‹ Grains de mil: poesies et penseesChapitre 63 sur 128 · XLH. — LES DIOSCURES DE WEIMAR · texte numérisé non relu

XLH. — LES DIOSCURES DE WEIMAR

En achevant les Correspondances de Schiller avec Humholdt, et de Gœthe avec Zelter, je suis frappé de bien des choses : de l'absence d'esprit religieux dans les deux grands poètes allemands, du manque d'instruction de Schiller , de la sécheresse de Gœthe, du déplacement et de l'élargissement de l'horizon intellectuel d'alors. On sent ua autre âge et d'autres hommes et le monde a marché. — L'absence de religion donne, même au sérieux de ces deux grands hommes, quelque chose de superficiel. Le manque de faits, de réalité, de base, rend parfois les idées de Schiller tranchantes et fragiles comme l'abstraction. Gœthe reste étranger à l'histoire, et toutes les luttes de son pays, tous ses malheurs, de 1800 à 1815, nelui arrachent ni un soupir ni une réflexion. L'égoïsme a été l'étroitesse de cet esprit si large, et, par une juste

punition, l'a rendu incomplet et petit par un côté. Initié à la vie de la nature et ù la vie de l'individu, Gœthe ne comprend pas la vie historique, l'évolution des peuples. Et quels pas de géants ont fait toutes les sciences de la nature et de l'intelligence depuis le cénacle de Weimar! comme le point de vue du siècle a changé, comme notre univers physique et moral est plus complexe et plus riche ! — Mais c'est encore ^hiHer qui nous comprendrait le mieux!

XUn. — L'ÉQUILIBRE.

Pai remarqué un phénomène consolant : quand nous tendons à nous fermer une perspective, à devenir incomplets , exclusifs, en oubliant quelque aspect de la vérité, quelque élément de la vraie vie, presque toujours une lecture ou une circonstance fortuites viennent rouvrir ce sens endormi et ramener à l'harmonie intérieure ; — fortuites, disais-je, n'est-ce pas plutôt providentielles? La nature morale, comme la nature physique, tend à l'équilibre.

Page 1