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PRINTEMPS DU NORD

A M. Charles Fournel.

(Observation métrique : Les sixains, dans celte pièce, sont écrits pour l'oreille comme des quatrains, c'est-à-dire que les deux petits vers féminins, qui peuvent être inégaux, doivent, réunis, équivaloir à un des vers de rime masculine.)

Linotte

Qui frigotte, Dis, que veux-tu de moi?

Ta note,

Qui tremblote, Me met tout en émoi.

Journée

Illuminée, Soleil riant d'avril,

En quel songe

Se plonge Mon cœur, et que veut-il ?

Sur la haie,

Où s'égaie Le folâtre printemps,

La rosée,

Irisée, Sème ses diamants.

Violette

Discrète, Devant Dieu tu fleuris ;

Primevère,

A la terre, Bouche d'or, tu souris.

Petite

Marguerite, Conseillère du cœur.

Ta couronne

Mignonne Epèle mon bonheur.

Blanche et fine

Anbépin(s A tes pieds, la fourmi

Déjà teille

Et réveille Son brin d'herbe endormi.

La mousse

Qui repousse Attend l'or du grillon ;

La rose,

Fraîche éclose, Rêve au bleu papillon.

Mais, fidèle

Hirondelle, Au nid toi qui reviens,

La tristesse

M'oppresse

Où donc sont tous les miens?

L'eau sans ride

Et limpide Ouvre de ses palais,

Où tout brille

Et frétille.

Les réduits les plus frais.

Sur la branche

Qui penche.

Vif, l'écureuil bondit;

La fauvette

Coquette Se lustre dans son nid.

La grue

En l'étendue A glissé, trait d'argent;

Dans l'anse

Se balance Le cygne négligent.

La follette

Alouette, Gai chantre des beaux jours^

Dans l'azur libre

Vibre, Appelant les amours.

Journée

Illuminée, Soleil riant d'avril,

En quel songe

Se plonge Mon cœur, et que veut-il?

Dans Tonde

Vagabonde, Aux prés, sur les buissons.

Sous la ramée

Aimée, Aux airs, dans les sillons.

Tout tressaille

Et travaille, Germe, respire et vit,

Tout palpite

Et s'agite.

Va, chante, aime et bénit.

Mais mon âme

Est sans flamme

Beaux jours en vain donnés,

Nature

Calme et pure, printemps, pardonnez !

Linotte

Qui frigotte.

Dis, que veux-tu de moi?

Ta note

Qui tremblote Met mon cœur en émoi.

Ueringtdorf, 9ur la Baltique, 1847.

VJI

h L'ANNEE QUI VIENT.

toi, spectre inconnu, que l'univers ignore, An nouveau, roi futur qui sommeilles encore

Aux flancs profonds de l'avenir !

Du fond de ton néant, en tremblant, je t'appelle. Être mystérieux, vrai sphinx, ma voix doit-elle

Te redouter ou te bénir?

Isis au front voilé, qu'on nomme Providence, De quel signe ta main doit-elle, à sa naissance.

Marquer au front Tan nouveau-né ?

Sur Tarène du temps ta voix le précipite ; Dans l'urne du destin quel mot pour lui s'agite ?

Sera-t-il serf ou couronné ?

Avenir, avenir, que nous cachent tes ombres?

Toge de Fabius, dois-tu de tes plis sombres

Secouer la guerre ou la paix?

Du même ciel nous vient la foudre et la rosée ; Nuage, contiens-tu pour la terre embrasée

Ou des fléaux ou des bienfaits?

Vieux forçat du Soleil, Terre au vol monotone, Allons! poursuis encore un printemps, un automne

Dans les espaces infinis.

Avec ta Lune au flanc reprends, reprends ta route ! Dans le cercle éternel de Téternelle voûte,

Erre, ô symbole des bannis !

Sous le fouet du destin, étalon blanc d'écume. Allons! à coups plus prompts que ton sabot s'allume

Dans ton cirque zodiacal !

Coui's chercher les saisons aux relais de l'espace ; Il faut le mois d'amour pour cet oiseau qui passe.

Le mois des morts pour le chacal.

Sous les glaces du Nord va faire filtrer l'ambre ; Ici récolte Avril, là retrouve Septembre :

L'un a les fleurs, l'autre a les fruits ; Le petit du lion attend son jour pour naître, La rose pour fleurir, l'étoile pour paraître.

Et les jours attendent les nuits.

Allons, mets cap au large ! et que, dans ta carrière. Aucun astre perdu, comète aventurière.

Pirate écumant le ciel bleu.

Ne vienne, dans tes mâts saccageant ton cordage. Te couler bas d'un choc en son rude abordage.

Mais que ton pilote soit Dieu !

31 Décembre 1849,

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