NAPOLEON
Homme d'audace et de génie, grand capitaine et puissant organisateur.
Il eût été digne de l'empire du monde, s'il n'eût eu l'âme basse. Sa bassesse se trahit à chaque instant dans ses relations avec les puissances européennes ; elle déborde en hypocrisie, mensonges, violences, cruautés, dans ses démêlés avec le Saint-Siège. Comment a-t-il traité l'innocent et doux Pie VII ? Et pourtant, c'est lui qui a dit : « Le plus grand défaut de générosité, est d'insulter un malheureux, parce qu'insulter ceux qui sont en notre pouvoir, et qui, par conséquent, ne peuvent résister, est un signe certain de la bassesse de l'âme. »
Sous le coup des représailles divines, il ne se relève pas. Les confidences de Sainte-Hélène sont pleines d'aveux où l'on entend rugir les colères de son insupportable orgueil. Il y déclare cyniquement son dessein d'asservir toute rehgion à son pouvoir. Il y injurie encore le pape qui, pourtant, s'est fait le protecteur de sa famille exilée. C'est un « popaccio, un pretraccio; » il aurait voulu <( en faire son aumônier ».
154 XAPOLEON
Les francs-maçons qu"il appelle un « tas d'imbéciles )> ont fait une bonne action, en contribuant à diminuer la puissance du Pape et l'influence du clergé. — « Il les a encouragés plutôt parce qu'ils étaient contre le pape, que par tout autre motif. »
Je ne m"en dédis pas, cet homme avait l'âme basse. Le terrible « moi », auquel il rapportait toutes choses, fut cause de cette bassesse. Il a eu raison de dire : « Personne, excepté moimême, ne m'a fait de mal. Je puis dire que j'ai été mon unique ennemi. » {Cf. Mémorial de Sainte-Hélène).
Voyez-vous cette barque qu'un rameur essoufflé pousse contre le courant. Elle marche avec peine, et l'on entend geindre de la rive, celui qui la conduit. Une autre, auprès d'elle, vogue sans effort. Sa blanche voile doucement gonflée ne laisse au voyageur d'autre souci que de prendre l'axe du vent qui l'emporte. C'est l'âme du religieux obéissant, dont la volonté docile s'étale, s'emplit du souffle d'en haut, et se laisse aller où Dieu veut. L'autre, c'est l'âme des pauvres chrétiens qui n'ont, pour se conduire que la volonté propre
Beatus vir... in lege Domini voluntas ejus. {Ps. I) Peu de mots, mais quelle profondeur ! Le bonheur, c'est l'obéissance ; l'obéissance est l'union de la volonté et de la loi, jusqu'à ce que la loi et la volonté, ne fassent plus qu'une seule et même chose. Pour arriver à ce point, ce n'est pas trop que l'homme médite la loi, et le jour et la nuit : Et in lege ejus ^neditabitur die et nocte. {Ps. I)
L'obéissance qui nous garantit de la colère de Dieu, et nous maintient dans le chemin de la justice, ce n'est pas celle qui subit la loi, mais celle nui la saisit et l'embrasse, comme le naufragé saisit et embrasse une planche de salut. — Appi-ehendite discipimam, nequmido irascatur Dominus, et pereatis de via justâ. [Ps. II)
Faire vœu d'obéissance, et ne rechercher en toutes choses, que les satisfactions de sa volonté propre, c'est donner une valeur dont on se réserve de toucher les coupons
Défions-nous de la joie naturelle avec laquelle nous acceptons telles et telles obédiences ; elle vient de la volonté propre. Il faut lui répliquer tout de suite, qu'on serait heureux de faire le contraire, si le contraire nous était commandé.
Un supérieur a-t-il le dessein de nous faire plier sous le joug de sa volonté personnelle ? Il n'y a que lui d'humilié. Il perd le mérite du commandement. Nous gardons le noble mérite de l'obéissance, en ne nous soumettant qu'à la sainte volonté de Dieu
Raisonner l'obéissance, c'est prendre un chemin oblique qui, s'il ne nous égare pas,
retarde certainement notre course vers la perfection '.
Portiques de l'enfer, les maisons religieuses où le supérieur intimidé devient l'esclave des volontés de chacun, se demandant sans cesse ce qu'il peut commander, et de quelle manière il doit s'y prendre, pour être obéi
Deux qualités de l'obéissance : promptitude et ferveur. L'obéissant doit être vif comme le vent, et ardent comme le feu : Qui facit angelos tuos spirîtus et ministrum tuum ignem urentem.
N'entez pas votre obéissance sur la volonté d'un supérieur ; elle peut changer avec lui ; entez-la sur la volonté de Dieu qui ne change pas, et reste toujours le même.
Entée sur la volonté d'un homme, l'obéissance ne produit que des sauvageons que Dieu dédaigne ; entée sur la volonté de Dieu, elle produit, en toute saison, des fruits dignes d'être servis sur la table du roi des rois. . . . . .
Un député, le sieur Jaurès a osé proférer, en pleine Chambre française, ce blasphème : « Si Dieu lui-même se dressait devant les multitudes sous une forme palpable, le premier devoir de l'homme serait de lui refuser l'obéis-
158 OBEISSAXCE
sance, et de le considérer comme l'égal avec qui l'on discute, non comme le maître que l'on subit. Voilà en quoi consiste la beauté de notre enseignement laïque ». Il s'est rencontré quelque douzaine d'extrême-gauchers, pour saluer cette « beauté y\ de leurs applaudissements. Si le siem* Jaurès n'est pas un imbécile, son blasphème l'est parfaitement. Quand Dieu se montre pour commander, il est toujours obéi. S'il avait l'extrême bonté d'apparaître au sieur Jaurès, celui-ci, comme Paul, le furieux persécuteur des Chrétiens, ne saurait que dire humblement : (( Domine, quid me vis facere ? (( Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » — Mais Paul avait, dans sa fureur, des qualités de zèle et de sincérité qui, probablement manquent au sieur Jaurès. Voilà pourquoi Dieu ne se montrera pas
L'obéissance ne détruit pas l'initiative, elle la règle. Il est bon de savoir oser, mais il est meilleur d'oser, sous le contrôle d'une volonté sage. On fait alors avec plus de confiance et de courage, ce que l'on a osé
OlByECTIOXS 159