Courrier de Provence, n» xxix, p. 23. — 3. T. II, p
LES ÉTATS GÉNÉRAUX. L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE i45
le prince, mais ne blesse pas le mendiant. Il est saisi d'une conviction profonde à cette observation. Je n'en tire qu'une conclusion, c'est que dans les sciences morales toute règle générale comporte de nombreuses exceptions et que, par conséquent, les conclusions logiques tirées de ces règles doivent être souvent erronées. J'aurais pu pousser plus loin mon observation (comme je Tai fait quelquefois), l'étendre à la compensation légale des injures où les variétés sont plus grandes parce que la partie coupable et la partie offensée sont de rang différent dans la société. Je pourrais aller plus loin et noter ces différentes variétés de sentiment que les mœurs des différentes nations, introduisent dans la vie sociale, car c'est un fait que « le mal que nous ressentons réside surtout dans « l'appréhension ». Par conséquent le législateur, qui voudrait ramener les sentiments de l'humanité à la mesure métaphysique de sa propre raison, ferait preuve de peu de science, quoiqu'il pût déployer beaucoup de génie ^ » Ce sont là, il faut le reconnaître, d'assez pauvres raisonnements, et il n'est pas aujourd'hui un pays civilisé qui ne reconnaisse et ne pratique l'égalité des citoyens devant la loi pénale. Nous aurons plus loin l'occasion de revenir sur les forces cachées dans la déclaration des droits.
Morris était mieux inspiré et plus modéré lorsqu'il donnait à La Fayette, en janvier 1790, le conseil suivant : « Il me dit que lui et d'autres sont résolus à choisir certains articles dans la Constitution, telle qu'elle existe actuellemement, pour en faire une Constitution proprement dite, laissant le reste à la merci de la législature-. J'approuve cela, mais encore cela dépendra beaucoup de la sélection. Je lui suggère qu'au sujet de leur déclaration des droits, ils devraient imiter les maçons, qui jettent à bas leurs échafaudages, lorsqu'ils ont terminé la maison^. » Morris exprimait là une idée sur laquelle on a souvent insisté de nos jours. On a dit, et cela est exact dans
a. C'est ce qui sera fait au mois de juillet et d'août 1791» sous le nom de révision de la Constitalion.
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une large mesure, que la Déclaration des droits de t'homme et da citoyen était surtout la condamnation solennelle des principes de Tancien régime, prononcée par la Révolution, l'exposé des principes d'aprts lesquels allait être reconstruite la société nouvelle. Une fois la construction terminée, le plan n'avait plus d'objet. Pour conserver ce frontispice, cet ensemble d'aïiomes qui ne valaient que par l'adhésion spontanéeetunivcrselle des citoyens, il fallait avoir cette foi profonde dans la puissance de la vérité et de la raison, qui distingue les hommes du iviii' siècle.
Morris, d'ailleurs, qui ne nie jamais la réalité, n'hésite pas dans la suite à reconnaître l'effet prodigieux de la déclaration sur les contemporains. Le 5 novembre 179a il écrit à Carmîchael qui alors est a Madrid : « 11 est vrai que les armes françaises sont couronnées de grands succès. Les villes tombent devant elles sans coup férir et la Déclaration des droits produit un effet au moins égal à celui des trompettes de Josuc'. » Le ï5 janvier 1798, écrivant à Jefferson, a qui il raconte la mort de Louis XVI. il dit : « Je joins à ma lettre une traduction d'une lettre de Suéde que j'ai reçue du Danemark. Vous y verrez que les principes Jacobins sont propagés avec zcle de toutes parts ^. »
Quant h la Constitution même, l'organisation et les rapports des pouvoirs publics, MoitIs signale tout d'abord deux vices essentiels : l'Assemblée unique et le uefo simplement suspensif. Le l3 septembre 1789 il arrive à Paris, revenant de Londres: c Vers sept heures j'arrive à l'hôtel Richelieu. Je m'habille et vais au club. J'apprends que l'Assemblée nationale a adopté une seule Chambre législative et un veto suspensif au prolitduroi. (j'cst prendre le grand chemin qui conduit à l'anarchie, à la pire de toutes les tyrannies, le despotisme d'une faction dans une Assemblée populaire ^. » Le [6 il dine cher M.deMontmorin; « Aprtïs dîner nous avons une conversation poliliqueavec quelques députés, dans laquelle j'essaie de leur montrer l'absurdité (le leur veto suspensif et ta tyrannie probable de leur Chambre unique. Je ferais mieux de laisser cela, mais le ïèlc l'emporte