‹ Gouverneur MorrisChapitre 36 sur 150 · I. T. I, p. i3o-i3j. — 2. Mémoires, \. III, [>. iSy · texte numérisé non relu

I. T. I, p. i3o-i3j. — 2. Mémoires, \. III, [>. iSy

désir de m'accompagner à la Bastille. Gapellis et l'abbé Bertrand sont là qui attendent. Alors parait Mme avec Mlle Duplessis. Nous montons tous ensemble dans la voiture de Gapellis et nous allons à la Bastille. Nous avons quelque difficulté à passer au milieu des gardes, malgré mon passeport. Dedans, nous rencontrons Tarchitecte employé à la démolition, une vieille connaissance des abbés, qui est charmé de se rendre utHe. Il nous montre tout, — plus que je ne désire en voir, car cela pue horriblement. L'assaut donné à ce château fut une entreprise hardie*. »

En ces jours de triomphe populaire, et le lendemain même, se présente à lui un autre spectacle qui fait l'avenir plus sombre : « Après dîner (22 juillet), je marche un peu sous les arcades du Palais-Royal en attendant ma voiture. A ce moment la tête et le corps de M. Foulon sont introduits en triomphe, la tête au bout d'une pique, le corps traîné nu sur la terre. Ensuite cette horrible exhibition est promenée dans différentes rues. Son crime est d'avoir accepté une place dans le ministère. Ces restes mutilés d'un vieil homme de soixante-dix ans sont montrés à son gendre Berthier, l'intendant de Paris ; ensuite celui-ci est également mis à mort et dépecé, la populace traînant ces débris dispersés avec une joie sauvage. Bon Dieu ! ([uel peuple ^\ »

Comme Morris l'a constaté, après le 28 juin, suivi du i4 juillet, la force de résistance de l'ancienne monarchie était épuisée ; elle était à la merci de l'Assemblée, désormais souveraine. La dernière capitulation, celle des 5 et 6 octobre 1789, n'est que la conclusion fatale des prémisses acquises.

C'est donc vers l'Assemblée que devait se tourner le regard de l'observateur et c'est bien sur elle que Morris concentre son attention. Cependant c'est, on peut le dire, du dehors qu'il l'a étudiée. Il était peu assidu aux séances, n'allant guère à

LES ÉTATS GÉNÉRAUX. L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE lag

Versailles que lorsque Ty appelait l'intérêt des aiFaires financières ou commerciales, auxquelles il était mêlé ou lorsqu'il ■accompagnait Mme de Flahaut à quelque séance de l'Assemblée. Dans la lettre à Jay citée plus haut, il disait : a Versailles est le plus triste séjour de la terre et, bien que je sois tenté par la forte passion de la curiosité d'y aller et de suivre les débats des Ëtats généraux, je n'ai pas encore pu prendre sur moi de le faire*. » En réalité, ces débats l'intéressaient fort peu. Ils étaient pour lui trop techniques et surtout trop oratoires. En janvier 1790, il écrit à Washington : « Au reste on ne discute rien dans l'Assemblée. Une bonne moitié du temps est dépensée à crier et à brailler. — C'est leur façon de parler. Ceux qui ont l'intention de parler inscrivent leurs noms sur une tablette et sont entendus dans l'ordre où les noms ont été inscrits, si les autres veulent les entendre, ce que souvent ils refusent de faire, en maintenant un vacarme continuel jusqu'à ce que l'orateur quitte la tribune. Chaque personne à qui il est permis de parler expose le résultat de ses élucubrations, de sorte que les partis opposés brûlent leurs cartouches et c'est le plus grand des hasards (une chance contre un million) si les arguments ainsi lancés arrivent à se rencontrer '^. » Le fond des thèses produites ne lui déplaisait pas moins que la forme de la discussion, comme il l'écrit à Short au mois d'août 1789 : « A propos du cours forcé, de ce papier terré, maintenant mort et enterré^, l'Assemblée a commis bien des bourdes dont il ne faut point s'étonner. Ils ont pris pour guide le génie au lieu de la raison ; ils font des expériences, au lieu de suivre l'expérience et ils errent dans l'obscurité parce qu'ils préfèrent l'éclair à la lumière*. »

Lorsqu'au mois d'octobre, l'Assemblée se fut transportée à Paris, il eût été plus facile à Morris de suivre ses séances. Mais de nouveaux éléments de trouble altéraient encore les

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