MUSÉE ROYAL DE MADRID
Ll nu X MAI (DOS db mayo).
Cette scène «lu Deux Mai <-st l'une des «envies les plus célèbres du peintre de Charles IV. C'est, à coup sûr, la plus connue; elle figure «lans la seconde salle du .Musée royal, qui p«>ssède relativement peu «!<■ clmse de G«»ya, en dehors des portraits. L'émotion du drame, la fureur patriotique, la signification particulière de cette date funèbre qui , en revenant chaque année, réveillait de sanglants souvenirs et de cruelles émotions qui se sont souvent traduits par «le nouvelles fureurs, donnent à cette curieuse toile du Deux Mai une importance spéciale.
Le sujet se rattache aux scènes qui ensanglantèrent les rues de Madrid, lorsque le peuple se souleva contre Murât (1808). Tr«»is officiers d'artillerie, dont l'histoire a conservé les noms, furent les hères de la journée. I*es patriotes se firent tuer jusqu'au
LA LAMPE DU DIAllI.K.
dernicr, el ceux qui étaient tombés dans les mains des F nuirais turent impitoyablement fusillés. L'oi>élis<{ue <|ui s'élève au Prado, eu face de la fontaine d'Apollon, au milieu du Champ de la Loyauté (C.ainpo de Lcaltad}, est destine à perpétuer ce souvenir.
Goya u pris pour sujet de cette ébauche furibonde l'exécution des prisonniers. C'est un drame épouvantable, qui devient plus terrible encore par la fureur avec laquelle le pciutre a rendu le sujet. La scène se passe la nuit, au pied d'un monticule (Montana del Principe Pio); dans le fond du tableau se dresse la silhouette de la ville. .Sur le premier plan, à la lueur d'une grande lanterne sourde, des soldats fusillent à Inuit portant un groupe de prisonniers, qui tombent sur des cadavres amoncelés déjà. Les uns meurent en levant les bras au ciel avec l'exaltation du patriotisme, qui fait de leur mort un martyre; les autres, blêmes, terrifiés, les mains jointes, attendent la mort à genoux. A coté d'eux, d'autres infortunés auront aussi leur tour; ils mettent leurs mains devant leurs yeux pour ne point voir les convulsions suprêmes.
Le monceau de cadavres est horrible; le sang ruisselle, les yeux sont sortis de leur orbite, les bouches ont gardé l'expression de l'agonie. On ne peut se défendre, en face de cette toile, d'une profonde émotion et d'un frisson d'horreur.
Tout eu subissant cette impression de terreur, et tout en admirant celle énergie, celte fureur, cette violence et celle exaspération, ou ne peut s' empêcher de regretter que celle toile, peinte pour un anniversaire du Dos de Maya, el qui dut figurer comme décoration à l'époque où l'on passait une revue solennelle sur le champ même de la Loyauté, ait élé prise comme terme de comparaison dans l'œuvre de Goya. Théophile Gautier dit qu'elle fut peinte avec une cuiller; c'est une tradition qui trouve encore à .Madrid quelques adeptes; mais à coup sur, à défaut de ce pinceau excentrique, l'artiste l'exécuta à l'aide du seul couteau à palette. Il y a là beaucoup des qualités de Goya; mais il n'y a pas toutes ses qualités, et d'ailleurs, je le répète, c'est un transparent, une ébauche que je n'aurais peut-être pas accrochée dans les salles du Musé»» royal pour la montrer au premier venu, mais que j'aurais honorée d'une exposition spéciale pour la livre r aux seuls regards des personnes qui savent se placer au point de vue el ne concluent pas du particulier au général et de l'exception à la règle. [V oir la gravure hors texte.)
Cette toile a un ]>cndant de même grandeur et qui attire moins les regards, parce que tout semble fade en face de ce drame horrible. C'est encore un épisode du Deux Mai : la cavalerie de Mural attaquée par le peuple. La foule, en armes, se précipite sur les mameluks de la garde et les précipite à bas de leurs chevaux ; quelques-unes des montures poignardées s'affaissent sur elles-mêmes ; h* désordre est indescriptible. A mon sens, cette toile mérite plus d'attention qu'on ne lui en accorde généralement; elle est d'un ton puissant et harmonieux. Les agresseurs, le couteau à la main, sont pleins de fureur et d'un grand mouvement; c'est moins terrible et moins inspiré que le Deux Mai, mais c'est peut-être plus d'un peintre. Don Valentin Cardercra possède une très-belle esquisse de cette œuvre décorative.