‹ Gouverneur MorrisChapitre 80 sur 150 · T. I, p. /i62-3, 536, — 4. T. I, p. [iÇ · texte numérisé non relu

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3V; GOOER^ETR MOftRIS

rfiM: la nonrelle CoDstitoiioQ sera (aâlaimit acceptée dans le âé^rrfÀ nni\ene\. Le ^5 man 1 793, diei Mme de La Lmane : 'T La sodété, toute composée d'aristocrates, dît que dans la nation înnçstl^^ il n'y a pas nne personne sur cent qai soit attachée au présent ^ouTemement. Oaaere : il est certain que beaucoup de prêtres, qui aTaient prêté le serment, se rétractent et cpje la religion parait embarquée dans la querelle, de V>rie que si, en même temps. rartÛlerîe de l'ennemi et les foudres du Vatican sont diri^zées contre eux, beaucoup lâcheront pied ; si, en outre, une bonne Constitution est proposée, c^la peut produire un grand et heureux chan^ment, ce que Dieu veuille * ! a Le i*'' août on lit, dans une lettre à Jefferson : « Dans le pré?H?nt étal de choses, il paraît évident que, si le roi n'est pas perdu, il sera bientôt absolu. Les premiers aiiUiun de la Révolution ne voient pas d'autre moven de rétablir les afîaires de leur pays sur un pied tolérable, et, p;ir 5»uilc% ils apporteront à S. M. un adhésion fondée sur rabolilion de la Constitution par TAssemblée et la ruine dr*s Jacobins, leurs maîtres ^. » C'est aussi ce que pensait Mallet du Pan, en ce qui concerne les anciens modérés; partisans d'une second Chambre ou Chambre des Pairs : « Quoi- (pje persévérans dans leurs opinions, presque toujours aussi mal entendues que mal jugées, mais aujourd'hui modifiées par une funeste expérience, qui leur manquait, ils sont tous réunis à la nécessité de rétablir l'autorité royale, dans là force et la dignité compatibles avec le degré de liberté publique i|U(; peut comporter le gouvernement d'un grand Empire. Ils sont urianimcs à demander le clergé, la religion nationale, la noblesstî, les grands tribunaux. On n'a à craindre de leur part aucune (•s[)èce d'opposition ; parce qu'il n'en est pas un qui ne préférât même la monarchie absolue aux lois mon Mtriieusps du moment et à l'autorité des hommes qui les ont instituées''. »

^ Morris, nous l'avons dit, a été certainement mêlé à la pre-

mière tentative dont parle Malouet et même nous pouvons, ^v'hcv h lui, en préciser la date. Il fournit sur ce point des

I. T. I, i». .Vji'j, — a. T. I, p. 500. — 3. Mémoires, t. I, p. /i35.

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renseignements précis, qui deviennent très clairs lorsqu'on rapproche les mentions un peu brèves et énig ma tiques du Journal de la note remise aux princesses de la maison de France en 1796.

Le 28 juin 1792 Monciel (alors ministre) lui dit « qu*il pense que La Fayette pourra servir d'instrument pour faire sortir le roi de Paris, et il compte sur les Suisses. Cette dernière partie du plan est la plus raisonnable * . » Voici comment la note en français raconte le détail : « Parmi ceux que les circonstances avaient portés au ministère, se trouvait M. Terrier de Monciel, un homme que M. M(orris) avait connu pour être fidèle au Roi, quoiqu'il eût des liaisons à juste titre suspectes. Il crut donc devoir dire à S. M. qu'elle pouvait s'y fier. Il en résulta qu'il fut chargé par elle de Taflaire la plus importante, c'est-à-dire d'aviser aux moyens de tirer le Roi de sa périlleuse situation. Il eut à cet effet des consultations fré(juentes avec M. M(orris) et, parmi les différents moyens qui se présentèrent, celui qui parut le plus essentiel fut de faire sortir la famille royale de Paris. Les mesures étaient si bien prises à cet effet que le succès en était presque immanquable. Mais le Roi (pour des raisons qu'il est inutile de détailler ici) renonça au projet le matin même fixé pour son départ, alors que les gardes suisses étaient déjà partis de Courbevoie pour couvrir sa retraite. Ses ministres qui se trouvaient gravement compromis donnèrent tous leur démission 2. » Bien que tous les détails ne concordent pas, il est probable, je le répète, que cette affaire est la même que la première dont parle Malouet en s'en attribuant la direction. Or nous lisons dans le Journal à la date du 1 1 juillet 1792 : « Tous les ministres ont donné leur démission. Brémond me dit que Leurs Majestés (flashed in the pan) ont raté, et que c'est la cause de la démission. Je m'y attendais. Il dit qu'elles ont fait des reproches à Monciel, qui a répliqué vivement. Sur le fondement de ces reproches nous préparons le thème d'un discours pour Monciel, en vue de frapper un coup encore plus important si Leurs Majestés deviennent coulantes

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(corne round). Je crois que cela vient d'un manque de courage, qui les empêchera toujours d'être vraiment royales^. » Tout semble perdu. Morris ne désespère cependant pas ; niais il est clair qu'il veut prendre lui-même la direction. Déjà le 7 juillet il écrivait à JefTerson : « Aujourd'hui le roi va commencer une nouvelle carrière et, s'il va à fond, je crois qu'il réussira '-. » Le i*"** août : « Si cette lettre tombait en de mauvaises mains, cela occasionnerait beaucoup de bruit et de sottises, auxquels il est déplaisant de voir son nom mêlé et les gens qui ont l'esprit mal fait ne savent pas distinguer entre une personne qui a obtenu des informations exactes sur ce qui va se faire et ceux qui sont les acteurs du drame. Pour cette raison je dois m'abstenir de faire connaître les plans qui s'agitent en ce moment pour obtenir une bonne Constitution. Je n'ose dire que j'espère que cela aura lieu. Je le désire ardemment, mais j'ai des doutes et des craintes, parce que je n'ai pas confiance en la moralité du peuple ^. »

Nous ne savons pas au complet quels étaient ces plans. Mais nous en connaissons des fragments. La note en français dit en effet, après avoir rappelé l'insuccès ci-dessus rapporté : « Le moment était d'autant plus critique que S. M. avait déjà les preuves de la conspiration tramée contre sa personne. 11 ne lui restait alors qu'un seul moyen. Il fallait remporter la victoire dans le combat qui allait se livrer aussitôt que les conspirateurs se trouveraient en force. M. de Monciel, après avoir eu une explication avec Leurs Majestés, consentit à les servir encore, quoiqu'il ne fut plus au ministore. On s'occupa de lever à la hâte une espèce d'armée royale, chose extrêmement délicate, qui ne pouvait que compromettre ceux qui s'en seraient mêlés, si les ennemis du Roi avaient le dessus. M. de Monciel associa à ses travaux M. Brémond, un homme courageux, zélé, fidèle, mais bavard et imprudent *^. » — Le Roi, continue la note, demanda à Morris de prendre chez lui ses papiers et son argent. L'Américain répondit qu'ils ne seraient pas plus en sûreté à son domicile qu'aux Tuileries, car il était bien connu des ennemis de la Cour. Cependant pour

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l'argent, comme « il ne portait aucune marque de propriété » il « consentirait à en devenir dépositaire et à en faire l'emploi qu'on voudrait bien lui indiquer... M. de Monciel lui apporta le 22 juillet 547 000 livres, dont SSgooô livres étaient déjà là, le 2 août, en train d'être employées conformément aux ordres du Roi * . La somme de 4^9 75o livres payée le 2 août devait être convertie par Brémond en louis d'or. Il en acheta effectivement 5 000, et les distribua en bourses de 20 louis, car il s'agissait d'en faire la distribution à des personnes qui devaient se transporter avec des afïidés aux lieux qui leur seraient indiqués et s'y battre sous leurs chefs... En attendant les 5ooo louis restèrent chez M. M(orris). w Tout cela est confirmé par le Journal: « 24 juillet 1792. Monciel m'apporte l'argent du roi à la requête de Sa Majesté, qui dit que je lui ai toujoiars donné de bons conseils et qu'il a la plus grande confiance en moi. » — « 3 août. Brémond m'apporte ce matin 5 000 louis qu'il a achetés 2. » En 1796, à Vienne, la démarche de Morris près des princesses de la maison de France avait justement pour but de leur remettre le reliquat de cet argent, diminué par divers versements, comme il l'explique en plusieurs endroits, et placé par lui en fonds anglais.

Un autre trait du plan combiné par Morris paraît aussi indiqué par cette note portée au Journal le 3i juillet : « Le soir je me retrouve avec Monciel et il me donne les bulletins de la soirée précédente. Nous convenons de ce qui doit être fait et du message qui doit être envoyé par M. Burceau de Pazy à M. de La Fayette ^. »

D'ailleurs, il paraît plein de confiance. Sans parler de bien des petits faits relevés au Journal, on lit dans la lettre à JeflTerson du i®'* août : « Quelques-uns des chefs des Jacobins, me dit-on, se sont préparé les moyens de passer en Amérique, et parmi eux notre vieille connaissance M. de Gondorcet. Ils doivent s'embarquer à Dunkerque ou à Saint-Valéry*. » Le

1. La phrase est embarrassée ; elle est calquée sur l'anglais ; there were, il y en avait.

2. T. I, p. 555, 588. Le 3 août Morris est mis en correspondance directe avec la reine .

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3 août ; B M. de MoncicI vient me voir et nous finissons une lettre qui doit être envoyée par le roi au président de la section du faubourg Saint-Marceau, du côté de la rivière de Bièvre qui, on le suppose, donnera ce faubourg h. S. M. '. »

Et pourtant .la catastrophe approche. Le 9 août il écrit : e Paris est dans une grande agitation ce matin. M. de MoncJel vient et apporte quelque argent. Je m'habille et vais k la Cour. 0 Et le 10 : « Monciel vient et son rapport est tranquillisant ; mais peu après qu'il m'a quitté la canonade commence et la mousquelerie qui s'y mêle annonce une chaude journée. — Le château, défendu seulement par les Suisses est emporté et les Suisses massacrés [lartout où on les trouve Le roi a^ec la reme est h 1 assemblée nationale, qui a décrète la suspension de sin autorité — Mme de Flahaut m'envoie son fils et Ment ensuite chercher refuge. J'ai du inonde a dîner mais beaucoup des mvités ne viennent pas, M. Huskisson secrétaire de 1 ambassadeur d'Angleterre, arrive dans la soirée 11 rend compte des événements. Le temps continue à être chaud ou plutôt brûlant ^. »

Le grand acie de l'Assemblée législative fut la déclaration de guerre au roi de Hongrie et de Bohème le ao avril 179a. Par là la Révolution s'est engagée dans celte voie militaire et triomphale qui l'a menée au sommet de la gloire, mais qui l'a conduite aussi au Directoire, au Consulat et à l'Empire^ On sait, et Mallet du Pan l'a noté plus haut, que sur ce point, le parti républicain avancé résista et ne s'associa pas à la majorité de l'Assemblée. Était-ce une pensée profonde qui guidait alors Robespierre et ceux qui t'entouraient, ou cédaientils simplement à cet instinct pacifique, qui est celui des ' démocraties!* Il serait difiicile de le discerner exactement. malgré les recherches qui ont été faites sur ce thème.

Pour Gouverneur Morris, il n'est pas de point sur lequel sa

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pensée soit plus remarquable et plus curieuse à étudier. Il a, comme il s'en vante *, prévu et prédit la guerre, alors que personne n*y songeait. Il y voit alors le seul moyen d'arrêter la décomposition sociale ^. Voici la conversation qu'il a avec Montmorin le 22 janvier 1790 : « Il me dit que leur grand malheur est de n'avoir ni plan arrêté ni principes, et à présent pas de chef. Je lui dis qu'ils devraient partir en guerre. Il me dit qu'il est convaincu que s'ils ne font pas bientôt la guerre, on la fera contre eux. Mais leurs finances ! Je lui dis qu'en cela la difficulté est moindre qu'il ne le pense. Mais le grand mal est dans une Constitution sans énergie^. » Dans le même mois il écrit à Washington : « Le nouvel ordre de choses ne peut durer. Toute l'Europe est à cette heure comme une mine prête à éclater et si cet hiver ne produit pas la paix, l'été prochain verra une plus large explosion de la guerre*. » Le 2 juillet 1790, à Londres, il dîne chez l'ambassadeur de France, le marquis de La Luzerne : « Il me dit que le duc d'Orléans a pris congé du roi, avec l'intention de rentrer en France... Je fais remarquer que la situation du duc d'Orléans est curieuse. Il ne peut décemment aller en aucun pays et il ne pourra pas rester ici lorsque la guerre éclatera. Il me demande pourquoi je suppose toujours qu'il y aura une guerre. Je lui dis que j'en suis convaincu depuis longtemps et pour bien des raisons. » C'est là que se place cette remarque de La Luzerne déjà citée et donnée en français dans le Journal : « Vous dites toujours" des choses extraordinaires qui se réalisent. » Je rappelle qu'à la date du 24 juin précédent on lit : « Comment tout cela finira-t-il ? Dieu le sait, mal j'ai bien peur, à moins qu'ils ne soient sauvés par une guerre étrangère. » Le i*"' mai 1 791. conversation avec Montmorin : « Il dit que s'il était encore au pouvoir, il amènerait la guerre l'année prochaine. Je lui dis qu'il devrait la provoquer aussitôt que possible, mais ce devrait être une guerre sur terre. Il dit qu'une guerre maritime avec l'Angle-

I. Ci-dessus, p. 171. — 2. Gi-dcssus, p. ibli, 167. — 3. T. I, p. 275. ■^ ' p. 286. — 5. T. I, p. 336.

GOUVERNEIR MORRIS

terre est seule praticabli isoles, car l'Espagne n'a Mais chose singulière, rée cette guerre qu'il a comme une suprême fol ton : " L'Assemblée (t

ait pas a

moment où va être déclae si loin, il U considère décembre il écrit à Washing- 13 le supposez bien, vous qui corps de cette espèce) commet cliaque jour cJe nouvelles folies et. si ce malheureux pajs n'est pas replongé dans le despotisme, ce ne sera pas leur Tante. Dernièrement il & ont fait un coup de maitre à cet cfTet : ils ont résolu d'attaquer leurs voisins, s'ils ne dispersent pas les réunions d'émigrés français qui se sont réfugiés sur leurs territoires. Ces voisins sont membres de l'Empire germanique, et la France médite de porter dans leur pays, non pas le glaive, mais la liberté. Mais comme, dans le sens que lui donnent les Cours germaniques, ce mot ne veut pas dire Uberlé, mais insurrection, voua voyez le prétexte qu'il donne à des hostilités, sans violation du droit des gens'. » Le i4 janvier 179a, il voit Talleyrand et celui-ci justifie la guerre, comme Morris le faisait jadis : il y voit le salut de la nation et montre une netteté de vues qui annonce le grand homme d'État. C'est chez Mme de Flahaut et l'on se croirait aux jours de leur amitié passée : « Je trouve Mme de Flahaut au lit, malade. J'y reste l'après-midi et la soirée. L'évéque, qui est là une partie du temps, part demain. L'.\ssemblée aujourd'hui, sur un rapport du Comité diplomatique, a résolu d'attaquer l'Empereur s'il n'a pas demandé pardon le 10 février. L'cvêque dit que la nation est une parvenue et. naturellement, insolvable. Il dit que leur situation est telle que rien ne peut opérer, si ce n'est les remèdes violents et ceux-ci doivent tuer ou guérir. .St. -Foi dit que l'Empereur sera irrité, mais ayant plus de crainte que de colère, devra se soumettre. Je demande ce que deviendront leurs finances. L'évèque dit qu'à partir d'un certain jour, qui est à fixer, les assignats n'auront plus cours l'orcé et qu'on laissera les porteurs se payer sur les terres

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comme ils pourront. Je crois que dans ma vie je n'ai entendu plus d'absurdité dans la bouche d'un homme de sens*. »

Cependant Morris connaît de longue date les manœuvres des émigrés ^ et il n'est point du tout hostile à une restauration de l'autorité royale par les armées étrangères. Lui-même au mois de novembre 1789, sur la nouvelle que le général Dalton avait demandé au comte Esterhazy, commandant à Valenciennes, s'il voudrait recevoir 10 000 hommes de troupes autrichiennes envoyées pour réprimer une insurrection à Liège, avait formé tout un plan : « Ils auraient dû recevoir ces troupes» environ 10 000 hommes, les acheminer lentement vers Strasbourg, pour attendre là les ordres de l'Empereur. Les bataillons qu'il a déjà fait marcher à leur secours, joints à eux et aux régiments étrangers au service de la France, auraient formé une armée suffisante pour rétablir l'ordre dans ce royaume et discipliner ses troupes. L'idée de ceux qui diffèrent d'avis avec moi est que les Parisiens auraient immédiatement assassiné 1^ roi et la reine. Je suis loin de croire à un pareil attentat et je suis persuadé qu'un corps de troupes respectable en position de venger ce crime serait un moyen efficace pour le prévenir'^. »

A la fin de 1791 et au commencement de 1792, il croyait fermement, en cas de guerre, aux succès des étrangers « Leur armée (celle des Français), écrit-il à Washington en décembre 1791, est indisciplinée à un degré que vous ne pouvez imaginer. Déjà un grand nombre désertent et passent à ce qu'ils considèrent déjà comme l'ennemi. Leurs Gardes nationales, qui se sont transformées en volontaires, sont dans bien des cas cette écume corrompue des populations débordantes, dont se purgent les grandes villes et qui, sans constitution capable de supporter les fatigues, sans courage pour affronter les périls, ontHous les vices et toutes les maladies qui peuvent les rendre le fléau de leurs amis et la risée de leurs ennemis*. »

Ajoutez que bien des Français désiraient certainement le

I. T. I, p. 499. — 2. T. I, p. 286, 26 janvier 1790. 3. T. I, p. 318. — !i. T. I, p. /igS,

Morris le constate de aaditu, après que ^92 : u Je vais plus tard

succès de l'ei la guerre est déclai

chez l'ambassadeur d'Angleterre. Ils regardent les alîaires d France comme touchant à leur Un et que quelques semaines termineront l'affaire. Mme de Montmorin exprime le vœu que l'armée de La Fayette soit battue h plate couture, ce qu'elle considère comme nécessaire pour détruire les espérances de la Révolution '. »

Cependant Morris se méfie. Il parait sentir qu'avec tous ces atouts en main on pourrait perdre la partie, et le Journal porte à la date du i4 mai : « La guerre qu'ils ont déclarée paraît d'elFrayant augure ; il semble qu'il n'y ait qu'un espoir de succès, c'est qu'il se passe des choses improbables. lesquelles arrivent ordinairement'. »

D'ailleurs cette guerre était en quelque sorte fatale. Ce fut la royauté même qui en fit la proposition formelle, comme le voulait d'ailleurs la Constitution de 1791, et Morris montre très bien que. pour des raisons différentes, tous les partis (sauf les républicains déclarés) s'accordaient à la vouloir: K La condition de leurs finances est telle que toute personne réfléchie voit l'impossibilité de marcher plus longtemps dans cette voie, et. comme après tant de pompeuses déclarations, (in changement de système n'est pas peu dangereux chez un peuple si déréglé et si émancipé, il leur a paru qu'une guerre fournirait un prétexte plausible à des mesures d'un caractère décisif, pour lesquelles la raison d'Ktal sera poussée jusque dans les dents de la politique, de l'humanité et de la justice. — D'autres considèrent une guerre comme le moyen d'obtenir pour le gouvernement le commandement éventuel d'-une force militaire disciplinée, qui pourrait être employée à rétablir l'ordre ; en d'autres termes, pour rétablir le despotisme ; et alors ceux-là s'attendent à ce que le roi donnera à la Dation une Constitution qu'elle n'a pas. par elle-même, la sagesse d'établir ou d'accepter. — D'autres encore supposent qu'en cas de guen-e il y aurait une tendance de la part du roi ù se rapprocher de son frère, de la part de la reine à se rap-

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procher de l'Empereur ; de la part des nobles qui sont restés (ils sont très peu) à se rapprocher de leurs frères qui ont quitté le royaume, de sorte que les insuccès qui doivent se produire naturellement quand on oppose une populace indisciplinée à des' armées régulières, peuvent être facilement imputés à la trahison dans les conseils du gouvernement et qu'on pourrait amener le peuple à bannir ceux-ci, pour établir une République fédérale. — Enfin les aristocrates, brûlant du désir de la vengeance, pauvres pour la plupart et tous orgueilleux, espèrent que, soutenus par les armées étrangères, ils pourront encore rentrer victorieux et rétablir l'espèce de despotisme le mieux accommodé à leur cupidité. Il se trouve par suite, que la nation entière, quoique pour des motifs différents, désire la guerre ; de plus il est permis, dans une vue d'ensemble comme celle-ci, défaire entrer en compte l'esprit national, qui a toujours été belliqueux *. »

Mallet du Pan constatait la même unanimité des partis en faveur de la guerre : « Le comité Jacobin , le comité Gonstitutionnaire, le comité de S. M., les royalistes de diverses dénominations, s'accordent à désirer la guerre... Les uns ne savent plus comment soutenir l'ordre de choses actuel ; les autres sont impatients de le voir renverser, les troisièmes soupirent après une issue quelconque. » Lui, comme Morris, cherchait à lutter contre le courant : « J'ai dit et je ne cesserai de répéter ce qu'une expérience prochaine redira bien plus énergiquement encore, que .la guerre activera la dissolution delà monarchie ou la fera changer de servitude... Ce n'est pas, j'ose le prédire, pour la conservation du trône, pour les amis quelconques du gouvernement monarchique en France que nos armes triompheront. Seront-elles repoussées, la monarchie, les lois, la vraie liberté retomberont au pouvoir de la force ; les vainqueurs ulcérés ne se piqueront pas de tempéraments et, si l'on nous fait une Constitution, elle sera peut-être formée avec le bronze qui aura servi à renverser celle d'aujourd'hui ^. »

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