‹ Gouverneur MorrisChapitre 8 sur 150 · T. II, p. f\f · texte numérisé non relu

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li GOUVERNEUR MORRIS

Où apprend-on ces lois naturelles ? Morris indique l'école de deuK maîtresses. La première, c'est l'histoire : a L'histoire, cette mère de la science politique. leur avait dit (aui principaui auteurs de la Conslîtiîtion américaine) qu'il était presque aussi vain d'attendre lu permanence d'une démocratie que de oonstruire un palais sur la surrace de la mer '. d C'e£t ensuite l'expérience : n (Ju'un homme puisse être législateur par droit de naissance, c'est fréquemme'nt aujourd'hui un sujet de risées chez les beaux esprits qui ne sont pas encore sortis du nid. Mais )'Eipériencc, celte matrone ridée que le génie méprise et que la jeunesse déteste — l'expérience, la mère de la sagesse — nous dira que l'homme, destiné dès le berceau i jouer un rôle important, n'est pas en général aussi mal préparé que ceux que désigne le choix populaire*. »

Morris reconnaît d'ailleure que fort peu de ces lois naturelles ont été découvertes et que. parsuite, la science polilique est encore bien incertaine : u 11 est parfaitement naturel, écrit-il à son ami Short, que vos opinions soient difTérentes des miennes. Il s'écoulera bien du temps avant que les questions politiques soient ramenées a une certitude géométrique. A présent le raisonnement qui s'y applique est une sorte (l'arithmétique de l'infini, car la meilleure information, la lêtu la plus froide et l'esprit le plus lumineux peuvent seulement approcher de la vérité '. .j

I! est pourtant certains éléments connus qui déterminent les institutions politiques et sociales ; ce sont la race et le milieu : <i Le caraclère des nations, dit Morris, doit toujours être pris en considération dans toutes les questions politiques, et eelui de la France a toujours été une inconstance enthousiaste'.» Dès les premiers temps de son séjour dans notre pays, ausorlird'unecon,versationavecM.deBerslieni', dans laquelle il avait exposé ses sentiments de républicain d'Amérique, il écrit sur son Journal: « Celte façon de penser et de parler est «tjop virile pour le climat où je me trouve ''. » La conséquence qu'il <:n tire, c'est qu'il doit y avoir autant de constitutions

- 5, Sansilouto de I

LA MÉTHODE ET LES PRINCIPES DE GOUVERNEUR MORRIS i5.

politiques diverses qu*il y a de peuples de caractère différent, développés dans des milieux différents, a INoùs lisons dans Thistoire de Thomme, telle qu'elle est développée dans le grand livre de la nature, que les empires ne reposent en aucune façon, sur leurs succès par les armes, mais sur leur constitution civile,^ religieuse et politique et que, pour l'établissement de celles-ci » cette question est sans utilité : quelles sortes sont en ellesmêmes les meilleures ? d'autant plus que dans beaucoup de choses ici-bas, et spécialement pour celle que nous avons maintenant en vue, le bien et le mal sont des termes purement relatifs. Le véritable objet d'un grand homme d'État est de donner à chaque nation en particulier le genre de lois qui lui convient et la meilleure constitution qu'elle peut supporter*. » C'est une idée qui revient souvent sous la plume de Gouverneur Morris ; nous aurons l'occasion de voir, dans le détail, l'usage et aussi l'abus qu'il en fait.

Au-dessous de ces lois, mais constituant à un moment donné la force politique prépondérante, est l'opinion publiqtie, partout où il peut s'en former une. Quelle que soit leur forme, c'est elle qui domine les gouvernements. « Le peuple de cette ville (Paris), écrivait Morris au commencement de juillet 178g, (par cet invincible instinct qui produit dans chaque animal la conduite appropriée à sa situation), s'engage dans la même voie que celle qui marqua l'aurore de l'opposition américaine. H y a trois mois la vue d'un soldat excitait la crainte. Maintenant ils parlent d'attaquer des régiments entiers, et effectivement il n'est pas rare qu'il y ait des algarades avec les troupes étrangères. Ainsi, l'opinion, qui est tout^ se fortifie chaque jour ^. »

En dehors de cette connaissance des lois générales, la méthode de Morris consiste essentiellement dans l'observation de la

I. T. II, p. 2, novembre 1792, lettre à Carmichael. 3. T. I, p. Il 5, lettre à Carmichael.

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nature, de riiumanilé réelle et vivante. Le i5 avril 1789, à propos d*une discussion qu'il a eue avec La Fayette, il note ceci : « Je lui donne deux ou trois raisons qui me frappent à Tappui de son opinion : mais il incline à la placer sur un terrain différent. Ses opinions s'accordent au mieux avec celles d'une république. Les miennes sont tirées de la nature humaine et, par suite, ont droit à peu de respect dans un âge de rallinement. Croire en l'homme serait vraiment ridicule chez ceux qui affectent de ne pas croire en Dieu*. »

Les hommes réels et vivants avec leurs passions, leurs qualités et leurs vices, leurs croyances et leurs préjugés, leurs états et intérêts divers, voilà sur quoi doit tabler l'homme d'État. Morris déteste les pures abstractions, et en particulier la notion de l'homme idéal et abstrait telle que l'avait dégagée en France la littérature des xvii® et xviii® siècles ; et c'est par là surtout qu'il a plu à Taine. Le journal porte, à la date du 3 juin 1789 : « Les gens de lettres ici, observant les abus d'une forme monarchique, s'imaginent que tout ira mieux dans la mesure où on s'éloignera de l'établissement actuel, et dans leurs cabinets, ils font les hommes exactement adaptés à leur système. Malheureusement ce sont des hommes, comme il n'en existe nulle part, en France moins que partout ailleurs 2. » A la fin de juillet 1789 il écrit à Washington : « Il y a quelques hommes capables dans l'Assemblée nationale, C3pendant l'expérience ne ferait pas de mal aux meilleures tHes parmi eux et malheureusement il y en a un bon nombre, qui, avec beaucoup d'imagination, ont peu de connaissinces, de jugement et de réflexion... Ils ont tous cet esprit romantique et toutes ces idées romantiques dont, heureusement pour l'Amérique, nous avons été guéris avant qu'il fut trop tard^. y) Au mois de janvier 1790 il écrit au même: c< Les hommes du parti moyen, qui sont bien intentionnés, ont malheureusement puise leurs idées sur le gouvernement dans les livres, et ce sont d'admirables gens sur le papier ; mais il arrive assez malheureusement que les hommes qui vivent daus le monde sont très différents de ceux qui habi-

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