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mise en train contemplent leur œuvre avec étonnement. Les ministres contribuent à la destruction de l'autorité ministérielle, sans savoir ni ce qu'ils font ni que faire. M. Necker, qui croit qu'il dirige tout, est peut-être un instrument tout autant que ceux dont il se sert. Sa chute est désirée, je le crois, mais elle n'arrivera pas aussi vite que ses ennemis le désirent. Gela dépendra beaucoup du chapitre des accidents, de savoir qui gouvernera les États généraux, et si même ils seront gouvernables. Dieux ! quel théâtre que celui-ci pour un premier rôle * ! » — « Je suis d'avis (20 avril 1789), que, si la Cour essayait de reculer, il est impossible de prévoir les événements. Les chefs du parti patriotique sont allés si loin qu'ils ne peuvent plus battre en retraite avec sûreté. S'il y a quelque vigueur réelle dans la nation, le parti dominant dans les États généraux peut, s'il lui plaît, renverser la monarchie elle-même, au cas où le roi commettrait son autorité dans un conflit avec e\x. La Cour est extrêmement faible et les mœurj^sont si extrêmement corrompues, qu'ils ne peuvent réussir, s'il y a une opposition consistante. A moins que la nation entière soit également dépravée, la probabilité, je crois, c'est qu'une tentative de recul, au point où en sont les choses, fera tomber la Cour dans un mépris absolu ■^. »
— « Après dîner (27 mai) je me promène dans les Champs- Elysées, je rencontre M. de Durrort,qui me cKt que le nombre des troupes dans les environs de Paris est pour empêcher le tumulte si les États généraux sont dissous ; je ris de cette idée qui montre seulement ses désirs et ceux de ses amis ^. »
— « Au Club ce soir (21 juin) on dit que la séance royale, qui devait avoir lieu demain, est remise. Le 20, à 5 heures, M. Necker a écrit une lettre au lieutenant de police, déclarant qu'on n'a pas l'intention d'empêcher la prolongation de la session des États généraux. Lorsqu'il y a appréhension d'un côté et détermination de l'autre, il est aisé de voir comment les choses tourneront *. »
Le i" juillet, dans une lettre à Jay, il résume la situation avec une netteté extraordinaire : « Les Etats généraux sont
I. T. I, p. 55, — 2. T. I, p. 59. — 3. T. I, p. gi. — fi. T. I, p. io3.
déjà en session depuis longtemps et ils n'ont rien fait. Jusqu'Ici ils ont été engagés dans une discussion sur le point de savoir s'ils formeraient un corps ou trois. Les Communes, qui sont j'opri^i'iitées par un corps égal aui. deux autres, el qui de jiliis iirit pour elles la moitié au moins des représentants du ('li>i :^i . insistent pour former une Chambre unique. Elles ont réussi, mais les nobles ressentent profondément leur situation. Le roi, après s'être mis de leur c6té, a été effrayé et les a abandonnés. Il n'agit que par terreur. La soldate.sque dans cette cité. particuliÈremcnt les gardes françaises, déclarent qu'ib n'agiront pas contre le peuple. Ils sont actuellement régalés par la noblesse et paradent dans les rues, ivres, poussaiil (Ips hourras en faveur du tiers... Les gardes du corps soiil fil général de cliauds adhérents du tiers autant que pcr- .soiiiii'. quelque étrange que cela puisse paraître, de sorte qii'i'ii léiilité l'épée a glissé des mains du monarque sans qu'il te si.il rijierçu de la moindre chose', o
Dit- {•<: moment Morris connaît et décrit la future Cgnslitu- [inii qui doit sortir de l'Assemblée nationale.: « Déjà certaines ptrsaiiiica parlent de limiter le vélo du roi sur les lois, et, cciiiiMii.' ils ont jusqu'ici cruellement senti l'autorité exercée par [rurs princes, toute limitation de cette autorité leur parait d('si mille. Comme ils n'ont jamais senti les maux d'un trop faillir L\écutif, les dangers qu'on peuten appréhender ne font p 11 t bl t ni g 1 lf(f
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la pensée profonde qui l'inspira et que les survivants des grandes crises révolutionnaires révéleront à la Convention dans la discussion de la Constitution de Tan III. Nous les retrouverons en étudiant plus loin Tanarchie administrative.
Ce qu'il a écrit à Jay, il le répète (toujours au commencement de juillet) à Carmichael : « Le roi qui, il y a longtemps, s'est déclaré pour le peuple a depuis été hésitant. Dans le conflit entre les représentants du peuple et les nobles, son entourage l'a décidé à soutenir ces derniers. Mais il s'est montré trop tard et pas comme il fallait. Le résultat, c'est qu'il a battu en retraite et que les nobles ont été obligés de céder. La noblesse, qui aujourd'hui ne possède ni la force, ni la richesse, ni les talents de la nation, a opposé à ses adversaires plutôt de l'orgueil que des arguments. Tenant embrassés les chers privilèges de siècles depuis longtemps disparus, ils ont clabaudé à la Cour, pendant que leurs adversaires ont partout accaparé la pleine confiance du public. Ceux-ci, connaissant et sentant la force de cette situation, sont allés de l'avant avec une audace qui, pour ceux qui ne sont pas au courant des faits, a paru de la témérité. Mais cette hardiesse en a imposé — ceux qui sont à la tête de l'opposition qu'ils rencontrent n'ont ni talents ni vertu. Le chef n'a pas même du courage, et sans le courage, vous le savez, en temps de révolutions il n'y a rien. — Les troupes françaises, autant que je puis voir, ne serviraient pas contre leurs compatriotes et les troupes étrangères ne sont pa^ assez nombreuses pour faire une sérieuse impression V... Au moment où j'écris je considère la souveraineté de ce pays comme étant eflectivement placée entre les mains de l'Assemblée nationale, car vous remarquerez qu'elle a pris ce nom au lieu de celui d'États généraux, ce qui revient à une législature américaine qui se changerait en Conye/i/ioft ^. Ils entendent faire immédiatement une Constitution et je ne doute point qu'ils n'obtiennent le consentement du roi ^. »
I. Voir la suite du passage ci-dessus, p. 21. — 2. Ci-dessus, p. io5. 3. T. I, p. 11^-116.
ii8 GOUVERNEUR MORRIS
Cependant le roi, ou plutôt son entourage, n'avait pas perdu l'espoir de regagner le lerrain perdu. Cette fois il n'y a pas de doute, c'était la force que l'on comptait employer et la dissolution de l'Assemblée nationale que l'on avait comme objectif. Voici comment Rivarol présente l'action du gouvernement : « Le gouvernement alarmé de toutes les atteintes que l'on portait à l'autorité royale, soit à Paris, soit dans les environs; voyant d'ailleurs que l'agitation des esprits allait toujours croissant et qu'une population aussi monstrueuse que celle de Paris interprétait- mal l'énergie de l'Assemblée nationale et s'autorisait eq même temps de la défection d'une grande partie des gardes françaises, le gouvernement, dis-je, crut devoir arrêter dans leur germe les affreux désordres qui allaient résulter d'une telle disposition. 11 fit approcher assez de régiments d'infanterie et de cavalerie pour en former un camp aux portes de la capitale. On plaça de l'artillerie sur toutesles avenues de Versailles et des patrouilles nombreuses et continuelles mirent bientôt le séjour du roi hors d'insulte... Rien ne peut égaler la terreur qui s'empara de l'esprit de tous les^ épulés à la vue des troupes et des canons. Ils inondèrent la pitalc et les provinces de lettres effrayantes ; on ne parla enlôt plus que des attentats de l'autorité contre l'Assemblée àtionale... On disait que Paris allait être assiégé et l'on jmplalt déjà les canons et les bombes qui lui étaient réservés, tellement que l'effroi, sincère chez les uns, simulé chez lesautres, gagna bientôt la capitale et les provinces. Ainsi, pendant que le roi rassemblait des soldats et multipliait les secours, l'Assemblée assemblait les suffrages et multipliait les craintes. Pour le dire en un mot, le roi et l'Assemblée se disputaient l'année ' . »
Morris surveillait la marche rapide des événements et de son œil perspicace il calculait les forces en présence. Il est aisé de
I. Journal politique national, n» 8 ; Œuvres choisies, t. I, p. 33-35.
LES ÉTATS GÉNÉRAUX. L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE ng
voir qu'à ce moment il était avec TAssemblée ; car il voulait la liberté pour la France et il sentait bien qu'un coup d'État, dispersant les députés, c'eût été la monarchie absolue rétablie et consolidée.
Dans la lettre à Carmichael plus haut citée, il annonce nettement la partie qui se joue : « Les partisans de J'ancien régime sont parvenus à avoir un large corps de troupes rassemblé dans ce voisinage ; mais, si mes conjectures sont justes, ces troupes seront bientôt dispersées. L'assemblée nationale a déjà marqué sa désapprobation ; mais la chose ne s'arrêtera pas là et tôt ou tard le roi doit les renvoyer. Même je suis porté à croire que sela sera cause que le royaume sera débarrassé des troupes étrangères ; car, ne pouvant compter sur les régiments français, ils ont choisi principalement Jes étrangers. Le but probable de ceux qui sont au fond de raffaire est de surprendre un ordre de Sa Majesté, grâce à ses craintes qui sont maintenant continuellement excitées, de sorte qu'il est constamment le jouet d'appréhensions. Mais c'est une partie plus diflicile et plus dangereuse qu'ils ne se l'imaginent. L'Assemblée a décidé que tous les impôts cesseraient lors(]u'elle se séparerait, excepté ceux qu'elle continuerait à imposer. Cela lui assure une existence et une durée aussi longues qu'il lui plaira de prendre et, si elle est dispersée, la France certainement refusera de payer. Une armée ne pourra jamais briser une entente générale à cet effet*. » Morris, on le voit, apprécie à sa juste valeur la précaution puissante que le génie de Mirabeau avait inspirée à l'Assemblée. Le coup était paré d'avance.
Le 8 juillet 1789 Morris se promené aux Champs-Elysées: « Je rencontre M. Applelon et M. Jefferson qui me content les nouvelles de Versailles. Il y aura samedi soir 25 000 hommes dans et autour de Paris. Quelques-uns parlent d'une séance royale pour lundi, mais cela n'est pas fondé. Je vais chez M. Le Goulteux. Ils ont de tristes nouvelles : que les États généraux vont être dissous, la banqueroute décrétée, la paye des troupes diminuée, etc. *. » C'étaient là de fausses nouvelles,