‹ Gouverneur MorrisChapitre 116 sur 150 · I. T. r .. T. II, p. 3=^/' 3. T. II, p · texte numérisé non relu

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<|ucs. Mais la prédiction en elle-même n'a rien d'étonnant et Mori'is n'est point le seul qui l'ait faite. Dès 1789 Rivarol annonçait l'avènement futur d'un Itonaparte : « Que n'altendent-ils pas. écrivait-il, d'une assemblée qui a renversé le trône ? Ils demanderont des lois agraires. Voilà où vous mèneront ceux H qui vous parlez trop d'égalité. Les législateurs ont aussi leurs indiscrétions et le peuple est toujours prêt à les mettre à profit... La licence, ce fantôme cITrayant de la liberté, vous poursuivra dans cette même salle, sous ces mêmes vofttes, où, comme Samson, vous avez assemblé le peuple et vous vous ensevelirez comme lui sous les débris du temple, pour en avoir ébranlé les plus fortes colonnes : /'( sdrelé individuelle el la propriété. Déjà môme où en scrieî-vous s'il se trouvait dans les provinces un Tartufe politique et courageux ? Lui opposeriez-vous ces soldats philosophes el patriotes auxquels vous avez appris à raisonner sur le serment ? Cromwell vous accablerait des mêmes arguments dont vous avez accablé la royauté, et vous ne seriez pas le premier exemple d'une asseinblée législative qui aurait travaille pour un usurpateur', » C'était prématuré, mais en môme temps c'était une donnée classique de la science politique, telle qu'elle s'était constituée depuis le xvi' siècle. Elle adniettait que le régime de la démocratie avait peu de chances de se maintenir dans un grand pays, qu'il aboutissait aux abus multipliés et à l'anarchie, et conduisait ainsi au despotisme, particulièrement à celui d'un chef militaire. Au xvi° siècle dans ses Six livres de la République, Bodin avait une thèse très nette sur ce point ; b Toutes les monarchies nouvellement establies par le changement d'Aristocratie ou d'Estat populaire ont quasi pris commencement alors que l'un des magistrats, ou capitaines ou gouverneurs ajans force en mains s'est fait de compagnon niaistre ou souverain. » Et plus loin il rattache particulièrement à la démocratie le besoin de guerres perpétuelles, dont le despotisme militaire est la suite : 11 Et la vraie raison de ce changement est l'inconstance et témérité d'un populaire sans aucun discours ni jugement et

muable à tous vents : et tout ainsi qu'il s'estonne d'une perte, aussi est-il insupportable après sa victoire et n*a point d'ennemi plus capital que le succès heureux de ses affaires, ni de plus sage ministre que celuy qui le tient fort en bride, c'est à sçavoir l'ennemi vainqueur ; alors les plus sages et les plus riches sur lesquels le hazard du danger doit tomber, voyans les orages et tempestes de tous costez, prennent le gouvernement abandonné du peuple ; de sorte que le seul moyen d'entretenir Testât populaire est de faire guerre et forger des ennemis s'il n'y en a pas. Ce fut la raison principale qui meut Scipion le jeune d'empescher tant qu'il peut que la ville de Carthage ne fust rasce : prévoyant sagement que, si le peuple romain, guerrier et belliqueux, n'avoit plus d'ennemis, il cstoit forcé qu'il se fist guerre àluy-mesme... Le changement de l'Estat populaire en Monarchie est plus ordinaire s'il advient par guerre civile ou par l'ignorance du peuple qui donne trop de puissance à l'un des subjects *. »

Aussi Mably, lorsqu'en 1783 il écrivait ses Observations sur le gouvernement et les lois des Etats-bnis d'Amérique sous forme de lettres à M. Adams, ministre plénipotentiaire des États-Unis en Hollande, signalait-il ce danger classique aux Américains, sortis victorieux de la guerre contre les Anglais : « Combien de précautions ne faut-il pas prendre dans un état libre pour que les citoyens soient de bons soldats et cependant n'abusent jamais de leurs forces ? Négligez-les, il renaîtra des Sylla, des Marins, des César, des Cromwell, des Walstein '^. » Et, malgré toutes les précautions prises, il considérait l'apparition d'un dictateur, d'un Cromwell, comme presque inévitable pour l'Amérique : « La République romaine fut perdue dès que les lois et les mœurs furent en contradiction. Il ne vous faudra de même qu'un Gracque, c'est-à-dire un ambitieux adroit ou un orateur emporté, pour soulever les citoyens les uns contre les autres et les jeter dans une anarchie, d'où l'on ne sort trop souvent que pour éprouver les rigueurs du despotisme. Yoilà, Monsieur, la catastrophe que je redoute. En vain

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