T. II, p. 201. — 2. T. IL p. 238. Écrit à Vienne
33o GOUVERNEUR MORRIS
naissance Tlmgul est aux gagesde la France '. n Morris n'est pa-s éloigné de le croire. Le 1 3 dccembi'e 1 796, dans le Journal, après celle mention intéressante : « Ayant commencé ce moisci l'étudede rallaniand, — entreprise difficile surtout à mon âge, — j'y consacre mes matinées ». on lit: a Dinéchez M. de Schœnfeldl.,. J'apprendsqueM. Pellin. le /îiûeur de Mirabeau, dinc tous les jours avec M. Tbugut, M. Pellin m'a été dépeint comme un des plus corrompus des hommes vivants. Voilà beau jeu pour les Français. Je présume que lorsque Mirabeau passa n ta Cour, Pellin fut mis dans le secret, assez pour qu'on soit obligéde le traiter avec considération*. » Lc3i janvier 17^17 il (îcrit à lord Grenville et lui parle deThugut: a Yotre lordshipie.il que, sortant de la dissipation de l'homme de plaisir, il devint tout à fait un homme d'affaires fort retiré. Il n'acccpLe point d'invitations et ne va nulle part, mais dîne chez lui, généralement en télé à télé avec certain M. Pellin autrcrois le secrétaire, faiseur et confident de Mirabeau, — un gaillard un, sensible et dépravé. Sir Morton Eden, à qui je fis remarquer celte étrange liaison et les conséquences dangereuses qu'elle peut avoir, me dit que Thugul est si discret que Pellin ne pourrait rien en tirer. — Le Directoire est, dit-on, parfailement informé de tout ce qui se passe dans les Conseils de l'.\ulriche, mais c'est peutêtre une assertion en l'air ^. » D'ailleurs en mai 1798 [i Francfort il a sur Tliugut d'autres idées : a Après dîner je prends M. Crauford pour une promenade en voilure ; il me rapporte la substance des informations reçues par le prince de Heiisse, Son correspondant de Vienne lui dit que la majorité du Conseil étant opposée à Thugut, celui-ci déclara à l'Empereur que les Fran(ais avaient l'intention de l'attaquer, lorsqu'ils seraient débarrassés de ce qui les occupe actuellenienl ; que, par suite, il serait Opportun de se préparer 0 la j,'uerrc ; que. puisque S. M. était amenée à se faïro une opinion dinérenlc, il ne saurait être utile qu'il rest&t eti fonctions et que cela pouvait èlre pernicieux. Sur des remontrances semblables, fréquemment répétées, l'Empereur con-
sentit à accepter sa démission. J'interprète la chose un peu difleremment. Jeconclusque les représentants de la France à Rastadt ont déclaré à Gobenzel que le Directoire ne pouvait pas considérer l'Empereur comme disposé à être en de bons termes avec eux tant que celui-ci garderait à son service Thugut, qu'ils considèrent comme vendu à l'Angleterre; que, tant qu'il ne serait pas renvoyé, ils ne sauraient se conduire envers la Cour impériale comme ils le feraient autrement ; que Gobenzel ayant représenté cela à TEmpereur, celui-ci demanda à Thugut si en effet, comme on le disait, il était disposé à une guerre contre la France, et alors, Thugut déclarant qu'il l'était et donnant ses raisons, l'Empereur lui a signifié qu'à moins qu'il pût adopter une opinion différente, il ne pouvait le garder à son service. La conversation, telle qu'on la donne au public, est, je le présume, arrangée pour sauver la dignité de l'Empereur (ce qu'elle ne fait point) et imaginée par Thugut, un gaillard très retors, dans le double but de garantir l'appui de l'Angleterre et sa pension, s'il en reçoit une ; en môme temps il garde la chance d'une future mésintelligence avec la France malgré les concessions qui sont faites pour l'éviter *. »
Morris redoutait même l'influence du Directoire sur son propre pays; il craignait qu'en invoquant leur amitié, les traités, les services rendus, il n'amenât les États-Unis à prendre parti pour la France. Le 4 mars 1796, il s'efforçait dans une lettre à Hamilton, d'exercer toute son influence sur celui-ci pour prévenir un pareil résultat. « Je n'ai pas besoin de vous dire que, si les gouvernants français persistent ■dans les mesures plus haut mentionnées, l'Amérique sera problablement obligée de prendre part à la guerre. Dans une précédente occasion, où ils le prenaient d'un peu haut, je leur ai dit qu'ils pourraient certainement nous entraîner dans le conflit, mais que certainement aussi cela serait contre eux, quelle que soit notre prédilection pour eux, parce que ce serait folie à nous de risquer notre commerce contre la marine du monde entier ; que nous joindre à eux ne leur ferait