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Séance de la Convention du i3 mars

4. T. II, p. 52. Comparez ce passage de Micholet, Histoire de la Révolixlion française, L. VIII, ch. m: « Tous ces événements terribles vont tomber l'un sur l'autre avec la pesanteur et la rapidité fatale d'une pierre qui descend h l'abimc. »

5. Mémoires et correspondance de Mallet du Pan, édit. Sayous, t. I, p. 271.

de la terreur. S*il eût été présenté tout à coup et dans toute son horreur, il n*est pas un homme, quelque barbare qu'on le suppose, qui n*eùl reculé d'épouvante. Mais rien ne fut plus éloigné d'un système que la terreur. Sa marche, malgré sa rapidité, ne fut que progressive. On y fut successivement entraîné : on la suivit sans savoir où on allait ; on avança toujours parce qu'on n'osait plus reculer et qu'on ne voyait point d'issue pour en sortir*. »

Mais, si Morris admet certaines lois naturelles qui circonscrivent l'action des hommes, s'il connaît cet engrenage des faits qui vous saisit et vous broie quand on s'y est laissé prendre, il croit aussi que, dans une large mesure, les hommes peuvent agir sur les événements et les diriger avec prévoyance. Mais pour cela une qualité essentielle chez le» hommes politiques, plus nécessaire encore que la haute intelligence, c'est la volonté. Pour ne pasêlre entraîné à la dérive dans la nuit et dans l'inconnu, il faut que Ihomme d'Etat ait un plan arrêté, et en poursuive fermement l'exécution ; il faut qu'il se décide à agir quand il n'est pas trop tard.

En mai 1789, quand se pose la redoutable question de la vérification des pouvoirs des députés aux Etats généraux et que, dans le conflit entre le Tiers et les deux autres Ordres, des commissaires royaux essaient vainement d'amener une conciliation impossible, Morris écrit (3 1 mai) : « On me dit que la commission de conciliation à Versailles s'est séparée sans aucun résultat, malgré une harangue très fleurie de M. Necker. La vanité de cet homme doit être excessive pour penser qu'il peut influer par son éloquence, spécialement alors que l'esprit et l'intérêt de corps sont en opération avec une telle puissance^. »

Au commencement de juillet 1789, après la série de fausses manœuvres et d'hésitations qui ont déjà virtuellement détruit l'ancienne royauté , il écrit à Garmichael : « Le roi, qui il y a longtemps s'est déclaré pour le peuple, a été hésitant. C'est un honnête homme et il désire réellement faire le

I. Mémoires sur la Convention et le Directoire, t. I, p. ^i5. a. T. I, p. 95.

LA MÉTHODE ET LES PRINCIPES DE GOUVERNEUR MORRIS aS

bien, mais il n*a ni génie ni éducation pour montrer la voie vers le bien qu'il désire. Dans le conflit entre les représentants du peuple et ceux de» nobles, il a été induit par ceux qui Tentourent à soutenir les seconds ; mais il s*est porté en avant trop tard et pas de la bonne manière. Le résultat est qu'il a battu en retraite et que les nobles ont été obligés de cédera » A la fin de juillet, dans une lettre'à Washington, il accentue encore davantage ce jugement sur Louis XVI : « Ses craintes le gouvernent absolument et, dans ces derniers temps, elles ont été fortement excitées. C'est un homme bien intentionné, mais extrêmement faible, et probablement ces circonstances le protégeront en tous cas dans sa personne. Un homme habile ne serait pas tombé dans cette situation : mais je crois qu'aucune habileté ne peut maintenant l'en tirer ; il doit flotter à la dérive sur le courant des événements n'étant absolument qu'un chiffre^. »

C'est la faiblesse aussi, le manque de vues claires et de volonté ferme qui a perdu La Fayette, dont personne mieux que Morris n'a dépeint successivement la grandeur et la décadence : « Vous verrez par cette nomination de Moustier que notre ami La Fayette n'a aucune influence. Il va se retirer en Auvergne pour passer l'hiver dans ses terres. Le roi et la reine le détestent et les nobles le méprisent et en ont horreur, si bien que son soleil paraît être couché, à moins qu'il ne se mette à la tête du parti républicain qui, à présent, lui est très opposé. Tout cela résulte de la faiblesse de caractère et de l'esprit d'intrigue qui font avancer le courtisan, mais qui ruinent l'homme d'État**. »

C'est enfin, faute de coup d'œil et de décision, qu'ont succombé les Girondins : ce C'est mon opinion, écrit Morris à Washington le 25 juin 1798, que les membres de la Convention récemment arrêtés ne feront rien, car la plus grande partie d'entre eux n'ont que l'énergie de la parole (^parole energy), et si j'étais appelé à agir par quelque motif urgent, ce serait en conformité de cette idée *. »

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