L'ECUREUIL
La lune au ciel brille ;
Chut ! dans la charmille Écureuil trotte sans bruit....
Pouf! d'un fusil le feu luit.
Demi-mort, dans l'ombre Du feuillage sombre,
Chut! s'est blotti le mignon....
Lune, éteins ton lumignon !
Et la lune terne,
Cachant sa lanterne, Fuît sous un nuage noir....
Sire chasseur, peux-tu voir?
< Lune, maman lune, J'ai réchappé d'une!... »
Dit Jeannot, gagnant son nid ;
« Merci, lune, bonne nuit ! »
L'ORMEIU DE PLIIHPILIIS.
(Abattu en Août 18S8.)
A la SOCléTii DE ZOFIKGUE.
Il est tombé, l'arbre au vaste feuillage, Il est tombé le vieux roi du coteau !
mes amis ! qu'un regret, qu'un hommage.
Suive du moins, suive l'antique ormeau !
Pleurez, il vit nos gloires, nos misères.
Nos jours brillants et nos jours assombris ; Pleurez, hélas ! il ombragea nos pères, Et n'aura pas d'ombi^age pour nos fils.
i60i Il était là, quand dans une nuit sombre, Frêle couvée, on nous allait saisir ; Il entendit le ravisseur dans l'ombre Rugir de joie en nous voyant dormir.
Mais Dieu veillait dans ces jours populaires Et Dieu sauva les Genevois trahis....
Pleurez cet arbre, il ombragea nos pères Et n'aura pas d'ombrage pour nos fils.
Il était là, dans ces jours de tempête Où notre étoile, en un noir tourbillon, S'évanouit, alors que la conquête D'un trait de sang raya notre vieux nom.
Il vit, hélas! des choses bien amères, Genève morte et ses drapeaux flétris.... Pleurez cet arbre, il ombragea nos pères Et n'aura pas d'ombrage pour nos fils.
Il fut témoin de la grande journée
Où dans nos murs revint la liberté.
Des chants d'amour, comme pour l'hyménée.
Retentissaient dans l'heureuse cité.
Bronzes tonnants, clochers aux voix austères.
Joignaient leur hymne à l'hymne du pays....
Pleurez cet arbre, il ombragea nos pères
Et n'aura pas d'ombrage pour nos fils.
Il était là, dans ce jour séculaire.
Ce jour sacré que nul ne voit deux fois, A l'heure sainte où Genève en prière Portait au ciel sa plus pieuse voix.
Il les vit tous, ces beaux anniversaires.
Ces Jubilés aux fronts épanouis....
Pleurez cet arbre, il ombragea nos pères Et n'aura pas d'ombrage pour nos fils.
Pourtant, malgré tes ans et ton long âge, Non, tu n'as point, vieil arbre, assez yécu ! Tu ne vis pas Octobre et son courage, Ni l'étranger, dans sa fierté vaincu.
Ni ces enfants, au grondement des guerres Par bataillons, se levant, réunis....
Pleurez cet arbre, il ombragea nos pères Et n'aura pas d'ombrage pour nos fils.
Décembre 1838.
Ll VISITE DES «HGES.