CXXXVIII. — LES DI\'ERS LANGAGES
Autour du langage parlé se déploient, comme autant de rayons ou de prolongements de luimême, les divers arts, langages spéciaux, méthodes d'analyses plus raffinées, qui se servent.de la couleur, de la lumière ou du son. Ce sont les émissaires, les colons de la métropole, et, si j'ose dire,
ses tentacules dans des mondes dtvei*s. Par exemple» la musique est, dans la sphère du sentiment, un instrument d'analyse infiniment plus délicat que la langue parlée. Tandis que celle-ci n'a qu'une cinquantaine de mots (rêverie, espérance, tristesse, passion, allégresse, etc.) pour rendre les divers états du sentiment, la musique peut exprimer cent, deux cents, mille nuances de chacun de ces états. Le dernier, le plus délié ramuscule du langage, n'est pour la musique encore qu'une grosse branche informe : elle se charge, c'est son privilège, de l'analyser, de la subdiviser, de la ramifier en tiges, feuilles, nervures, fibrilles, indéfiniment. — De même dans les autres arts. — L'important pour chacun d'eux est de bien reconnaître son domaine et de s'en emparer.