XXV. — LES DEUX SIBÉNES
Qui ne vous connaît, paresse et volupté, sirènes a la voix charmante , qui endormez le courage , énervez le corps, efféminez l'âme , Circés aux regards magnétiques et perfides, qui métamorphosez insensiblement , par votre magie, le héros en esclave et l'homme en brute ? Ami, défie-toi de leurs séductions, car ces enchanteresses sont des vampires ; leur douceur est trahison, l'ivresse qu'elles te versent est mortelle. Comme Dalila, elles n'enchaînent de leurs tresses l'homme au cœur tendre que pour lui ravir ses forces; comme Omphale, elles ne lui font saisir en jouant la quenouille que pour le désarmer de sa massue. D'où que tu sois, enfant des neiges ou du soleil, fils de l'Orient ou de l'Occident, qui que tu sois, quel que soit ton âge, quel que soit ton Dieu, où que tu doives vivre, au cloître ou dans le monde, aux champs ou dans les
ckés, si y comme Philippe , tu as quelque grande œuvre à accomplir (et quel homme n'en a pas une?), si, dans Tégarement de Theure présente, tu as encore quelque souci de ton avenir, compagnon de voyage, écoute Salomon ou Pythagore, et fuis, comme la lèvre des courtisanes, les langueurs de la paresse et le sourire de la volupté. Même pour Hercule , la mollesse est fatale : mieux valent les monstres et le combat tous les jours. Même pour Annibal, Capoue est un tombeau : mieux vaut, pour vaincre Rome , le lit de camp que le lit de roses. Même pour saint Paul , le corps est un serviteur faible quand il n'est pas rebelle : mieux vaut porter le cilice que manquer la couronne. Soldat de l'esprit, ferme l'oreille aux mélodies perfides des sirènes! Amant de la vertu, champion de la gloire, veille sur tes yeux et sur ton cœur! Garde à toi !