CXXVIII. — HISTOIRE CiaVERSELLS PAR CAIITU
Cet ouvrage remarquable à tant de titres et important, prouve combien un homme est faiMe contre un préjugé. L'auteur, malgré son amour de la vérité et sa générosité de cœur, a laissé troubler tout son point historique par le préjugé itali^ii : aussi défigure-t-il l'histoire moderne. Malgré son érudition, il en est encore à cette vieillerie que le protestantisme n'a pas de noms à opposer à Galilée, Descartes, Raphaël, et il oublie seulement Newton , Leibnitz , H^el , Shakspeare , Beethowen, etc.» etc. Il va même, dans son zèle, jusqu'à cette énormité fidcheuse de faire du protestantisme la stabilité et du catholicisme le progrès^ et jusqu'à mettre le premier hors la loi du christianisme. Toute sa philosophie de l'histoire en est bouleversée et son horizon amoindri. Son illusion est celle de Gioberti, c Catholicisme et liberté» suprématie morale de l'Italie » et tout ce bagage de paradoxes surannés et de joujoux patriotiques.Toujours même ignorance du principe svhstantiel de la Réformation ; toujours la tendance réelle du catholicisme
méconnue ; toujours confusion du besoin d'unité spirituelle avec sa promulgation par la force ; toujours la lettre prise pour l'esprit et le christianisme vu à travers la conscience juive ou thibétaine, qui croit tout perdu sans le temple de Siou ou la personne du Dalaï-lama. Cette conception superficielle et extérieure de la vérité, de la religion, de l'Eglise, est la fatalité des races latines. La discipline et la solidarité sous leurs deux grandes idées. Aussi méconnaissent-elles et menacent-elles inévitablement et par leur nature même la liberté et Yindividualité. Au. fond, ce qui les préoccupe, c'est l'espèce et non la personne. C'est pourquoi ces races correspondent en plein à la sphère politique et sociale, mais imparfaitement et seulement par l'élément de Tordre , à la religion et à la philosophie ; l'autre élément, le plus profond, le plus moral, le plus sacré, refuge inviolable et dernier de la conscience, lui échappe. Le Dieu de la race latine est le Dieu qui ordonne ; le Dieu de la race germanique est le Dieu qui appelle. Ce sont là deux mondes qui ont peine à se comprendre, comme l'Egypte et la Grèce, qui se repoussent avec horreur, s'abominent et s'anathématisent : le monde de VAuto^ rite et celui de la Liberté. (1851.)