propre nature, elle éprouve mieux que qui que ce soit, cette perception vive et subite qui avertit instantané-

ment une âme, de ce qui se passe dans une autre âme.

Par intuition : car besoins et prières de l'humanité, elle voit tout en Dieu, comme en un clair miroii'.

Confiance ! Confiance ! Confiance !

Xous admirons la vertu de Marie ; nous oublions trop que son intelligence était à la hauteur de sa vertu. Jamais âme n'est entrée plus avant qu'elle, dans la connaissance des Saintes Lettres. Pendant les années de son séjour dans le temple, elle lisait et méditait l'Ecriture. Elle y voyait des choses ignorées des plus savants docteurs, parce que l'Esprit- Saint, le docteur suprême, la conduisait en des régions mystérieuses où ne pénètre point l'esprit humain.

Son âme extatique demandait à Dieu le secret de sa vie, avant ce commencement qui vit écloie le monde. Elle admirait les explosions du Verbe divin dans la créature, mais elle savait C|ue ce verba est une personne vivante. Elle voyait au fond des choses la raison du solennel témoignage que Dieu rendait à leur bonté. Elle comprenait la perfection native de l'homme, et mesurait toute la profondeur de sa chute. Elle suivait, dans leur plus lointaine dispersion, les peuples auxquels on ne pensait plus autour d'elle, et

MA TERIA LIS.ME - MA TIEKE 14 1

embrassait du regard l'immensité de la rédemption. Les apparitions angéliques lui révélaient tout ce monde invisible, et son âme montait aux cieux pour se prosterner, au milieu des saintes hiérarchies, devant le trône du Très-Haut. Dans la conduite de la Providence à l'égard de son peuple, rien ne lui échappait, elle en connaissait le but sublime. Elle recueillait et ordonnait les prophéties, et, depuis l'éternelle génération du promis né de Dieu, jusqu'à la consommation de sa gloire,elle n'ignorait rien de ses perfections, de ses anéantissements, de ses travaux, de ses souffrances, de sa mort, de ses bienfaits. Elle devinait et pressentait l'exquise perfection que devait donner la loi d'amour, aux vertus commandées par la loi de crainte. Enfin, son âme était un rational divin, glorieusement illuminé par l'Esprit de Dieu, et sur lequel, on aurait pu lire l'Évangile avant la lettre

MA TERIALISME-MA TIERE

Nous avons fait de la matière, une idole. Elle nous possède, et dans la foule immense de ses travailleurs et de ses jouisseurs, notre misérable siècle donne en spectacle l'accomplissement de

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la malédiction prononcée par le Psalmiste : « Similes illis fiant qui faciunt ea, et omnes qui confidunt in eis. » {Ps. CXIII).

L'âme courbée vers la terre, s'emplit des choses d'ici-bas, et se vide des choses célestes ; ellfc perd sa dignité :

0 curvce in terris animœ, et cœlestium inanes.

Belle exclamation ! digne d'un philosophe chrétien. Elle est d'un païen, le poète Perse. (Saf. II).

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