XI - DES NOMS INDÉCLINABLES
954. t Nous avons dit précédemment (n^ 896) que les noms se divisent en déclinables .^yi» et indéclinables o^, et nous avons rendu raison de ces dénominations. Les grammairiens arabes qui disent que le nom est déclinable par sa nature et indéclinable seulement par accident (n» 898) distinguent plusieurs espèces de noms indéclinables: !<> \es pronoms j-.~-6-^;
2» les démonstratifs s^UJ ! 11! ; 3° les conjonciifs Jj-^y ; 4° quelques termes circonstantiels ou adverbes de temps ou de lieu nommés vases ^jlJ» ; 5° les numératifs J>J xJ I sLi-w! ; G» les nom.s com/posés ■^l)' — ^ — SV-^ ; 7° les nom^ des verbes, c'est-à-dire qui font la fonction des verbes, Jl — x-i^t 'L.^!; 8° enfin, les expressions substituées ou métonymies •.JiJJjyS, c'est-à-dire certains mots d'une signification vague qu'on substitue à des expressions plus déterminées.
J'ai parlé précédemment des numératifs (n»» 934 et suivants)
et des noms composés (no 912). Je traiterai séparément des articles démonstratifs, des noms et des adjectifs conjonctits, des pronoms et des adverbes de temps et de lieu; il ne me reste donc à parler ici que des deux espèces de noms indéclinables appelés noms de verbes et expressions substituées ou métonymies.
Je dois toutefois faire d'abord une observation importante relative aux noms propres, surnoms ou sobriquets qui renferment une proposition complète, comme K— i ia-J^j', ou qui sont complètement indéclinables suivant l'opinion de quelques grammairiens, comme i->'^~^. Quant à la première espèce, ils ne prennent aucune désinence grammaticale, W du consentement unanime des grammairiens, et c'est là un des cas auxquels s'applique le terme technique i-J.L^ (n» 427, no^ej. Quant aux autres, les grammairiens qui les déclinent les comprennent parmi les noms propres d'origine étrangère qui suivent la seconde déclinaison. (2)
055. f On peut distinguer les noms de verbes, c'est-à-dire les noms qui font la fonction des verbes, en deux classes.
Les uns sont de véritables adverbes ou expressions elliptiques mal à propos comprises parmi les noms, et qui remplacent dans le discours la fonction de certains verbes ou indiquent l'ellipse d'un verbe sous-entendu. Parmi ces expressions elliptiques, les unes répondent au prétérit du verbe,
( 1 ) Voyez, relativement à ces noms composés, mon Commentaire sur les Séances de Hariri, séance xxxix, p. 432.
(2) J'ai dit ailleurs comment on exprime le duel et le pluriel de ces noms propres. Voyez ci-devant, n» 888, p. 380.
Je dois observer que, suivant les grammairiens arabes, un nom déclinable,
en rapport d'annexion, devient indéclinable quand il a pour complément une
expression indéclinable, ce qui cependant ne doit pas être pris dans un sens trop
général et ne s'applique, je pense, qu'aux expressions qui, par leur nature, ne sont
pas déclinables. Cela, au surplus, appartient à la syntaxe.
comme ol44» et ^^-^, qui équivalent à Uu il est éloigné, et, dans le sens optatif (n» 381), loin d'ici; UyJ! ils sont différents;
d'autres répondent à l'aoriste, comme ^!,qui équivaut à ^^^^-Ks^jj^ il me fait mal; d'autres enfin répondent à l'impératif,
comme !->— j.^j, '-J-Jj->, .iJl-jt.qui équivalent à lj-4ij ijy-'^ ^« doucement, J—à. pretids, .^^~s^ prends garde. Je reviendrai sur cette espèce de mots en parlant des adverbes.
956. t La seconde classe des noms de verbes ne comprend que des mots de la forme JUi, qui peuvent se dériver de toutes les racines trilitères et qui ont ordinairement la signification de l'impératif du verbe, comme JIJj descends (n» 355). Quelquefois, au lieu de la forme S^> o" trouve la forme J'-*», qui cependant n'est pas admise par la plupart des grammairiens.
Ces mêmes mots remplacent quelquefois le nom d'action ou le féminin de l'adjectif verbal ; mais cela n'a lieu que dans l'exclamation ou lorsque l'on adresse la parole à quelqu'un. Exemple '■ y^ V,, c'est-à-dire ô crime/ ou bien ô scélérate/ Xsr^ est ici
pour jj-~^, nom d'action, ou pour ï^-^Lj , adjectif verbal féminin. Il y a aussi un assez grand nombre de noms propres de femme de cette même forme; ces noms sont indéclinables dans le dialecte des Arabes du Iledjaz; il y a d'autres dialectes dans lesquels ils se déclinent à la manière des noms appelés invariables,qm forment la seconde déclinaison (n" 901). Lorsque ces noms se terminent par un,, ils sont indéclinables dans tous les dialectes.
957. f Tous les noms dont je viens de parler sont indéclinables, suivant les grammairiens arabes, à cause de la ressemblance qu'ils ont avec les particules. Cette ressemblance se trouve ou dans la forme du nom, ou dans sa signification, ou
dans l'usage que l'on en fait, ou enfin dans la nécessité de joindre à ces noms un complément.
La première sorte de ressemblance est nommée ,e-»-^j a~. ressemblance dans la forme primitive et s'applique uniquement aux pronoms afiixes, qui ressemblent aux particules en ce qu'ils n'ont qu'une ou deux lettres, ce qui, suivant les grammairiens arabes, est contraire à la nature du nom.
i yt,y f c
La seconde sorte de ressemblance s'appelle ^ y^jj> t.-^ ressemblance dans le sens et a lieu dans les noms qui renferment l'équivalent d'une particule, coran:ie ^^ quand? mot qui, étant interrogatif, renferme l'équivalent de l'adverbe interrogatif I ou Jj» est-ce que[an]? et, étant conjonctif, équivaut à W lorsque.
La troisième sorte de ressemblance est nommée 3-'^*-^' '^^ ressemblance dans l'emploi et renferme les noms de verbes, tels que A^paix/ silence/ ces mots ressemblent aux particules dans l'usage que l'on en fait, en ce qu'ils influent sur la construction des mots avec lesquels ils sont en rapport, sans éprouver eux-mêmes l'influence d'aucun autre mot.
Enfin, la quatrième sorte de ressemblance, nommée a — ; — i-
Cjlixi ! ressemblance dans le besoin d'une proposition, s'applique
aux mots conjonctifs, comme ^^3J t qui, J> celui qui, U ce qui, parce que ces mots, par leur nature même de conjonctifs, exigent toujours après eux une proposition et qu'ils ressemblent en cela aux particules indéclinables, telles que les prépositions, qui exigent des compléments, et les conjonctions, qui supposent nécessairement après elles un nouveau membre de phrase qu'elles joignent à celui qui a précédé.
On admet encore une cinquième sorte de ressemblance entre les noms et les particules, qui a lieu lorsque les noms sont employés isolément et sans entrer dans la composition d'aucune proposition, en sorte qu'ils n'exercent ni n'éprouvent aucune
influence, et cette ressemblance se nomme "ILljit u-^ressemblance d'omission; mais, dans ce cas, on ne doit pas réellement dire que ce nom est indéclinable, on doit seulement le prononcer sans faire sentir aucun cas, comme on fait toutes les fois qu'un nom est suivi d'une pause. Au surplus, c'est ici une sorte de subtilité sur laquelle les grammairiens ne sont pas d'accord.