‹ Gouverneur MorrisChapitre 88 sur 150 · I. T. II, p. 62. — 2. T. II, p. 39. — 3. Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

I. T. II, p. 62. — 2. T. II, p. 39. — 3. Ci-dessus, p

,■7" GOrVERNËUR MORRIS

iino lettre à Washington du 1 4 février 1793. il dil : o ta nouvelle Constitution n'a pas encore fait son apparition; mais il eat aisé de conjecturer ce qu'elle ne sera pas '. » Le 7 mars dans une lettre i Jefferson : « J'ai oublié de vous mentionner qu'un projet de Constitution a fait l'objet d'un rapport k rAaseniblée. Un papier de cette espèce a été lu en effet è la Convention ; muis j'ai appris le matin suivant que pendant la nuit on avait tenu un Conseil qui l'avait condamnée; aussi je n'y ai plus pense ". a Le rapport, qui est de Condorcet. miïritait cependant l'attention de Morris. Quant au goaveniement révolutionnaire proprement dit. bîen'que tî\é par des lois, c'était l'omnipotence de la Convention, c'est-à-dire l'opposé d'une Constitution.

Morris n'a pas étudié à fond et dans le détail la Gonventii comme il avait étudié l'Assemblée constituante et l'Asseni- • blée lé^slative. Il ne connaissait pas directement les hommes qui y siégeaient: on pourrait dire qu'ils n'étaieîit pas de son monde.

De plus il se fait de la grande Assemblée une idéesimpleet résumée qui d'ailleurs ne manque pas de vérité. 11 se ta représente comme une masse amorphe, qui est pétrie et poussée dans un sens ou dans un autre par certains hommes, représentant autant de facliont Pour employer une autre image, c'est pour lui le chœur de la tragédie antique devant lequel viennent parler et a^ir les veiitahlea acteurs du drame ; avec cette difl'érencc qu elk ne se contente pas, comme le chœur antique, de se lamenter ou de se réjouir sur les péripéties qui se déroulent devant ses youx. mais qu'elle vole et prend les décisions. En face de In Convention .se dresse une autre force, la ville et In Couuuutic de Paris, qui. s'alliant à telle ou telle faction, lutte contre l'Assemblée, la domine ou est vaincuf

par

elle.

Ce qui me paraît caractériser cette conception, c*est l'expression qu'emploie constamment Morris lorsqu'il note la position de l'Assemblée à ces diverses phases. Il parle toujours de la majorité de la Convention. Le a 3 octobre 1792 il montre à Jefferson : « La majorité de la Convention unie en opposition à un petit nombre de membres, qui, joints à quelques chefs de cette ville, méditent des révolutions ultérieures*. » Le 31 décembre il lui écrit encore : « Vous avez vu sans doute que le club des Jacobins est tout autant en guerre avec le présent gouvernement qu'il l'était avec le précédent. Vaincre ou mourir est la devise des deux partis. Jusqu'ici la majorité de la Convention a eu plutôt l'avantage, bien qu'elle décrète souvent ce qu'elle ne désire pas'. » On pourrait croire qu'il s'agit là simplement des Girondins et des Brissotins qui, en effet, avaient au début la majorité dans la Convention ; mais non; car dans la lettre à Hamilton du 34 octobre 1792 il s'exprime ainsi : « Il y a ici deux partis qui poussent énergiquement l'un contre l'autre L'un compte environ une demidouzaine de membres et l'autre quinze à vingt, qui sont à couteaux tirés. Chacun se vante d'avoir engendré la jeune République dans le sein du club des Jacobins, et bien que la dispute soit bruyante et publique, le peuple est aussi entiché de l'enfant que si c'était le sien. Mais cela s'explique par les anciennes mœurs, carde temps immémorial, il a été ici pratiqué que certains hommes étaient employés à faire des enfants pour certains autres. Il n'est pas nécessaire de faire connaître en détail ceux qui sont actuellement sur la scène, car ils doivent bientôt faire place à d'autres^. » Dans une lettre à Jefferson du 9 avril 1793, on trouve encpre : « On me dit qu'il y a une majorité de la Convention même pour regarder un roi comme nécessaire*. » Aussi lorsque l'Assemblée a été décimée par les proscriptions et diminuée des membres envoyés en mission dans les départements, elle a changé de nature à ses yeux : « Le présent gouvernement est évidemment un despotisme à la fois en principe et en pratique. La Convention

I. T. I, p. 5g5. — 2. T. II, p. 8. — 3. T. I, p. 6o3. ^. T. II, p. ^3 ; ci-dessus, p. ^o.

ne compre pour faire reslstion 1i

id plus qu'une partie de ceux qui une Constitulion. Ceux-là, après i ■3 collègues, prélendenl à la touie-puisaance el

CM ont délégué la plus, CorLe part \nus reniarquereï que l'une des vernemenl est d'envoyer di illimités. Us sont investis du poi tionnaires élus pi

"■^l Inrgcmont exe If i représentants

Comité de salut public.

ordinaires du gou-

avec des pouvoirs

révoquer les fonc-

peuple et d'en mettre d'autres il leur

muic celui d'emprisonner les suspects

» Notons en passant que ces détails sur

sont de la plus rigoureuse exac-

'> que Morris a surtout noté et décrit sous la Convention, ce sont les luîtes des partis. Il a d'abord signalé dès le début, avant même que la Convention l'Cit réunie ou même élue, l'aDtagonisnie irréductible des Brissotius-Girondins et des Jacobins-Montag Dards. Il a suivi de près les diverses péripéties de celte lutte insensée. Dès le 3j août i-jya voici l'informalion qu'il reçoit de Talleyrand : v 11 me dit qu'il y a déjà une division parmi les gouvernants. 11 me communique les ' viles de ceux qui, selon le cours naturel des choses, -doivent devenir les plus forts. 'Je lui communique les raisons que j'ai de penser qu'ils poursuivent un but cliimérique'. s II me parait qu'il s'ugit-l^ des Girondins. Le ^ septembre, au plus l'ort des massacres. ïl noie : « Le parti de Robespierre a juré la perte de Brissot ^. n Le 7 septembre, c'est la Commune de l'aria qui entre en scène dans te passage déjà cité; « J'apprends que la Commune a fermé les barrières parce qu'elle soupçonne l'.Vsserablée (législative) de vouloir se retirer, a Le i4 septembre il porte ce jugement aussi bref que prophétique: « Les factions semblent de jour en jour plus aigries l'une contre l'autre et malgré le danger commun dont ell^ sont loin d'être disposées îi s'unir. [I semble probable que celle qui |)0ssédera faris dictera 1 ' "

idre l'ai

r les Ixtulevards '

Le 28 octobre 1792, dans sa lettre à Jefierson, il met les deux partis en présence et il expose leurs griefs à ce momenL Les Jacobins reprochaient à leurs adversaires d'avoir voulu renverser Louis XVI mais non la monarchie et d'être, par conséquent, des royalistes déguisés : « Ils certifient que ceux qu'ils appellent les Brissotins n'avaient aucun désir de renverser la monarchie, mais voulaient seulement avoir les pains et les poissons pour eux et leurs amis: que l'affaire du 10 août est arrivée non seulement sans leur aide, mais contrairement à leurs vœux ; qu'après les événements, ils en ont pris avan-* tage pour faire donner le pouvoir exécutif à leurs amis particuliers, mais que, même alors, ils ne voulaient pas consolider la Révolution par la destruction de ses ennemis, ce qui fut fait, disent-ils, le 2 septembre et jours suivants et ce que prétendent blâmer ceux qui, maintenant, en retirent les fruits en sûreté * . » On a vu précédemment comment se défendaient les Brissotins^. Dans la même lettre il signale l'antagonisme entre Paris et les départements, qui était peut-être le point central de la bataille : « La majorité de la Convention (elle est alors Girondine), n'étant point sûre du peuple de cette ville et craignant qu'il ne se mette en tête de faire une autre révolution, lorsqu'il sera fatigué du présent état de choses, a demandé (à titre privé) une garde à différents départements... J'avoue que je considère cela comme une fausse manœuvre en politique, bien que, comme paisible citoyen de Paris et intéressé au maintien de l'ordre, elle me soit personnellement agréable. Au point de vue du raisonnement, il est clair que ce n'est point un trait républicain et prima facie il implique que la Convention a l'intention de faire des choses que désapprouverait la majorité de la capitale et de là il suit encore ou que les intérêts des provinces et ceux de la capitale sont différents ou bien que les mesures en vue sont contraires aux penchants des uns et des autres. Mais ce n'est pas au point de vue des arguments théoriques que ces choses doivent être appréciées, mais par l'examen de leurs conséquences probables. Une garde de cette espèce évidemment trace une ligne de démarcation

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