‹ GoyaChapitre 2 sur 64 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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TKKUANCKS D F L'ARTISTE. SES mrPKREXTS ASPECTS. SO.1 PROCKDÉ,

SA COULE! R. SA PLACE DAXS l' ÉCOLE ESPAGNOLE.

En France, In Révolution s'est incarnée dans un homme, et cet homme était un écrivain. Ce fut un peintre qui, eu Espagne, porta le premier coup à l'obscurantisme, tendit la main aux encyclopédistes et continua leur œuvre. Jovellanns traduisait le Contrat social, Olavide fondait l' Association pour le travail, Goya attaquait l'Inquisition et revendiquait la liberté de la pensée. Sous le peintre, il y a le grand penseur dont la trace fut féconde, et tout d'abord il y a deux grands aspects dans cet homme multiple, qui se subdivise encore à l'infini.

Gnya philosophe est au-dessus de Goya peintre, et, sans faire une étude sociale, nous voulons montrer quelle est la part que le premier a prise au mouvement d'idées

du dix-huitième siècle; quant à l'artiste, sans mériter qu'on associe son nom à celui des grands maîtres de la Renaissance, il a assez fait pour mériter cependant une belle place dans l'École. Nous ferions à la rigueur lion marche de cet œuvre énorme, s'il n'y avait là qu'un charme plastique. Qu'importe l'exécution! l'idée est là, un trait grave sans effet, sans grand effort artistique, et la planche devient un poème, une arme terrible, un brandon : le dessin se fait idiome et sert à formuler la pensée. Considérons pour un instant que l'époque à laquelle Goya accomplissait sa tâche de destruction, quoique contemporaine de la Révolution française, est relativement éloignée de nous de deux siècles, puisqu'il vivait dans un pays voué à toutes les superstitions et à toutes les servitudes. L'effort était plus grand que le notre, et il faut admirer ceux qui, les premiers, firent entendre des paroles d'indépendance et des cris de liberté au milieu de cette nuit profonde.

Il est curieux de voir deux fois de suite, à cent cinquante ans de distance, le même phénomène se reproduire, et, dans le même pays, deux peintres formuler une protestation contre les idées de leur temps. Ce n'est certainement poiut une subtilité philosophique que de dire de l'œuvre de Velaaquez qu'il fut, par sa constante glorification de la nature et de l'être matériel avec toutes ses passions, son relief, sa séve et sa vie puissante, une protestation contre l'ascétisme et la renonciation terrestre de tous les peintres de l'École espagnole à jamais vouée à l'ascétisme et à la contemplation. Sans, je crois, avoir conscience de cette tendance, mais par pur tempérament, Don Diego ramena sur la terre tous ces artistes voués aux extases et à l'adoration perpétuelle. Goya, lui, eut la conscience de sa tache et l'accomplit jusqu'au bout. Il est de la famille de Voltaire, de Diderot et de d'Alembert.

Ceux qui ne se soucient pas d'une aussi haute mission, et qui sont partisans de la doctrine de l'art pour l'art me nommeront Rembrandt ou le Titien, auxquels il suffit d'une tache et d'une tète peinte pour faire éprouver au spectateur l'impression la plus profonde, sans que ces grands artistes aspirent à changer la face de la société et à se faire les peintres errants de la liberté du monde; mais sous Goya philosophe et précurseur, il y a aussi uu Goya peintre extrêmement curieux que la nature s'est plu à douer d'une façon rare. Nous indiquerons le philosophe à ceux que cet ordre d'idées préoccupe; dans ce livre, nous allons montrer le peintre sous tous ses aspects.

Goya, si universellement admire comme aqua-forlistc, et souvent contesté comme peintre par ceux qui n'ont pas visité l'Espagne, est uu homme génial, une organisation extraordinaire, un tempérament privilégié; on ne saurait rester indifférent devant son œuvre, qui porte l'empreinte de la passion, et qui, en dehors de la portée politique qu'il eut à l'époque où il le conçut, renferme d'assez hautes qualités pour mériter une sérieuse étude et assurer à l'artiste une place dans le cycle de l'art.

Les documents sur Goy a sont epars ça et là ; les essais et les biographies sont restés dans le domaine des amateurs et des artistes; il faut, jMiur rassembler ces éléments dispersés et décrire l'œuvre de ce singulier maître, rayonner du nord au midi de l'Espagne, entrer dans les cloîtres, visiter les galeries, ouvrir parfois des enquêtes, et toujours regretter qu'un artiste qui avait à sa disposition une pointe subtile à laquelle

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