‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 151 sur 188 · VIU - DES CAS · texte numérisé non relu

VIU - DES CAS

894. Le mot cas, dérivé du latin, signifie proprement inflexion finale. Il pourrait donc s'appliquer à toutes les inflexions finales ou désinences dont sont susceptibles les mots d'une langue, et aussi bien aux verbes qu'aux noms, aux pronoms, etc. ; mais l'usage a restreint la signification de ce mot à certaines variations de l'inflexion finale des noms, des pronoms, des adjectifs et des articles.

895. Les cas sont destinés à indiquer quelle fonction un nom fait dans une proposition, et font connaître s'il sert de sujet ou s'il forme le terme conséquent d'un rapport. m

896. Les grammairiens arabes, qui comprennent dans la classe des noms les pronoms et les articles démonstratifs, distinguent les noms en déclinables et indéclinables. A cette dernière classe appartiennent les pronoms et les articles. Les noms déclinables sont appelés .>^-j«^ et les autres ^~~».La

déclinaison ou la faculté d'être décliné se nomme •^'j—iA. La

qualité d'indéclinable s'exprime par le mot *L-^. Comme nous

distinguons les pronoms et les articles d'avec les noms, nous dirons qu'il n'y a en arabe que les noms et les adjectifs qui aient des cas; quelques noms seulement sont indéclinables.

(1) Voyez, sur les cas, mes Principes de grammaire générale,î' édit., p. 81, 140 et sDivantes.

897. f Le mot ^ 'Uc', que je rends par déclinaison, signifie,

dans l'usage ordinaire, explication; et il a été donné à cette partie de la grammaire parce que, comme je l'ai déjà dit, c'est au moyen des cas ou variations des inflexions finales des verbes et des noms qu'on dislingue les rôles que ces mots jouent dans le discours et qu'on reconnaît si un nom, par exemple, y parait comme sujet d'une proposition, ou complément d'un verbe, ou régime d'un autre nom ou d'une préposition, observations d'où dépend souvent l'intelligence du discours, (i) Le motfLLj signifie construction, action de bâtir, et on l'applique aux mots indéclinables, en les considérant comme formés ou bâtis d'une manière solide et invariable.

898. Suivant les grammairiens arabes, la faculté d'être décliné est commune aux verbes et aux noms, avec celte différence que les noms sont déclinables généralement et indéclinables seulement dans certains cas particuliers et comme par exception, et que les verbes, au contraire, sont généralement et primitivement indéclinables, et déclinables seulement par exception et dans certaines circonstances particulières.

Les particules, quoique indéclinables de leur nature, deviennent cependant déclinables quand on les considère comme des noms substantifs susceptibles de recevoir des qualificatifs, ainsi que je l'ai déjà dit (no 596). Elles subissent alors des altérations dans leurs formes primitives. (2)

(1) Voyez, sur le sens du mot >-r-'l/*[> mon Anthologie grammaticale arabe, i. I, p. 186 et Î26.

(2) Voici la règle que donne à cet égard Djewhari, dans le Sihah, au mot J-J. Si la particule a plus de deux lettres, il ne s'agit que de lui donner les désinences

des noms. Ainsi, de '*^^--— r* on fait le nom >~^^'^ . Si la particule n'a que deux lettres et que la deuxième ne soit pas un élif, on doul)le cette seconde lettre

pour rendre la particule déclinable; par exemple, de Jj> et J on forme J^.'et

La déclinaison des verbes consiste dans les variations dont l'aoriste est susceptible. Ces variations, considérées comme des cas par les grammairiens arabes, et nommées a^. , ^.^-ww et f'j — ^, sont réellement ce que nous appelons des modes, comme je l'ai dit ailleurs (n» 323). Dans les noms, la déclinaison consiste aussi dans trois variations de cas ou inflexions finales, comme nous le verrons dans un instant. W

899. Des trois cas que les Arabes ont dans les noms, le premier sert à indiquer le sujet; on pourrait le nommer cas subjectif; le second indique le nom qui sert de complément à un autre nom, à un adjectif ou à une préposition; et à raison de cela, il serait bien nommé cas complémentaire; le troisième sert à caractériser le complément immédiat d'un verbe et à former des adverbes qui équivalent toujours à une préposition et à son complément; par cette raison, on pourrait le nommer cas adverbial. Vi^\?,, pour ne point introduire sans nécessité ou sans une notable utilité de nouvelles dénominations grammaticales, j'appellerai, avec les grammairiens qui m'ont précédé, le premier cas nominatif, le second génitif et le troisième accusatif; et, quoique ces dénominations ne soient pas exactes, elles indiquent cependant une analogie, qui n'est pas sans quelque vérité, entre les cas de la langue latine qui portent ces noms et ceux de la langue arabe auxquels on les a transportés.

900. f Les Arabes, n'ayant égard qu'à la voyelle ou inflexion

J. Si la seconde lettre est un élif, comme dans ^ et U, on ajoute après \'éli( un

hamza, et l'on met un medda sur Vélif; on dit donc t'S ei 1 1 «.Exemple :

i'Si^ ib! 0,J^i r tu as écrit un bon non.

(1) C'est une idée très juste et très philosophique d'avoir assimilé les modes des verbes aux cas des noms. Pour mieux sentir la justesse de ce rapport, on peut lire ce que j'ai dit, à ce sujet, dans mes Principes de grammaire générale, 2* édit., p. 148, 203 et suivantes.

finale qui distingue les cas, et non à leur usage grammatical, ont appelé le nominatif ai. élévation, parce que la voyelle qui le caractérise est un dhamma, qui se forme par la partie la plus avancée de l'organe de la parole, c'est-à-dire par les lèvres; le génitif (^a.i-^ dépression, parce qu'il est le plus souvent caractérisé par un /cesra^ voyelle dont la formation est modifiée par la partie inférieure de l'organe , et l'accusatif ^.^^-^ position, parce que sa voyelle caractéristique est le plus souvent un fatha, qui résonne dans la voûte du palais, au milieu de l'organe vocal. Le génitif se nomme aussi J=^, ce qui peut signifier attraction et indiquer sa fonction complémentaire, où il est comme attiré ou entraîné par son antécédent. W Lorsqu'un nom est au nominatif, on dit qu'il est & j — Sj — ' ; on le nomme

jojLsr^ OU jjji^ quand il est au génitif, et •^^j.jox^ quand il est à l'accusatif.

901. On peut diviser les noms et les adjectifs arabes déclinables, par rapport à la manière dont ils forment leurs cas, en deux classes. La première classe comprend ceux qui ont trois inflexions différentes et admettent les voyelles nasales ; ils sont

nommés .^jy^^ variables, parce que cette variation d'inflexions

est appelée par les Arabes ^j -o. (2) On les appelle aussi

(1) Suivant Hariri, dans son commentaire sur le Molhat alirab, le mot i — ?■

gignifle le bas, la partie inférieure de l'organe vocal, comme on dit J^->-^ ' f?pour le pied d'une montagne.

(2) Hariri, dans son commentaire sur son poème intitulé Molhat alirab, dit que l'on appelle les noms qui admettent les témoins ou voyelles nasales

',^j-^'~' , parce que l'addition du tenwin produit, dans leur prononciation, un

son aigu nommé en arabe ^— s — ij-^ [stridor], mot qui se dit proprement du

cri d'une poulie qui sert à tirer de l'eau d'un puits :

vCi! jjX.*:o>, c'est-à-dire susceptibles de variations, et très susceptibles. Leur caractère distinctif est qu'ils prennent une voyelle nasale après la dernière consonne.

La deuxième classe comprend tous les noms et les adjectifs qui n'admettent point de voyelle nasale ; ils sont nommés^— i 1, 9 v^oi^ invariables ou ^y-i^ privés de variations, parce qu'ils

n'ont, excepté dans certains cas dont nous parlerons dans la suite, que deux inflexions, l'une particulière au nominatif, l'autre commune au génitif et à l'accusatif.

On les nomme encore J»-^' j^ ij^-^ susceptibles de variations, mais non très susceptibles.

Les noms indéclinables sont nommés, comme on l'a déjà dit, ju* bâtis, c'est-à-dire immuables, etj^A^l j)j ^A-^Xj» ^-i non susceptibles de variations, ni très susceptibles.

902. t II y a deux noms qui se déclinent doublement, c'està-dire qui prennent deux fois la désinence ou du moins la voyelle caractéristique des cas, la seconde seule admettant le ienwin; ce sont les noms j j^i homme et *^i fils. On dit au nominatif jj-^l et j»-^', au génitif ^y^ et v-jI, à l'accusatif »^t eti L^-j'I.m

903. Les deux classes de noms déclinables forment deux déclinaisons qui comprennent tous les noms et les adjectifs singuliers, ainsi que tous les pluriels rompus ou irréguliers, lesquels doivent plutôt être considérés comme des singuliers collectifs que comme des pluriels proprement dits.

(1) Le grammairien Sibawaïhi assimile cette (loiil)le déclinaison à ce qui arrive

lorsque deux noms propres sont joints par le mot ^^^ ' , comme ^t-i -J— «-^

t**^, car il ne regarde le mot ^1 , avec le nom qui le précède, que comme un

seul mot. Quoi qu"il en soit de cette hypothèse, elle confirme évidemment la déclinaison anomale des deux mots 3j-^\ et (*-*-f [•

904. Quant aux duels, tant masculins que féminins, il n'y a qu'une seule manière de les décliner.

905. Les pluriels réguliers ou sains n'ont aussi qu'une seule déclinaison; mais elle a deux formes, l'une pour les masculins, l'autre pour les féminins.

906. Les duels et les pluriels réguliers, tant masculins que féminins, n'ont que deux inflexions, la seconde étant commune au génitif et à l'accusatif. (*'

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