I. T. I, p. 50, — 2. T. I, p. 96. — 3. T. I, p. i/jS
lent dans la tète des philosophes, il ne faut point s'étonner si le système sorti des livres n*est bon à rien , si ce n*est à être enfermé de nouveau dans les livres*. »
C'est encore là une idée qui revient constamment sous sa plume. Il ne veut pas de métaphysique en politique. Short lui ayant dit (9 nov. 1790) que La Rochefoucault était fort troublé au sujet des impôts, il réplique «qu'il en est toujours ainsi quand les hommes apportent des idées métaphysiques dans les affairesde ce monde. Ceux-là seuls savent gouverner, qui sont usés à ce métier et de tels hommes n'ont ni le temps ni le désir d'écrire sur ce sujet ^ ». Il ne hait pas moins l'esprit mathématique et voici le jugement qu'il porte à cet égard sur le comte de Luxembourg : « Ce jeune homme désire se mêler des affaires de l'État, mais il n'a pas encore lu le livre de l'homme et, bien qu'étant, à ce qu'on me dit, un très bon mathématicien, il peut être cependant un très mauvais politique^. » Son aversion des constructions abstraites s'est traduite peut-être avec le plus d'énergie dans cette appréciation sur la Constitution de 1791 : « Je dis que la Constitution qu'ils ont proposée est telle que le Tout-Puissant lui-même ne pourrait pas la faire réussir, à moins de créer une nouvelle espèce d'hommes *. »
Ceux dont il condamne ainsi les doctrines, ce sont nos philosophes du XVII I*' siècle (à l'exception de Montesquieu). Il le dira ouvertement dans la suite, par exemple dans une lettre à Necker (février i8o3) : ce Nous avons actuellement le malheur d'être gouvernés par l'esprit de vertige que, dans le siècle ridicule où nous sommes, on est convenu d'appeler philosophie. Savez-vous, Monsieur, que cette philosophie est une coquine qui prodigue ses caresses, sans avoir jamais senti l'amour ? Eh bien ! cette misérable peut se vanter qu'en flattant avec son air tartufe et son langage patelin l'égoïsme de la richesse et les prétentions du peuple, elle a engourdi et nos âmes et nos esprits'^. » Morris avait d'ailleurs sur les philosophes économistes du xvin* siècle à peu près le même juge-
1. T. I, p. 377. — a. T. I, p. 353. — 3. T. I, p. aa3. — {;. T. I, p. 36o. 5. T. II. p. i^33, lettre en français.
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ment que sur les philosophes politiques. Il le déclara en termes assez clairs à Condorcet : e Conversation après souper avec Condorcet, sur les principes des économisles. Je lui dis, ce qui est \rai, que j'ai adopté ces principes pris dans les hvres mais que j'en ai changé depuis, par siiile d'une meilleure cnii' naissance des aifaires humaines et déplus mûres réflexions', n
D'après cela, on verra sans étonneinent comment il apprécie Siejès. a L'abbé Siejès est là (chez Mme de Slaél) ot disserle avec beaucoup de suflisance sur le gouvernement. méprisant tout ce qui a élé dit ou chanté avant lui sur ce sujet et Mme dit que ses écrits et opinions marqueront une nouvelle ère dans la science politique, comme ceut de ^cl^to^ dons la physique', n
Il est moins tendre encore pour ceu\ de ses compatrioles qui ont adopté les mêmes doctrines ^oii seulement il méprise Thomas Paine, qu'il considère comme un fou et un ivrogne ^ ; JefFerson est, à ses jeuï, un pauvre politique parce qu'il est infecté de ces idées. Il note cela dèi le mois de juin 1789 : a Celte après-midi je vais voir M Jeflerson Nous avons une conversation politique. Il parait n'avoir plus d'espoir que les Etats généraux fassent quelque chose de bon. Gela vient de l'attente trop sanguine d'une forme de gouvernement vraiment républicaine', a En r8o3, lorsque JefFerson est devenu président des Ëlatâ-Unis, il accentue son jugement: 0 Sa foi n'est pas comme un grain de moutarde : elle a la taille d'un potiron ; si bien que, si la foi, grain de moutarde, peut seulement soulever les montagnes, lui n'éprouve aucune diUiculté à les avaler. II croit, par exemple, a la perfectibilité de l'homme à la .sagesse des l'ouïes, à la modération des Jacobins. Il croit au paiement des dettes par la diminution du revenu, à la défense du territoire par In réduction des armées, à la revendication des droits par l'envoi d'ambassa' deurs". n
, ].. ,171. — ). T. Il, p. Î5O, l. (>. iSO, du,!, bii: t. II, p. W.