‹ Gouverneur MorrisChapitre 79 sur 150 · C'était à Orléans que siégeait la Haute Cour de justice · texte numérisé non relu

C'était à Orléans que siégeait la Haute Cour de justice

^, T. I, p. 548. — 5. Ci-dessous, p. 210. — G. T. I, p. 47A.

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« Mme de Laborde me demande (6 octobre 1 79 1) ce que la reine doit faire pour devenir plus populaire. Je lui dis, après réflexion, qu'elle doit écrire une lettre à l'Empereur et s'arranger de manière qu'elle soit interceptée, etc. C'est un excellent petit coup, s'il est bien exécuté ; autrement il ne vaut rien*. » Lorsque M. de Monciel est nommé ambassadeur à Mayence, c'est Morris qui lui donne ses instructions : a Ce matin (i^' décembre 197 1) Brémond vient et me présente M. de Monciel, nouvellement nommé ministre à Mayence, qui désire que je lui trace sa ligne de conduite. Je lui dis qu'il sera nécessaire d'avoir un confident ici. Je lui montre comment il peut se procurer des renseignements utiles et je signale l'insuflisance du présent gouvernement. Je finis en lui disant qu'il serait bien d'avoir une correspondance par laquelle il ferait passer au roi d'utiles informations. Il est très désireux de cela et, sur ses instances je promets de sonder Sa Majesté à cet égard "'^. » Le lendemain on voit que tout était arrangé, par l'intermédiaire de Bertrand de MoUeville.

Après le coup d'État, ou plutôt en même temps, la seconde cbose que prépare Morris c'est une nouvelle Constitution, celle qu'il a rêvée pour la France dès le premier jour, et que le roi octroiera à ses sujets en reprenant sa puissance. Car, il faut le dire, il ne travaille point pour le despotisme, qu'il déteste. Il veut la royauté, mais avec elle la liberté. Dès le 21 octobre 1791. alors que la Constitution acceptée par le roi ne fonctionne pas encore depuis un mois, il en parle à de Moustier : « Je lui dis qu'une bonne Constitution est la condition préalable ; que c'est le moment d'en faire une de manière à avoir le consentement du roi et je lui suggère quelques idées à ce sujet ^ » Le 8 novembre 1791 il donne à Mbntmorin « quelques indications concernant une Constitution pour ce pays * ». Le 6 décembre suivant, lui même y travaille « je m'emploie à préparer une forme de gouvernement pour ce pays ^ ». Le môme jour il s'adresse au ministre de la Marine : « Nous causons des alfaires publiques et des moyens

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d'établir en ce pays une Constitution qui assure les droits légitimes de la nation sous le gouvernement d'un vrai roi. Il promet de sonder le roi et la reine et je promets de tracer quelques indications. » Il est en effet à la besogne le 8 décembre, lorsqu'il reçoit la visite d'un Français qui a préparé et envoyé au général Washington un projet de Constitution pour les États-Unis ; il y a travaillé pendant vingt-cinq ans et déclare connaître admirablement l'Amérique sans y être jamais allé. Cela rend Morris rêveur : « Je ne puis m'empécher d'être frappé de la ressemblance entre un Français qui fait une Constitution pour l'Amérique et un Américain qui rend à la France le même office. L'amour-propre me dit qu'il y a une gfande différence de personnes et de circonstances ; mais l'amour-propre est un dangereux conseiller ^ » Il ajoute: « Hier j'ai fini de copier et de corriger un plan de gouvernement et les principes généraux qui l'accompagnent. » Il dit ensuite qu'il en parle au ministre de la Marine. M. de Fleuriau. Celui-ci a sondé le roi, en lui recommandant le plus grand secret. Le 25 juillet 1792, alors que la première tentative pour l'évasion du roi a échoué, Morris prépare encore le coup d'État et la Constitution : a Un peu après deux heures M. Monciel et M. Bertrand de Molleville arrivent. Je lis le Mémoire écrit pour le roi lors de l'acceptation de la Constitution. Nous dinons et après dîner je lis le plan de Constitution et nous discutons les mesures que doit prendre le roi. M. Bertrand est un partisan de V ancien régime ; mais nous l'écartons un peu de son opinion, à laquelle il reviendra sans doute. Il préparera demain le projet d'une lettre pour accompagner le manifeste^. »

Morris croyait-il au succès ? Il constatait à mainte reprise que l'opinion publique revenait au roi ^. Le 27 décembre 1791 il écrivait déjà à Washington : « Le mécontentement est général mais il n'ose pas éclater en partie parce que la haine des aristocrates et la crainte de leur tyrannie opère encore; en partie, parce qu'il ne s'offre pas d'occasion sure*. » Il compte

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