T. I, p. 478.— 3. T. I. p. 5o8. — II. T. I. p
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pour Monciel (alors ministre). Leur ordre est captieux ; et, s'ils ne rougissent pas de l'inconsistance de leur conduite, ils pousseront rudement les ministres * . »
En dehors des ministres jacobins, un seul ministre put vraiment se faire écouter de l'Assemblée. Ce fut Narbonne, le grand seigneur, qui, disait-on, avait dans ses veines du sang royal « quelques-uns le disent fils de Louis XV par Mme Adélaïde, sa propre fille et l'une des tantes du présent roi ^. » C'était l'ami de Talleyrand et sa jeunesse avait été fort orageuse. Nous avons vu qu'il avait ambitionné le portefeuille des affaires étrangères : « Mais alors le roi ne voulut pas l'accepter à cause de la grande indiscrétion de Mme de Staël ; au commencement de la Révolution il était l'amant on titre de celle-ci ^. » Il réussit à se faire nommer ministre de la Guerre, à la retraite de Duportail, mais Morris augurait mal de son succès. « M. de Narbonne est allé ce matin (4 décembre 1791) à l'Assemblée pour annoncer sa nomination. Je serais surpris, s'il réussissait ; car, bien qu'il ne manque en aucune façon d'intelligence, je crois qu'il n'a pas l'instruction nécessaire, qu'il n'a pas acquis l'habitude des affaires et qu'il est totalement dénué de méthode en politique*. » Or il se trouva que ce viveur, par sa verve, son audace et son entrain, plut à l'Assemblé. Morris constate ses succès, mais en même temps lance contre lui de graves accusations dans la lettre à Washington du 17 mars 1792 : « Il s'est fait l'avocat de toutes les mesures violentes : chez des hommes réfléchis cela eût éveillé les soupçons, mais non point dans l'Assemblée. Il s'est associé aux partisans de la démocratie et, pendant que, par ce moyen, il s'assurait contre leurs clameurs, il a pris grand soin de ses intérêts pécuniaires. Gela du moins m'a été affirmé et l'on ajoute qu'il a eu l'impudence de payer ses dettes, bien qu'il soit notoire que ses propriétés (qui sont à Saint-Domingue) sont au nombre de celles qui ont été dévastées ^. »
Voilà ce que l'on peut reprocher à l'Assemblée. Que peut-on reprocher au roi ?
I. T. I, p. 547. — 3. T. I, p. 607. — 3. T. I, p. 5oG, 607 ; cf., p. ti'jB. à. T. I, p. 486. — 5. T. I, p. 522.
aSa GOUVERNEUR MORRIS
Avec le régime ministériel qu'établissait la Constitution, son rôle était difficile. Devait-il prendre des ministres qu'il choisirait uniquement à raison de leur capacité et de la confiance qu'il aurait en eux ? Devait-il, au contraire, constituer un ministère, qui reflétât la majorité de l'Assemblée et qui, étant uni, essayât de gouverner avec elle ? C'étaient deux conduites franches et possibles : Louis XVI n'adopta ni Tune ni l'autre. Le premier ministère fut composé, on l'a vu, pour complaire à la coalition des constitutionnels. Il comprenait Duport du Tertre, Duportail, Delessart, ïarbé. Cahier de Gerville et Bertrand de Molleville ; plus tard Narbonne remplaça Duportail, Sur la plupart d'entre eux Morris a fourni d'amples détails ^ On peut dire aue ce n'était ni le ministère de l'Assemblée, ni le ministère du Roi. Ce dernier avait bien songé à le composer autrement : a Lorsque s'agitait la question de savoir qui succéderait à M. de Montmorin, le roi de son propre mouvement nomma le comte de Moustier et lui écrivit à ce sujet une lettre que Moustier m'a montrée depuis. Il eut la prudence d'écrire de Berlin pour suspendre son acceptation jusqu'à ce qu'il fût à Paris. Lorsqu'il arriva dans cette ville, le roi lui dit qu'il ne pouvait pas lui donner la place parce qu'il était regardé comme un aristocrate. Vous remarquerez que la coalition avait travaillé à se débarrasser de lui... Le plan était qu'aussitôt que les circonstances le permettraient un ministre de la Guerre fidèle au roi serait nommé et qu'alors Bougainville prendrait la marine, Bertrand serait nommé garde des sceaux, et Delessart serait conservé ou renvoyé, selon sa conduite. Ce plan n'était pas connu du tout de la coalition, mais ils savaient bien que, si Moustier entrait dans la place, ce serait un pas de fait vers la destruction de leur influence et de leur autorité ; ils assurèrent alors le roi qu'ils ne pouvaient pas répondre des conséquences ; ils le menacèrent de commotions populaires en même temps que de l'opposition de l'Assemblée, et ainsi de suite, de sorte qu'à la fin le roi renonça à sa nomination et expliqua l'affaire à Moustier ^. »
I. T. I, p. boit et suiv. — a. T. I, p. 5o5 ; cf. p. ^70 (23 octobre 1791).
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Il y a plus les membres de ce ministère incohérent intriguaient les uns .contre les autres. Dans la lettre à Washington du 1 7 mars 1 792 Morris rapporte : « Je vous ai décrit le ministère français comme étant extrêmement divisé (disjointed) . C'en était trop pour sa misérable existence : de plus ses membres prenaient des mesures efficaces pour précipiter mutuellement leur ruine... A Teffet d'écarter un grand obstacle à ses tripotages il (Narbonne) s'associa aux intrigues contre M. Bertrand de MoUeville et en même temps il nouait d'autres intrigues contre M. Delessart en vue d'avoir sa place ^ »
Louis XVI, complètement désorienté par les exigences des constitutionnels et par l'opposition que l'Assemblée faisait aux ministres, essaya d'un subterfuge vraiment anticonstitutionnel. Il se désintéressa du ministère et voulut avoir pour diriger ses actes et sa politique, un conseil privé, sorte de ministère occulte. Gela est attesté à la fois par Maloaet et par Morris. « Le roi, dit le premier, n'avait plus pour ministres que des hommes désignés par le club des Jacobins et qui en professaient les maximes : on avait dénoncé et on l'avait forcé à renvoyer tous ceux qui n'étaient pas sur cette ligne, tels que MM. Bertrand, Delessart, de Grave et Monciel, plus ou moins constitutionnels, mais incapables de trahir la confiance du roi, s'il leur en avait accordé. Au moins ne voyait-il pas en eux des ennemis... Lorsque le malheureux prince eut pour tout conseil Roland, Glavière et Dumouriez, obligé de sanctionner les décrets contre les prêtres, contre ses frères ou de résister à ses ministres, ainsi qu'à l'Assemblée, il sentit enfin toute l'horreur de sa position. Il appela M. de Montmorin et lui dit qu'il ne pouvait considérer comme ses ministres des hommes qui étaient ouvertement ses ennemis ; que, dans l'impossibilité où il était de les chasser et de composer un conseil apparent auquel il pût se fier, il se décidait à nommer un conseil secret auquel il donnerait la direction des affaires ; que lui, M. de Montmorin, l'archevêque d'Aix, l'abbé de Montesquiou et moi, étaient ceux dont il avait fait choix, et