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AVANT-PROPOS

La personnalité artistique de Goya était mal connue; l'aqua-fortiste seul occupait sa véritable place dans l'admiration des rares amateurs qui connaissent l'ensemble de l'oeuvre gravée, dont la Bibliothèque impériale ellemême ne possède qu'une partie.

Le but spécial de l'ouvrage que nous présentons au public est de mire connaître Goya peintre.

Goya a tout tenté : le portrait, l'histoire et le genre. Nous avons choisi parmi les portraits historiques que nous connaissons de lui, quelques-uns des plus beaux, et nous les avons fait graver en les accompagnant d'une étude sur le peintre comme portraitiste.

Les grandes fresques de Goya sont absolument inconnues hors de l'Espagne et n'ont jamais été gravées. Nous avons fait copier ou copié nousmême avec un soin religieux ces peintures monumentales d'un caractère curieux.

L'histoire, la religion, la peinture des mœurs nationales, ont tenté cette prodigieuse organisation. Nous avons parcouru les cathédrales, les couvents, les palais, les quinlas de toute l'Espagne, depuis Saragosse jusqu'à Valence, et nous avons choisi lus toiles qui pouvaient donner l'idée la plus juste de l'originalité et de la variété de ce singulier artiste.

L'aqua-fortiste nous tentait aussi; mais cette étude exigeait un livre à part. Nous nous sommes contenté ici d'un coup d'oeil général sur les eaux-fortes.

Le peintre aragonais a été déjà beaucoup étudié en France. On nous demandera quel est l'élément nouveau que nous apportons à la discussion, après MM. Malhcron, Brunet, Piot, Carderera, Viardot, Th. Gautier, Melida, P. Mantz, Burty, P. Lefort; cet élément est considérable. D'abord nous publions quarante-cinq planches absolument inédites des ouvrages les plus célèbres et les plus importants de Goya peintre; ensuite, ayant étudié tout l'ensemble, nous en apprécions ici et le mérite et la portée.

La biographie de Goya avait été tentée par un homme consciencieux auquel nous rendons justice, M. Matheron; mais l'auteur ne paraît pas avoir connu la correspondance Zapater ; il n'a pas non plus fouillé les archives du palais de Madrid, celles du duc d'Albe et celles d'Ossuna; enfin la liaison historique et le milieu dans lequel le peintre vivait ne sont pas étudiés. Nous restituons la vie de Goya et nous le suivons sans interrup-

AVANT-PKOI'OS.

tion depuis 1756 jusqu'à 1828; enfin, nous tentons de dresser un catalogue général. Cette dernière partie n'est pas la moins ardue ni la moins intéressante de notre tâche. Nous certifions que pas une œuvre dite monumentale ou même une composition importante «le chevalet ne nous a échappé, mais nous faisons appel aux possesseurs de toiles de genre et de portraits non catalogués.

Tout était à créer. Ce serait une histoire curieuse et un peu triste à raconter que cette course à travers l'Espagne à la conquête de Goya. Ne nous arrêtons pas sur ce sujet; il nous est plus doux de remercier ici S. A. le duc de Montpensier, qui, spontanément, nous a offert de faire photographier à notre usage les beaux Goya de sa résidence de San- Telnio. Nous devons au duc d'Ossuna de nous avoir libéralement ouvert l'Alameda où Goya, dans vingt-quatre toiles éminemment différentes de celles qui composent le reste de l'œuvre, a marché sur les traces de Watteau, tant par le fini de l'exécution que par l'esprit qu'il a déployé dans ces spécimens inattendus d'une manière qu'on ne soupçonne pas eu France. Le duc d'Albe nous a ouvert le palais Liria. Don Federico de Madrazo nous a facilité la reproduction des toiles du Musée royal, celles de l'Académie de San-Fernando , et a mis à notre disposition les beaux Goya qu'il possède.

MM. Zarco del Valle, Francisco de Zapater, Valentin Carderera et Lef'ort nous ont aidé de leurs lumières et de leurs documents.

Deux hommes de talent, MM. Léopold Tabar et Bocourt, se sont joints à nous pour copier ce qui nous a paru le plus digne d'être reproduit et ce qui était du domaine de la gravure; des dessinateurs d'un talent souple, dont nous citons les noms à la table, ont fidèlement interprété nos copies.

Goya n'est pas là tout entier sans doute. Sa couleur à la fois puissante et délicate nous échappe; mais désormais le maître est dénoncé à l'admiration de ceux qui ne l'ont jugé jusqu'ici que sur ses eaux-fortes. Le voyageur prévenu voudra juger par lui-même de ce que valent les grandes fresques de Saragosse, celles de San-Antonio de la Florida, le Saint Joseph de Calasanz, le Judas de Tolède, les Saint François de Borja de Valence, la collection de l'Alameda et tant d'autres œuvres qui assurent à Goya une belle place dans l'histoire de l'école espagnole.

Nous ne terminerons pas cet avant-propos sans remercier M. Henri Pion, notre éditeur, qui nous a mis à même de réaliser une tâche que nous rêvions d'accomplir depuis le jour où, il y a dix ans, nous mîmes pour la première fois le pied dans la petite église de San-Antonio de la Florida.

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