T. II, p. t
:i^o GOUVERNEUR MORRIS
la méfiance toujours croissante que, dans les Etats particuliers, le peuple des États-Unis montre envers les législatures. La plupart ne siègent plus que tous les deux ans et, dans ces dernières années, on à vu inaugurer un nouveau système qui ne leur donne plus de session ordinaire et obligatoire que tous les quatre ans.
. Pour arrêter cette décomposition graduelle n*y a-t-il aucun moyen ? 11 en connaît bien un, celui qu'il a déjà proposé à la Convention de 1787. Ce serait un Sénat au moins viager et il le rappelle encore : « Peut-être, après enquête impartiale, il peut apparaître que le pays le mieux gouverné (en prenant pour étalon une longue période, comme un demi-siècle) est celui où la principale autorité est remise à un Sénat permanent*. » Mais de cela il ne faut plus parler. Il en arrive à préférer le gouvernement direct de la foule à celui des assemblées représentatives. « La barrière du respect (outwork) a été emportée depuis longtemps, et chaque élection nouvelle présente un tableau plus hideux de Tesprit public, de sorte que si le caractère du peuple doit être apprécié d'après les objets de son choix, il nous sera difficile de prétendre à la sagesse ou à la vertu. On ne peut trouver aucun autre exemple de cette maladie, si ce n'est chez les Athéniens et même le gouvernement de la populace chez cette extravagante tribu était à certains égards préférable à la démocratie représentative. La populace est certainement un législateur capricieux et un tribunal déréglé, mais au milieu de sa folie elle a quelque sentiment de l'honneur national et quelque égard pour la justice. Un corps de représentants, lorsqu'il est influencé par l'esprit de parti, accomplira de^ actes de cruauté et de bassesse, que le plus corrompu de ses membres n'oserait avouer dans sa \ie privée^. » Morris a-t-il, ici encore, devancé les sentiments futurs de ses compatriotes ? L'introduction de plus en plus large du gouvernement direct en matière législative, l'emploi de plus en plus répandu du référendum, sont en effet un des moyens par lesquels les Américains essayent aujourd'hui de corriger les exagérations qu'entraîne avec elle la législation de parti.