‹ Gouverneur MorrisChapitre 47 sur 150 · I. T. I, p* ibh' — 3. Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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seulement 3 ooo livres d'arrérages pour le momenl. D'ici au i" juillet prochain, la liste doit être examinée et les absent» ne recevront rien jusqu'à leur retour'. Je vais chez Mme de Staël, où le sujet est discuté très amplement. Je leur dis que si les privilèges étaient abolis, c'était la route ouverte fi la ■ destruction de toute propriété. Cela soulève une dispute sans fin, dans laquelle elle montre beaucoup détalent et peu de bonne éducation Les opinions sont diverses, mais elles seront toutes pareilles. J'ai émis cette idée pour faire impression sur certains qui m'ont, je le sais, appelé aristocrate parce que je n'approuve pas leurs sentiments. Je trouve Mme de Fiahaut au désespoir au sujet de la réduction des pensions ; maiselle a très peu de motifs. Je parviens à l'en convaincre, ou. plutôt, elle était convaincue par avance: mais elle dit qu'elle criera très haut. Ses domestiques ce matin sont venus lui apporter l'assurance que, s'il est nécessaire, ils se mettront au pain et à l'eau les six mois prochains. L'évêque d'Autun arrive... il dit que le décret concernant les pension^ n'aurait pas passé si ce n'avait clé de l'abbé de Monteaquiou. Je dîne chez M. de Montmorin. Les pensions naturellement fournissent le sujet de la conversation. Je traite les décrels comme une violation du droit de propriété. Il parait être ainsi considéré, mais pas à un point de vue aussi étendu que celui où je me place. J'établis un parallèle entre cet acte et l'indemnité donnée par la Grande-Bretagne aux loyalistes américains. On considère que l'absence d'un grand nombre de membres, qui étaient allés diner, a été cause de ce décret^, s Morris en cela exagérait clairement. Les pensions dont il s'agit étaient presque toutes des faveurs, des grâces que le roi faisait aux courtisans. Même selon notre ancien droit français, les grâces et privilèges de cetteespèce pouvaient èlre révoqués par le roi, non pas arbitrairement et ad nulum, mai» pour juste cause. Or en janvier 1790, le trésor étant ■vide, il n'y avait que trop juste cause.

Tous les pri\ilcges. ni même toutes les propriétés ne commandaient pas aux yeux de Morris le même respect. Il ne

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répugnait point à ce que la nation utilisât les biens du clergé pour combler le déficit et payer la dette. Il eût voulu seulement qu*on procédât par mesures prudentes et successives, et qu'on obtînt le consentement du clergé, ce qui était conforme à la thèse que Le Vayer de Boutigny exposait sous Louis XIV * . Le 4 octobre 1 789 il dîne chez Mme de Flahaut avec Talleyrand, qui lui expose ses plans financiers : « Au sujet de la propriété de l'Église, j'émets l'idée qu'il faudrait obtenir le consentement du clergé, et d'abord seulement l'hypothéquer, puis la vendre par degrés, afin d'obtenir la pleine valeur. J'établis qu'elle servirait de garantie pour le capital, et les dîmes de garantie pour les intérêts d'un emprunt qui devrait être souscrit i m média tenvent avec l'aide de l'étranger^. »

Il ne faudrait pas croire qu'à ce moment le consentement du clergé de France, dont parle Morris, eut été impossible, ni même difficile à obtenir. Voici une anecdote suggestive que 'abbé Morellet, cet autre libéral conservateur, transmettait à lord Shelburne le 28 septembre 1787 ; cela se passait à l'Assemblée des notables de cette année-là : « Le maréchal de Mouchy était à l'Assemblée dès notables à côté de l'évoque de Nevers. et, comme on traitait la question des privilèges du clergé, il éleva la voix et dit que les biens de l'Église étaient sacrés, que la dime étoit de droit divin ; l'évêque le tira par la manche et lui dit à l'oreille : Monsieur le Maréchal, nous ne disons plus cela^. »

L'Assemblée préféra affirmer directement et d'autorité les droits de la nation sur les biens ecclésiastiques, ce qui était l'opinion dominante parmi les publicistes de la seconde moitié du xvin® siècle. Voici encore ce qu'écrivait l'abbé Morellet à lord Shelburne le 6 janvier 1791 ; « Il est impossible de rendre jusqu'à quel point on pousse envers les ecclésiastiques rinjustice et la cruauté. Nous sommes menacés d'une spolialion entière ou presque entière : quand je dis nous, ce n'est

1. Traité de l'aulorilé des rois touchant l'Administration de l'Eglise^ 1G83.

3. Lettres de Tabbé Morellet, de rAcadémic française, à Lord Shelburne, depuis marquis de Landsdowne(i 772-1803) avec introduction de Lord Edmond Fitzmaurice, Paris, 1898, p: 267.

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pas du corps moral du clergé dont je parle, et que je ne crois pas susceptible d'une véritable propriété, mais nous, individus titulaires vivans, que la plus grande partie de TAssemblée croit pouvoir dépouiller de leurs possessions sans indemnité en foulant aux pieds le droit que leur donnent la possession, la prescription, toutes les lois*. »

Talleyrand tenait à son idée. Le 8 octobre 1789, Morris écrit : « A onze heures je reçois une note de Mme de Fiahaut. L'évêque est arrivé et désire me voir. Je vais au Louvre. J'examine son plan concernant la propriété de l'Eglise. Il en est entiché : la chose est bien en soi, mais le mode n'est pas si bien. Il y est attaché comme un auteur, ce qui n'est pas un bon symptôme pour un homme d'affaires. Cependant notre amie insiste si instamment près de lui qu'elle le fait céder sur un point-. » Il constate le 2 novembre 1789 : « Ils ont décidé que la propriété de l'Kglise appartient à la nation, ou, tout au moins, que la nation a le droit d'en disposer. Cette dernière expression paraît avoir été choisie par esprit de conciliation ^. »

En janvier 1790 enfin, dans une lettre à Washington il expose l'idée première des assignats et indique préremptoirement les raisons pour lesquelles ce plan doit échouer * : mais ce n'est pas là actuellement notre sujet.

Ce qui paraît effrayer Morris plus que la nationalisation des biens du clergé pri^e en elle-même, c'est la ruine de la religion catholique, bien qu'il soit protestant. Le 10 novem- 1789 il assiste à une représentation du Charles IX de Marie- Joseph Chénier : « Je vais avec le comte d'Afry à une représentation de la tragédie de « Charles IX », qui a pour thème le massacre de la Saint-Barthélémy. C'est une pièce dont la représentation est très extraordinaire dans un pays catholique. Un cardinal qui excite le roi à violer ses serments et à assassiner ses sujets, puis dans une réunion d'assassins consacre leurs poignards, leur donne l'absolution de leurs crimes et leur promet le bonheur éternel, tout cela avec les solen-

I. Op. cit., p. 291. — 2, T. I, p. 178. — 3. T. I, p. 2i3. !\. T. I, p. 28 A.

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ni tés de la religion établie. Un murmure d*horreur court dans Taudiloire. Il y a plusieurs observations calculées en vue du temps présent, et je perfse que cette pièce, si elle passe dans les provinces, comme elle le fera, portera nécessairement , un coup fatal à la religion catholique. Mon ami, Tévêque d'Autun, a fait un grand pas vers sa destruction en attaquant la propriété de l'Eglise. Sûrement jamais une nation n'a roulé plus rapidement à l'anarchie. Ni droit, ni morale, ni principes, ni religion*.

Avec le- serment des prêtres et la constitution civile du clergé le mal s'aggrave. Morris d'ailleurs ne considère l'un et l'autre que quant à leurs conséquences politiques. Le 26 novembre 1790 La Fayeltc lui demande un conseil : « Il me demande ce que je pense d'un plan d'agitation, en ce qui concerne la protestation des évoques, à savoir leur retirer leurs revenus. Je lui dis que l'Assemblée doit les mettre à la porte tout nus si elle désire que le peuple leur donne des vêtements ^. » Mais il va plus loin et lui, l'ami et l'hôte de la France, il cherche dans la mesure du possible à exciter contre elle la papauté. Le 2 mars 1791 il passe la soirée au Louvre, chez Mme de Flahaut : « Plusieurs personnes entrent et sortent. A la fin, nous nous divisons en deux bandes pour voir les illuminations da Paris, à raison de la guérison du roi. C'est une nuit terrible et le vent, vraiment très haut, est de l'Ouest avec de la pluie. Les illuminations étaient la chose la plus pauvre, la plus mesquine qu'on puisse imaginer. M. de St-Foi (sic) arrive entre dix et onze et nous dit que le Pape a mis le royaume de France en interdit. Gela doit produire quelque agitation dès que cela sera connu ^. » Il s'empare de cette idée et voici ce qu'il dit le 28 mars suivant à Maury, qu'il rencontre chez Mme de Nadaillac et qu'il méprise d'ailleurs, comme nous le savons * : « Je dis h l'abbé Maury que je m'attends à ce qu'il obtiendra le chapeau de cardinal que de Lomérue a renvoyé. Je lui dis aussi que le Saint-Père a fait une faute, en ne mettant pas le royaume en interdit. Il

I. T. I, p. 233, — a. T. I, p. 362. — 3. T. I, p. 3g3. ti. Ci-dessus, p. (j^.

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me répond que l'opinion n*est plus avec le Saint-Siège, et que, sans une ' armée pour l'appuyer, l'interdit n'exciterait que la dérision ; que l'exemple de l'Angleterre rend Rome prudente. Je réplique que le cas est quelque peu différent, et que d'ailleurs, comme l'Assemblée n'a rien laissé au Pape il peut jouer à coup sûr, puisqu'il ne peut plus rien perdre ; que, dans tous les cas, il aurait mieux fait de ne rien faire que prendre des demi-mesures, parce que l'humanité par degrés peut s'habituer à tout. Il reconnaît la vérité de cela et avoue qu'il aurait préféré les partis extrêmes. Je lui dis qu'à partir du moment où la propriété de l'Église a été saisie, j'ai considéré que c'était la fin de la religion catholique, parce que personne ne voudra être prêtre pour rien. Il est pleinement de mon avis ' . »

Cependant son ami Talleyrand poursuit son entreprise, sans défaillance, mais pon sans crainte. « Je vais au Louvre, écrit Morris le 24 février 1791, voir Mme de Flahaut. Elle est au lit ; je joue avec elle au whist à douze sous. L'évêque d'Autun craint horriblement pour sa vie. Lorsqu'elle est rentrée chez elle la nuit dernière, elle a trouvé dans une enveloppe en blanc un testament de son évêque, qui la. fait son héritière. De certaines choses qu'il a laissé tomber dans la conversation elle a conclu qu'il était décidé à se détruire, par suite, elle a passé la nuit dans, une grande agitation et dans les larmes. M. de St-Foi (sic) qu'elle a fait lever à quatre heures du matin n'a pas pu trouver l'évêque, celui-ci ayant couché près de l'église où il devait aujourd'hui consacrer deux évêques nouvellement élus. A la fin il se découvre que, par suite de menaces répétées, il craignait que le clergé voulût le faire tuer ce jour-là, et il avait donné ordre de ne remettre la lettre que ce soir, comptant la reprendre s'il passait la journée en vie 2. »

Il est une autre classe de privilégiés, une autre sorte de corps, dont Morris approuvait la destruction. Ce sont les parlements. Il a bien vu que leurs droits politiques n'étaient

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qu'un élément de trouble et ne pouvaient engendrer la liberté véritable ; que cette union, dans un faux équilibre, du pouvoir judiciaire et d'un pouvoir quasi législatif, était une création malvenue de l'histoire. C'est aussi ce que pensait l'abbé Morellet lorsqu'il écrivait à lord Shelburne le 28 novembre 1787, au moment où l'opposition des parlements reprenait: « Je n'oserois encore vous assurer qu'il résultera pour nous de l'état actuel une véritable représentation nationale, substi-: tuée à nos parlements qui ont toujours bien mal rempli cette fonction*. » Dès le 3 juillet 1789 Morris écrit : « Cantaleu, qui est ici, est tout bourré de politique et dit que je suis fréquemment cité par les aristocrates comme étant de leur parti. Gela me conduit à expliquer mes opinions avec lesquelles il s'accorde et il en paraît enchanté. Le point de conciliation est l'abolition des parlements, que je crois nécessaire à l'établissement de la liberté, de la justice et de l'ordre ^. » Le 3 novembre suivant il note : « Je vais au club et apprends que l'Assemblée a aujourd'hui suspendu les parlements., C'est un meilleur coup porté à la tyrannie qu'aucun de ceux qu'ils aient frappés jusqu'ici ; mais il va occasionner bien de la fermentation parmi les nombreux personnages influents, dont ils sont composés ^. » Sur ce dernier point Morris se trompait. Ce colosse aux pieds d'argile tomba sans résistance ; les parlements disparurent, engloutis par cette révolution dont ils avaient été les premiers promoteurs. Cependant ils paraissaient si bien être l'un des traits essentiels de l'ancien régime que parmi les émigrés qui préparaient une Restauration, beaucoup se proposaient de rétablir ces augustes cours avec leurs anciens droits. Au mois de juillet 1796, Morris, alors en Angleterre et abouché avec les représentants de Louis XVIII, trouvait cette idée chez le duc d'Harcourt et la combattait : « Dîné chez M. de Ciricello, le ministre napolitain : le duc d'Harcourt, qui est là, me parle d'abord du duc d'Orléans, puis, d'une façon générale, des affaires de France. Il a fort en tête de rétablir les parlements. Je recommande de la part du nouveau roi des déclarations générales telles qu'elles ne

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