SI TU M'AIMES
Je sens voler sur tes traces»
belle aux yeux languissants, Tout émus et frémissants.
Si tu passes, Mon cœur, mon âme et mes sens.
Vierge aux manières modestes, Près de toi je suis troublé ; Pars-tu, tout est désolé ;
Si tu restes, Pour moi le monde est peuplé.
J'aime, vives ou touchantes.
Les chansons que, dans les bois, Le rossignol dit parfois....
Si tu chantes.
Je n*enlends plus que ta voix.
JVi connu, vierge, des heures....
A leur souvenir, d'eflfroi Déjà mon cœur se sent froid ;
.Si tu pleures, Alors il se brise en moi.
Ton front pur, ô fille d'Eve, D'aucun soufHe n'est terni ; Un bon ange l'a béni.
Et, s'il rêve.
Il m'entr'ouvre l'infini.
Tes yeux noirs et doux, qui laissent Filtrer tant d'âme au travers, Sur les miens, chargés d'éclairs.
S'ils s'abaissent.
Je crois voir les cieux ouverts.
Que m'importent tous problèmes.
Soucis, plaisirs ou chagrins?
En toi, je vis et je crains :
Si tu m'aimes.
J'ai consommé mes destins !
Décembre 1853,
PREMIER MONOLOGUE. — stoïcisme.
A M. Charles Didier.
« Détends l'arc, » l'ont dit Ésope Et le grondeur de Sinope ; Si ta tête est en syncope, C'est que l'arc fut trop tendu.
Or qui trop fend est fendu.
Qui trop dépense est vendu.
Qui trop verse est répandu, Trop monte est redescendu* Trop est trop ; et qui s'achope, Faible ou fort, nain ou cyclope, A ce dicton, en myope Bronche.... puis bronchant s'éclope.
Dans l*Asie ou dans l'Europe
L'excès n'est point défendu,
Car lui-même il s'est pendu
De tout temps ; c'est son droit ; tope !
D'un zèle malentendu
Le châtiment est acerbe ;
Mais si l'échec t'a rendu
Plus attentif au proverbe,
L'échec n'est que prétendu. '
Le coup de poing qui, sur l'herbe,
Vient abattre ta superbe,
 ta superbe étant dû.
T'a bien dûment étendu.
Mais ne sois point éperdu ;
Prudemment baissant le verbe.
Forme ta sagesse imberbe
A grossir de tout sa gerbe,
Et nul malheur n'est perdu !
Sovemhre 1853.
ixvn