‹ Gracchus Babeuf et la conjuration des ÉgauxChapitre 9 sur 18 · ACTE INSURRECTEUR · texte numérisé non relu

ACTE INSURRECTEUR

« Des démocrates français, considérant que l'oppression et la misère du peuple sont à leur comble ; que cet état de tyrannie et de malheur est du fait du gouvernement actuel ;

« Considérant que les nombreux forfaits des gouverne-

ments ont excité contre eux les plaintes joamalières et tou> jours inutiles des gouvernés;

« Considérant que la Constitution du peuple jurée en 1793 fut remise par lui sous la garde de toutes les vertus;

« Qu'en conséquence, lorsque le peuple entier a perdu tous ses moyens de garantie contre le despotisme, c'est aux vertus les plus courageuses, les plus intrépides, à prendre l'initiative de rinsurreclion , et à diriger l'afiEranchissement de la masse;

« Considérant que les droits de l'homme reconnus à la même époque, 93, tracent au peuple entier, ou à chacune de ses portions, comme le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs, celui de s'insurger contre le gouvernement qui viole ses droits; et qu'ils prescrivent à chaque homme libre de mettre à l'instant à mort ceux qui usurpent la souveraineté;

« Considérant qu'une faction conspiratrice a usurpé la souveraineté, en substituant sa volonté particulière à la volonlé générale librement et légalement exprimée dans les assemblés primaires de 1 793, en imposant au peuple français, sous les auspices des persécutions et de l'assassinat de tous les amis de la liberté , un code exécrable, appelé Constitution de 95, à la place du pacte démocratique de 1793, qui avait été accepté avec tant d'enthousiasme ;

« Considérant que le code tyrannique de 95 viole le plus précieux des droits, en ce qu'il établit des distinctions entre les citoyens, leur interdit la faculté de sanctionner les lois, de changer la Constitution et de s'assembler, limite leur liberté dans le choix des agents publics, et ne leur laisse aucune garantie contre l'usurpation des gouvernants;

« Considérant que les auteurs de cet affreux code se sont maintenus en état de rébellion permanente contre le peuple, lorsqu'ils se sont arrogé , au mépris de sa volonté suprême, l'autorité que la nation seule pouvait leur confier ; qu'ils se sont créés, soit eux-mêmes , soit à l'aide d'une poignée de factieux et d'ennemis du peuple , les uns , rois sous un nom déguisé; les autres, législateurs indépendants;

* Considérant que ces oppresseurs, après avoir tout fait pour moraliser le peuple ; après avoir outragé , avili et fait disparaître les attributs et les institutions de la liberté et de la démocratie; après avoir fait égorger les meilleurs amis de la République, rappelé et protégé ses plus atroces ennemis, pillé et épuisé le trésor public, pompé toutes les ressources nationales, totalement discrédité la monnaie républicaine, effectué la plus infâme banqueroute, livré à l'avidité des riches jusqu'aux derniers lambeaux du malheureux qui , depuis près de deux ans, meurt, chaque jour, affamé; non contents de tant de crimes, viennent, par un raffinement de tyrannie de ravir au peuple jusqu'au droit de se plaindre ;

« Considérant qu'ils ont ourdi et favorisé des complots pour entretenir la guerre civile dans les départements de l'ouest, en trompant la nation par une pacification plâtrée , dont les articles secrets stipulaient des conditions contraires à la volonté , à la dignité , à la sûreté et aux intérêts du peuple français ;

« Considérant que, fout récemment encore, ils ont appelé à eux une foule d'étrangers, et que tous les principaux conspirateurs de l'Europe sont en ce moment à Paris pour consommer le dernier acte de la contre-révolution;

«c Considérant qu'ils viennent de licencier et de traiter indignement ceux des bataillons qui ont eu la vertu de se refuser aies seconder dans leurs atroces desseins contre le peuple ; qu'ils ont osé mettre en jugement ceux des braves soldats qui ont déployé le plus d'énergie contre l'oppression , et qu'ils ont joint à cette infamie celle de qualifier d'inspiration royaliste leur généreuse résistance à la volonté des tyrans ;

« Considérant qu'il serait difficile et trop long de suivre et de retracer complètement la marche populicide de ce gouvernement criminel, dont chaque pensée, chaque acte est un délit national; que les preuves de tous ces forfaits sont tracées en caractères de sang dans toute la République ; que de tous les départements , les cris qui appellent sa répression sont unanimes ; qu'il appartient à la portion des citoyens la plus voisine des oppresseurs d'attaquer Toppression; que cette

portion est comptable du dépôt de la liberté envers l'état entier , et qu'un trop long silence la rendrait complice de la tyrannie;

« Considérant enfin que tous les défenseurs de la liberté sont prêts;

« Après s'être constitués en comité insurrecteur de salut public, prennent sur leurs têtes la responsabilité et l'initiative de l'insurrection, et arrêtent ce qui suit :

« Article premier. Le peuple est en insurrection contre la tyrannie.

« 2. Le but de l'insurrection est le rétablissement de la constitution de 1793, de la liberté, de l'égalité et du bonheur de tous.

« 3. Aujourd'hui, dès l'heure même, les citoyens et les citoyennes partiront de tous les points, en désordre et sans attendre le mouvement des quartiers voisins, qu'ils feront marcher avec eux. Ils se rallieront au son du tocsin et des trompettes, sous la conduite des patriotes auxquels le comité insurrecteur aura confié des guidons portant l'inscription suivante :

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