I. T. II. p. «j
358 GOUVEBNEUB MORRIS
Français, un ûmigré, et la note change : a Lavau]jallière, qui arrive pendant la conversation, montre plus de mauvais vouloir que personne contre cet liomtne infortuné. Il semble se Qatter de ce qu'il y ail encore quelque chance de le faire pendre. Il le regai-de, non seulement comme ayant manqué de talents, mais comme très ingrat envers le roi et la reine. Je le défends contre ce dernier reproche, afin de voirquel peut être le montant de l'inculpation, et elle se ramène à deu\ faveurs reçues de la Cour: d'abord le pardon qui lui fut accordé pour être allé en Amérique malgré les ordres donnés en sens, contraire, cl secondement sa promotion au grade de maréchal de camp en passant par-dessus plusieurs autres, qui étaient, pour la plupart, des hommes de grande famille. Pour couronner le tout, il l'accuse de manquer de courage et déclare qu'il l'a vu traité avec mépris, sans qu'il l'ait relevé. A cela j'oppose la négation la plus péremptoire que permette la honne éducation ; et il le ressent. En vérité la conversation de ces gentilshommes, qui ont la vertu et la bonne fortune de leurs ancêtres pour les recommander, me conduit à oublier presque les crimes de la Révolution française : et souvent le tempérament implacable et les vœux sanguinaires qui sont les leurs, me font presque croire que l'assertion de leurs ennemis est véritable, à savoir que c'est le succès seul qui a décidé do quel côté seraient les crimes et de quel côte la misère'. »
En Amérique, Morris, au cours triomphant de l'Empire. persiste à attendre la Restauration. Dès i8o3, avec trop de hâte encore et en mêlant à la vision vraie d'autres vues moins sûres, il décrivait la coalition finale et la curée de iSi^. C'était après la rupture de la pain d'Amiens. Le 34 novembre il écrit à Robert L. Livingston : « Je conviens avec vous que les dernières négociation-; oui clé conduite-t misérable me ni du côté de l'Angleterre. Mai^ Mi\fz couiinent tournent les affairt-s de ce monde. Les minisiri's du l'oi, s'étant empêtrés dans une misérable paix, se .'^onl empLHrés pour en sortir dans uni' guerre dispendieuse et ont par là relevé le sentiment natioDal. auparavant déprimé, et maintenant il est cerSaa danj
..T. II, p. ,,9,
LE DIRECTOIRE, LE CONSULAT ET L'EMPIRE 35c)
des probabilités que les événements, dont ils seront simplement les témoins solennels, les fassent sortir glorieusement de la lutte, et placent leur pays au premier rang des nations. L'Angleterre, en continuant la guerre, peut briser le pouvoir de la France ; car même si le Premier Consul réussît à passer avec cinquante mille hommes, sa situation sera périlleuse. Pendant qu'il sera engagé en Angleterre, les affaires sur le continent peuvent prendre une mauvaise tournure. S'il réussit, les grandes puissances de l'Europe peuvent s'apercevoir qu'elles doivent immédiatement attaquer la France, pour assurer leur propre indépendance ; et s'il a des revers, elles peuvent tomber sur lui, d'un commun accord pour se partager ses dépouilles^. » Il est vrai que voici à la suite des détails moins heureux. « S'il échoue dans sa tentative de débarquement, cela peut lui coûter quelques-unes de ses meilleures troupes et, chez un peuple aussi prime-sautier que la France, cela peut être le signal de la révolte chez celles qui restent; s'il abandonne le projet d'envahir l'Angleterre, sa réputation, qui est tout pour les hommes dans sa situation, sera matériellement atteinte. Quant à conquérir dix millions d'hommes déterminés à conserver leur liberté et leur indépendance, cela est tout à fait hors de question, dès qu'ils ne sont pas mal gouvernés. » Dans ces derniers mots on entrevoit, par une transposition, la future résistance du peuple espagnol.
Morris, on l'a vu 2, avait en Allemagne aidé le duc d'Orléans, le futur Louis-Philippe, de son crédit et de sa bourse. De là une créance à son profit que le duc d'Orléans manifesta l'intention d'éteindre à la fin de l'année i8o5. Les relations qui reprirent alors entre eux amenèrent le duc à demander à l'homme d'État une véritable consultation sur les moyens de restaurer la maison de France. Morris la donna en effet, dans une lettre qui serait, d'après l'éditeur, du commencement de janvier 1806. Elle fut certainement écrite à un moment où Morris croyait au triomphe de la coalition alors formée contre la France. Gela montrerait qu'au commencement de janvier 1806 on ne connaissait pas aux États-Unis