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LES ÉTATS GÉNÉRAUX. L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE Uî
tel droit positif aux citoyens, par exemple la liberté de la presse, ou le jugement par le jury. D*autre part, les devoirs religieux et la nécessité du culte y sont parfois rappelés. Ces déclarations étaient alors bien connues en France *, on y a fait allusion plus d'une fois à l'Assemblée nationale, et même quelques-uns, à tort selon moi, soutiennent qu'elles sont la source de notre déclaration de 1789. En réalité, c'est là, de part et d'autre, un produit de la philosophie du xviii® siècle ; un résumé des thèses sur le droit naturel, qui constituaient alors la principale philosophie politique, si bien que la plupart des articles de notre déclaration trouvent leur meilleur commentaire et leur éclaircissement le plus pénétrant dans les écrits de Locke. Tous les publicistes de cette école voulaient une déclaration des droits, et, pour d'autres raisons, les économistes en voulaient une aussi ^. C'était en quelque sorte un lieu commun de la science politique au temps de Louis XVI * et cela se voit bien au nombre de projets de déclarations des droits qui furent déposés à l'Assemblé constituante.
Morris n'en est pas moins hostile à notre Déclaration. 11 y a là une méthode absolument opposée à la sienne. C'est l'abstraction au lieu de la réalité vivante ; la fausse supposition que les hommes sont tous pareils et raisonnables. Sur ce point il exagère certainement, car les hommes auxquels songeaient les Constituants c'étaient leurs contemporains, ces hommes cultivés du xvin*^ siècle, qu'une éducation semblable et un même mouvement d'esprits avaient faits à peu près pareils. Comme l'avait dit Rousseau : « Il n'y a plus aujourd'hui de Français, d'Allemands, d'Espagnols, d'Anglais même, quoi
I. Constitutions des treize États-Unis de l' Amérique à Philadelphie (et se trouve à Paris chez...) 1788. — Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, comparée avec les lois des peuples anciens et modernes et principalement avec les déclarations des États-Unis de l'Amérique, 2' édit. Paris, Tan troisième de la liberté.
2. /Mercier de La Rivière et de Le Trosne insistent sur ce point.
3. Un royaliste pur, J.-B. Moreau, dans son Discours sur la justice (Versailles 1786), composé pour l'éducation de Louis WI, traite (p. 2o5),<( des droits que l'homme tient de la nature et que le gouvernement est destiné à maintenir et à protéger ».
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qu'on en dise : il n'y a que des Européens. Tous ont les mêmes goûts, les mêmes passions, les mêmes mœurs*. » On ne songeait point, pour le moment du moins, à l'humanité tout entière. Mirabeau, qui fut à l'Assemblée l'un des principaux ouvriers de la. déclaration des droits, œuvre d'ailleurs collective, disait qu'aucun des membres du comité « n'avoit pensé à déclarer les droits des Gafres, ni ceux des Esquimaux, pas même ceux des Danois et des Russes^ ».
Mais pour Morris il y avait autre chose : le danger de voir les démagogues se servir de ces axiomes généraux pour ruiner les lois et réclamer l'absolue liberté et la complète égalité ; ■c'est aussi le danger que signala plus d'un orateur à l'Assemblée constituante. Voici ce qu'il écrivait en janvier 4798 à Lady Sutherriand dans une curieuse pièce de vers anglais sur les eflets produits par le manifeste de Brunswick, dans laquelle il établit un dialogue, ou chant alterné, entre lui €t sa charmante correspondante. Il lui fait dire, à propos des Sans-culottes : ce Ils ont préparé la seconde Révolution. Ce sont eux qui ont conduit cette nation abandonnée hors du chemin du salut, pour suivre ce schéma fantastique, les droits de l'homme ; un rêve d'écolier, où des mots vagues et ambigus conduisent aux plus sanglantes conséquences^. » Il va si loin, en ce sens, qu'il conteste dans une conversation avec Marmontel, jusqu'à l'égalité devant la loi, même l'égalité des peines : ce Après diner il expose la méthode par laquelle il conteste la doctrine des droits de l* homme qui vient de faire ses dents, en demandant une définition du mot droit, et de cette définition il tire une conclusion contre la prétendue égalité des droits. Il admet pourtant que tous sont égaux devant la loi et sous l'empire de la loi. Je conteste la position qu'il prend et lui fais remarquer que là où il y a une grande inégalité de rang et de fortune, cette égalité de traitement légal détruirait toute proportion et toute justice. Si la punition est une amende, elle écrase le pauvre et ne touche pas le riche. Si c'est un châtiment corporel, il dégrade