‹ Grammaire arabe, composée d'après les sources primitives (volume 2)Chapitre 42 sur 185 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Notions supplémentaires sur l'alphabet.

Nous avons élagué de la première partie de cet ouvrage les explications trop longues, qui rendraient pénibles aux commençants leurs débuts dans l'étude de la langue arabe.

Mais dans ce chapitre nous compléterons les notions préliminaires données précédemment sur les consonnes, les voyelles et les signes. Ce sera le prélude de notre traité des formes.

Origine de l'alphabet.

101. L'alphabet arabe n'est que l'alphabet hébraïque modifié.

Il a été introduit, dit-on, en Irak vers le VF siècle de l'ère chrétienne. Il fut calqué d'abord, pour l'ordre et la valeur arithmétique des lettres, sur les alphabets hébreu et syriaque. Il fut divisé, pour qu'on l'apprît plus facilement, en huit mots techniques qui forment l'Abjad. Nous en avons parlé précédemment (3) .

Ce système d'écriture est appelé çjy. [coupure).

82 Doux. part. Cli. I. Orig. de l'alph. j n'^ 101

Morâmir, de la tribu de Tay, en fut le principal auteur, et il nomma, dit-on, chacun de ses huit enfants par un des mots de l'Abjad. Il substitua de nouveaux caractères aux anciens caractères himiarites, ainsi appelés du nom de Himiar, chef des dynasties qui ont commencé à régner dans TYémen environ un siècle avant notre ère, et qui ont été renversées par les Ethiopiens l'an 525 de Jésus-Christ.

Cette écriture, connue de nos jours sous la désignation de ki^, est récriture usuelle arabe employée dans les manuscrits et qui a été imitée dans la typographie.

Une autre espèce de caractères fut aussi introduite en Arabie avant l'hégire : c'est le caractère koufique qui se rapproche beaucoup, pour la forme, du vieux caractère syriaque appelé Estranghélo. Cette écriture, à cause de la lourdeur de ses formes, ne fut guère employée que dans les inscriptions.

Les anciens alphabets, classés d'après l'ordre hébreu et syriaque, ne renfermaient primitivement, comme ces langues, que vingt-deux caractères pour les vingt-huit articulations de la langue arabe; la même lettre se prononçait de plusieurs manières, et rien dans l'écriture n'indiquait ces variations; nul signe non plus ne représentait alors les voyelles.

Ce système alphabétique très imparfait dura jusqu'au commencement de la dynastie des Ommiades ; à cette époque on inventa les points diacritiques, qui furent ensuite complétés par Taddition des points-voyelles. Cette réforme indispensable

n° 101-102 j Deux. part. Cli, I, Orig. des points-voyelles. 83

détermina la classification moderne, où toutes les lettres d'une même forme, distinguées seulement par des points, sont rangées ensemble [a).

Origine des points-voyelles.

-v^iT "

102. Dans l'origine le ^[^ était représenté par un point rouge placé au-dessus de la consonne; le 4^*, par un autre point rouge mis au milieu de la lettre ; et le Zj^S , par un troisième point rouge souscrit.

On vit sans doute qu'il n^était guère pratique de changer d'encre à chaque minute en écrivant. On substitua donc à ces points coloriés des points-voyelles, qui furent les signes phoniques des mots.

Le Ua prit alors la forme d'un j minuscule et le ^*, d'un petit \ incliné. On donna sans inconvénient au i\iS^ la même figure que le :ii^, attendu que sa place au-dessous de la lettre le distinguait assez du i^ toujours tracé en haut, ex. : Z^ya il a été frappé. Le l^S^ se nomme encore i^'a^ [abaissement).

Le j^y; est formé des points-voyelles qu'on double, comme

on doublait primitivement, dans le même but, les points rouges

qui figuraient les voyelles [b). Il accompagne la finale des noms pour indiquer leur indétermination, ex. : ^L une porte ;

Ztijtune loi; j^^j d'un apôtre; Uy un jour. Il équivaut à

(a) Bresnier, grammaire arabe, p. 120 à 124.

(b) Qualquachandi, 2'^ part. pajj. 880.

84 Deux. part. Cli. I. Orig. dos signes. [ n^ 102-103

un ô quiescent ou marqué d'un — ; c'est pourquoi les mots précédents se prononcent comme s'ils étaient écrits : [j-lT —

Origine des signes.

103. Pour représenter l'absence de toute voyelle on se servit de la tête du *, dernière lettre du mot çy. , qui exprime cette absence à la fin d'un verbe, comme le o^^' l'exprime ailleurs: ,i5 I écris; dans ce mot le — du fj se nomme ô/C-, et celui du ^, çy..

Le — est un petit ^; c'est l'abréviation du ^ par lequel commence le mot S-\^, nom de ce signe.

Sa forme barbaresque est celle-ci — , et sa place est quelquefois sous la lettre, quand cette lettre est affectée d'un S^ {a).

La lettre Sj/^ tire la forme, sous laquelle elle est représentée, du ç- sans queue p, placé à la fin de son nom Sji*

Le signe . — n^est que le ^ initial du mot ^ union par lequel il est désigné, J^jil ou i^\ 1^%. signe de Vunion, trait d'union.

Le ij,A — n'est qu'un \ horizontal [h).

(a) Bresnier, gram. ar. p. 74.

(b) Qualquacbaiidi, 2® part. p. 882.

n° 104 ] Deux. part. Ch. I. Observ. sur les consonnes. 85

Observations sur les consonnes.

104. Les Barbaresques ont modifié les mots techniques de l'Abjad, comme il suit :

La lettre ^Ij , vulgairement appelée ^j'^j zaïn, s'orthographie encore ^\'^ , ii j , (^3 et i j .

Le fj /:«/ se prononce ^cA^/ par certains Bédouins et dans certaines localités, ex. : cHiU IJiS^ comment vas-tu ? s'énonce tchaïfa hâlotch»

Les consonnes marquées des points diacritiques, par exempie le ^ et le 3 î sont appelées Z^ <^JT lettres ponctuées, par opposition au ^ et au j . Celles-ci sont nommées iJj^ lO,^ lettres négligées, c'est-à-dire lettres sans points diacritiques.

Les lettres gutturales sont i ^ t- î^ ç- et ©♦

Les lettres I ""j -~ c^ sont appelées faibles (^J ^^1 ou bien ^):û^^^l), a cause des changements qu'elles subissent dans certaines circonstances, comme nous le verrons plus loin. On les nomme aussi lettres de prolongation, quand elles servent à rendre longues les voyelles arabes (4).

C'est pourquoi la lettre j est appelée en arabe sœur du — C Iî*.^l vl^^ ) ; la lettre 1 , sœur du — ( 4^M j^^l ) et la lettre (S , sœur du — ( S JiC) I C^^ ) ♦

Le tS final, précédé d'une consonne portant le — , perd ses

86 Deux, part, Ch. I. Lettres solaires et lunaires. [n° 104-105

deux points et se prononce comme \ — ex. : xi) 1 le jeune homme, il s'appelle alors (Sj^^^ JH, c'est-à-dire qu'il n'est pas un l de prolongation (S^jjuf Jl).

Nous avons parlé des cas où Y\ n'accompagne pas le tanouïn — (4). Il faut ajouter que le ^^ Ij^sIa , partout où il est employé, tient lieu de l'I : ^^j^ime direction; ^^ un jeune homme.

Nous avons dit plus haut (38) que les lettres serviles ( J»j-\ ol^lD sont: 1— O— ^ — J — ^ — O"" S — jet(^.

est rarement employé, ex. : Jjlp esclave ^ pour S^ •

Lettres solaires et lettres lunaires.

105. Les consonnes se divisent en solaires et en lunaires. Les lettres solaires sont ^JjJj^ijjjj-J^jj^jjbi^J^JO; toutes les autres consonnes sont lunaires.

Les consonnes solaires, précédées de l'article Jl, se redoublent et portent le signe — ; le J de l'article alors ne s'articule pas, ex. : ^..^1 le soleil, prononcez ^.^\ ♦

Les consonnes lunaires, dans le même cas, ne changent point la prononciation de l'article, ex. : J \ la lune.

Cette dénomination de lettres solaires et lunaires provient des deux exemples qui en montrent l'application.

Remarque. Les lettres solaires, surtout le j , se redoublent ad libitum après les particules J.a J| et autres mots terminés par un J , ex. : éJL^\J Jjfc ou <^lj Ja Vas-tu vu% (a)

Le redoublement du jj est mauvais.

(a) Sib. 2® part, no 567 page 467.

n° 106-107] Doux. part. Ch. I. S^Ilab. Lettres analog. 87

Des syllabes.

106. Les syllabes, en arabe, n'ont qu^une ou deux lettres, ex. : J^CS^ paresseux ( 0 ~"^^ "" --^) •

Une syllabe est brève, quand elle se compose d*une consonne

et d'une voyelle, ex. : '^j il a pensé (^ — ^T— \ )♦

Une syllabe est longue : P quand une consonne est accompagnée d'une autre consonne affectée d'un —, ex. : •^j[ aie

pitié; 2P quand une consonne porte le signe —, ex. : "s j^-^^

image; 3^ quand la consonne est suivie d'une des trois lettres

de prolongation 1 — j — (^ (4), ex. : V ne , , , pas ; v^iiC^

écrit ; j^^ dans; ^ il était.

Sont exceptes J,jl , ^Vj* ceux-ci, celles-ci, fJVjl , diDjl , viiiVj^ ceux-là, celles-là, jljl, oVjl possesseurs, mots dans lesquels la première syllabe est brève.

La raison en est que loj de dtij^ et de ^^jl n'a été ajouté à ces mots, que pour les distinguer de dÙI et J,[, quand les voyelles sont supprimées ; ce n'est donc pas un j de prolongation. Ce j, une fois ajouté à ces deux mots, a été mis aussi dans les mots analogues ilVjï etc. {a).

Des lettres analogues ( i jCc,<» oj ,:> ) ♦

107. Certaines lettres ont entre elles de l'analogie; elles sont indiquées dans le tableau suivant :

(a) Qualquachandi, 2° part. pag. 148,

Deux. part. Ch. I. Lettres analogues.

[qo 107

j analogue de ^ et *

jj^ analog.

de 3 ^

1, id.

id.

»— ' ^^ •> u" cr" u^ cf^

1, id.

Cl ^ij- Js !h

id.

i! et vice versa

id.

t id-

«. et vice versa

id.

i id.

^ j;^3 u-cr(j^t>

id.

J JfJç?

i id.

kl-) C-) ^ ^ J- i^» i^

En conséquence, ies lettres c-jCj^t: rr^io^i^i^jJ^O» placées à la fin d'un mot, s'élident dans la prononciation devant leurs analogues respectives, et celles-ci sont marquées du signe — -, ex. : <rj ♦ ,• de la part de son Seigneur , se prononce comme si Ton avait écrit -^"jy ; ^^l \ ^^ S %^. S^iJ"^ ^' ^l Dieu a créé toute chose en six jours ; dC-^ ^"'l écorche ies brebis. Toutefois cette manière de prononcer n'est pas absolue ; on peut donc dire : o^j • ^ ; (^ ^^ JT jU. <u) I ûl

En outre toutes les lettres de l'alphabet, \ ^ (S exceptés, peuvent recevoir aussi un —, lorsqu'elles sont initiales et que ces mêmes lettres finissent le mot précédent : Jp dft^ L)j L ^y Seigneur^ nous vous glorifions chaque jour.

Néanmoins après la terminaison J^ — \q (S suivant peut recevoir un —, ex. : \jji ^i^^ crains y {ô femme), une chose facile, pour 1^^ l" ^i^[ .

n° 107 ] Deux part. Ch. I. Lettres analogues. 89

Après la terminaison j ~ le j suivant peut recevoir un —, ex. : Uïlj jl^^i craignez quelqu'un qui allume ^ pour l^^^l

Remarque. La lettre initiale c. peut se changer en ^^ quand la finale du mot précédent est un ■^ quiescent et vice versa : bj.:.-»;jj\^ égorge un c/ieureaif pour b^^ f^^^ î l.l^L^ j\ élève un juge ^ouv {.lAo. Vj[«

La même transformation a lieu dans le c. suivi d'un o et vice versa : p.-i avec eux pour p^^*» • lx..'=,'*'j envoie un serviteur pour ljL..e. kLj .

Le jj se rencontre changé en ^ avant un ,j , ex. : iJl; ^ devient vU--.*.* (/U2 en ^02; ^.:^ ambre, ^.^.c (b).

Le ô des deux prépositions -.^ et ♦.& se change toujours en ^ devant les pronoms ♦ ^ et U, ex. L? et II* pour L ^p et

^-* 0'* ' û^ ^^ 0^ P^^^ o^ ù'* ^^ ù'* ù^* Cette contraction se rencontre très rarement dans les autres mots, ex. : llU

pour S'^if' ^^ ^^ nuit.

Généralement les lettres Zj ^^^ Js \s et J^ marquées d'un — s'elident avant le O et celui-ci reçoit un — , ex. : J^j^jl j'ai voulu, ])ouv olijl ; s^J^j /^^ ^^e'j» pour c-Lj ; cil tu as scjouimé, pour j^i ; i^ô^l vows «ye^ /^rz^^, pour i^â^U

Dans les radicaux certaines lettres ne se trouvent jamais réunies ensemble, ce sont :

(a) Zamakhchari, i)age 192. Sib. 2^ part n" 507 p. 4G2.

(b) Sib. 20 part, n» 567 pag. 464.

Doux. part. Ch. I. Suppres. de FI de prolong. [ n° 107-108

uj et cJ /•

J et J

i et i fj

^ ^ cT U"^

Jp

3 ~ cF' Jp ^

^-^JfJ

cT ~ U^ U^

^-jiJ

j^ - i^ J iJ

cT ~ U^

j-iJ

'^~ cf" ù^ ^

Js — i ii

On trouve néanmoins vl ne... pas, -Ip devenir public ,

L-ttiil -vip /^ jeunesse a atteint son terme et •!>. le bruit d'une porte.

De là, on peut reconnaître facilement les mots d'origine étrangère comme Jjj lézard du Nil.

Dans quelques mots le j et le ^^ se prononcent comme un I, ex. : sii prière; zfj aumône légale; *u«j il a jeté. Suppression de Pi de prolongation.

108. Dans les mots suivants, ri de prolongation se i^etranche et il est remplacé par un — perpendiculaire mis sur la consonne qui le précédait :

sft V.

^puy. Abraham

- ^1 Isaac

\^n.Ji \ Ismaël

4^)1 Dieu

tX^i\ ceux-là

^^.^C trois [fém.)

ZJ^ id. {masc.)

Ô^U'î trente huit

pour ((

n° 108 ] Deux. part. Ch. I. Suppres. do l'i de prolong. 91

Jalouth

pour

Hareth

Khaled

iîli

celui-là

dUfS

miséricordieux «

temps

Salem Salomon

•'tr

deux

Chahân

ol-»«-*'

Saleh Talouth

Osman

Karoun

ùjjS

'cP

mais

Marouth

OjjU

ï3C-Ju

anges

Malek

celui-ci

ISU

Harouth

ce

Aaron

ÛJjIa

I^XTa

ainsi

fis^ii

Aman

iv^

ceux-ci

rv^ii

92 Deux. part. Ch. I. Lettr. sans points. Valeur des lettres. [n° 108-1 10

Remarque. LM de (J^i-j ne se retranche qu'avec l'article v>^Ji .

Le mot (^ ic huit^ forme féminine, ne perd point son \ , lorsque le i^ final est supprimé : J;lc huit, i^tl Oic dix-huit.

L'I de la particule U voici disparaît devant un pronom personnel commençant par — , ex. : t U me voici, Z U vous voici.

Quelquefois l'interjection Ll se trouve écrite sans 1 .

Dans certains mots le j et le ^^ de prolongation se retranchent après le — : J),^^Il Israël y ])our A^^Xj^li', :>^\^ David, pour :>jjb [a).

Lettres sans points diacritiques.

109. Dans les manuscrits pour plus de clarté on écrit de la sorte les lettres suivantes, qui n'ont pas de points diacritiques.

L^ urr J^ u^ J^ uf u^ 1> h

On distingue par là ces consonnes des mêmes consonnes affectées de points diacritiques, ex. : ^^ l^ Messie; eryn la jument; Ijulll le peuple; '^Ji miséricordieux.

Valeur numérique des lettres.

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