PROVIDENCE
Xos étonnements, nos murmures, nos reproches, à l'endroit du gouvernjement providentiel, ont pour cause notre courte vue, et par suite, notre ignorance.
Et d'abord, nous ne savons pas ce que la Pro-
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vidence doit gouverner parce qu'il nous est impossible de dominer le monde du regard. Fussions-nous capables d'embrasser dans un vaste coup d'œil, toute la matière créée et ses infinies combinaisons, ses forces, ses mouvements, ses harmonies, nous n'aiu"ions qu'une toute petite idée du gouvernement providentiel? Il nous faudrait connaître encore le monde libre où les résistances se multipKent contre Faction divine, sans faire fléchir son absolue souveraineté, et dans un loiatain inaccessible, le monde invisible où chaque être est un monde. Quel abîme ! quelle nuit !
Et tous les mondes forment un tout dont on ne peut isoler aucun détail, sans méconnaître les rapports multiples qui le rehent à l'ensemble. Le détail qui nous trouble, et que nous avons la témérité de critiquer, peut être, dans l'ensemble que nous ne connaissons pas, une beauté de premier ordre.
En outre, les fins particuHères que Dieu se propose doivent nécessairement être d'accord avec ses perfections infinies. Mais si nous ignorons ces fins, pouvons-nous juger les moyens que Dieu emploie pour les obtenir ?
- Décidément, laissons faire la Providence, et ne la jugeons pas. Nous serions miUe et. mille fois plus ridicules que le rustre sans instruction et sans expérience, qui se mêlerait
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de raisonner la politique générale des États.
Le pécheur est comblé de biens. Quel scandale ! Mais êtes-vous bien sûr que ces biens ne sont pas la récompense d'une vaine vertu que Dieu paie en ce monde, parce qu'il n'en sera tenu aucun compte au jour des suprêmes rétributions, et voudriez -vous échanger la prospérité éphémère du pécheur, pour la peine éternelle qui l'attend ?
Le juste accablé de maux. Quel scandale ! — Mais êtes-vous bien sûr qu'il serait juste s'il ne souffrait pas ? Et s'il est heureux de souffrir pour augmenter ses mérites et sa gloire, et ressembler au Dieu crucifié qui n'est arrivé à la gloire que par sa passion, de quoi vous plaignezvous ?
Que de remparts autour de la pupille de nos yeux ! l'iris, le cristalhn, les paupières, les cils, et ces larmes qui chassent au dehors tous les corps étrangers ! Ce n'est pourtant qu'une image. Dieu-Providence prend encore plus de soins de ceux qui ont recours à lui. Disons-lui donc avec le Psalmiste : « Custodi me, Domine, ut pupillam oculi. )) {Ps. XVI)
Alexandre meurt dans un© orgie ; Annibal s'empoisonne ; César expire sous le poignard
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d'un assassin ; Napoléon est rongé par le chagrin dans une île perdue : coups de la Providence qui veut apprendre au monde étonné par ces hommes prodigieux, qu'ils ne sont entre ses mains que des instruments dont elle se défait, quand elle n'en a plus besoin
Il est bon de connaître les causes naturelles des fléaux, pour les prévenir, si c'est possible. Toutefois, certains savants recherchent ces causes avec une âpreté qui trahit parfois le désir impie d'écarter la Providence et ses justes jugements. Que les inondations, par exemple, soient dues, en certains cas, au déboisement des montagnes, je n'y contredis pas. Cependant, nos pères avaient des forêts, et il pleuvait, et ils étaient inondés. Mais leur foi allait plus à fond que la racine, et plus haut que la cime des arbres. C'est dans leurs péchés et dans la justice d'un Dieu trop offensé, qu'ils voyaient la cause de leurs maux. Et ils apaisaient le ciel, et consolaient leur âme affligée, par la pénitence et la prière.