L'EPREUVE DU TALENT
A M. Théophile Gautier.
Oui, l'Art est grand! Ses bois sacrés
Te sont ouverts ; courage, adepte !
Gomme néophyte il t'accepte,
Tu peux franchir tous ses degrés.
Sa grandeur n'est point dans la pompe ;
Il ennoblit chêne et fétu.
Et sourit au turlututu
Comme au large accent de la trompe.
Mais sois prudent, crainte d'affront ; Pèse ta force ; Tâme éprise Sur ses dons fait parfois méprise :
Jeune homme, as-tu l'étoile au front ?
Pour un pinceau se tient l'estompe ; Tout dard, hélas ! se croit pointu ; Et souvent le turlututu.
S'estime être une jeune trompe.
Sois constant, si tu te sens fort ; Travaille! dans Fart, rien sans peine !
Mais ta peine peut être vaine.
Le talent n'est point dans Teffort.
Courbe ton arc, mais sans qu'il rompe ; Ne confonds pas fort et têtu ; En s'obstinant, turlututu Ne prjends pas la voix de la trompe.
Oui, FArt est grand, oui, l'Art est beau, Mais réclame un prêtre robuste :
Pour le fort, c'est un temple auguste ; Pour l'impuissant, c'est un tombeau!
L'Art, sévère pour qui se trompe.
Dit : Que peux-tu? non : Que v^x-tu?
Souffle dans un turlututu Si tu ne peux remplir la trompe.
Montreiuc, iS Novembre 1853.