‹ Grains de mil: poesies et penseesChapitre 62 sur 128 · XL. — L'mSTANT DE L'IDÉAL · texte numérisé non relu

XL. — L'mSTANT DE L'IDÉAL

Chaque bouton ne fleurit qu'une fois et chaque fleur n'a que sa minute de parfaite beauté; de même, dans le jardin de l'âme, chaque sentiment a comme sa minute florale, c'est-à-dire son moment unique de grâce épanouie et de rayonnante royauté. — Chaque astre ne passe qu'une fois par nuit au méridien sur nos têtes et n'y brille qu'un instant ; ainsi, dans le ciel de l'intelligence, il n'est, si j'ose dire, pour chaque pensée qu'un instant zénithal , où elle culmine dans tout son éclat et dans sa souveraine grandeur. Artiste, poète ou penseur, saisis tes idées et tes sentiments à ce point précis et fugitif pour les fixer ou les éterniser, car c'est leur point suprême. Avant cet instant, tu n'as que leurs ébauches confuses ou leurs pressentiments obscurs; après lui, tu n'auras que des réminiscences afiaiblies ou des repentirs impuissants ; cet instant est celui de l'idéal.

XLi. — qu'il t a dedx allehagnes.

Décidément le génie de l'Allemangne méridionale est d'une autre trempe que celui de l'Allemagne du nord. Palpitant des ardeurs de la substance, fêtant le culte de la vie, par opposition à la calme

lumière de la pensée, les Germains du midi (par exemple : Baader, Schelling, Eschenmayer, Schuberty Buquoy, Oken, etc., etc.) sont un peu de la reii^on de Cybèle. Leur style, plus concret et plus chaud, est plus pénétré d'images, de couleurs, de matière pour ainsi dire; mais en revanche il est plus désordonné, et laisse à désirer plus de netteté et de rigueur. La matière en fusion n'est pas chez eux assez dominée et maîtrisée par la forme. Ils pythonisent plus qu'ils ne raisonnent ; ils font deviner et sentir plus que penser ; ce sont des oracles plutôt que des philosophes.

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