I" - DU VERBE EN GÉNÉRAL
244. Toute proposition n'est autre chose que l'expression d'un jugement de notre esprit. J'appelle jugement de notre esprit un acte par lequel il aperçoit tel ou tel être sous tel ou tel attribut. La proposition devant être le tableau de ce jugement de notre esprit et énoncer avec exactitude ce qui se passe en lui, elle doit nécessairement exprimer un sujet, un
attribut et l'existence de ce sujet avec sa relation à l'attribut.
245. Le mot qui sert à exprimer l'existence du sujet et sa relation à l'attribut est ce que l'on nomme verbe et que les
Arabes appellent JjtJ , mot qui signifie proprement aciion,ma[s qui désigne le verbe en général, parce que la plupart des verbes renferment un attribut actif.
246. Le seul verbe qu'on puisse regarder comme absolument nécessaire à l'expression des jugements de notre esprit, c'est celui qu'on nomme verbe substantif ou abstrait, tel que esse en latin, être en français. Celui-là seul ne renferme précisément que ce qui constitue essentiellement la valeur du verlre, l'idée de l'existence du sujet avec relation à un attribut.
Il y a des langues où cette idée de l'existence du sujet et de sa relation à un attribut ne s'exprime pas par un verbe, mais est indiquée soit par la position respective des mots qui expriment le sujet et l'attribut, soit par les formes accidentelles que prennent ces mots et qu'on nomme cas.
L'une et l'autre manières d'exprimer l'idée de l'existence du sujet et de sa relation à l'attribut se trouvent dans la langue arabe; la seconde est même la plus ordinaire et peut-être la seule qu'on doive y reconnaître, comme on le verra dans la suite; néanmoins, en suivant le système des grammairiens
arabes eux-mêmes, je considère ici le verbe .o être, exister comme faisant fonction de verbe substantif ou abstrait et répondant ainsi à ce qu'est notre verbe être dans cette proposition par exemple : Dieu est grand.
247. Tous les verbes qui, outre l'idée de l'existence du sujet et de sa relation à un attribut, renferment encore celle d'un attribut déterminé, forment une autre classe de verbes que je nomme attributifs ou concrets.