‹ Grains de mil: poesies et penseesChapitre 34 sur 128 · IL PUNTO · texte numérisé non relu

IL PUNTO

A M. Alfred de Vigny.

— Ah ! c'est à détester la vie !

Toujours, partout, se sentir seul!

A la solitude asservie, Mon âme file son linceul.

Dix fois! ma main Ta mise nue, Dix fois, bien qu'elle en ait frémi !

Mon âme est encore inconnue A mon meilleur ami !

— C'est vrai ; mais, avant de maudire.

Plein de courroux ou plein d'effroi.

Écoute, passant qui soupire.

Écoute, frère, et réponds-moi.

Nul œil, c'est là ce qui t'enflamme, Ne lit dans ton cœur abattu ; Nul ami ne connaît ton âme :

Et toi, la connais-tu ?

11 faut posséder pour connaître, Et pour posséder, contenir ; L'œil» qui finit ce qu'il pénètre, Pénètre ce qui doit finir.

Va, frère, ne jette à ce monde Ni ton blasphème ni ton vœu ; Ton âme est chose trop profonde :

Un seul la connaît — Dieu!

5? Décembre i85J.

— 1 Oi —

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