‹ Grammaire arabe de Silvestre de Sacy. 3. ©d., pub. par l'Institut de Carthage et rev. par L. MachuelChapitre 71 sur 188 · arrive quelquefois que l'aoriste, sans être précédé · texte numérisé non relu

arrive quelquefois que l'aoriste, sans être précédé

ni du prétérit de ^a^ , ni d'aucun autre verbe au prétérit qui remplace Tinfluence de celui-ci, a pourtant la valeur de l'imparfait, parce qu'il y a, dans les antécédents ou dans les circonstances du discours, quelque chose qui sulïït pour déterminer cette valeur temporelle. Exemples :

Dis-leur : Pourquoi donc tuiez-woî/s précédemment les prophètes de Dieu ?

Les justes boiront d'une coupe dont le breuvage est du camphre, d'une source qui servira de boisson aux serviteurs de Dieu et qu'ils feront sourdre à leur volonté (parce que de leur vivant) ils s'acquittaient fidèlement de leurs vœux et ils appréhendaient un jour dont les malheurs se répandent avec une grande vitesse ; ils donnaient à manger, f<OMr l'amour de Dieu, au pauvre, à l'orphelin, au captif (en leur disant): Nous ne vous donnons à manger que pour l'amour de Dieu.

On ne peut se dissimuler que, dans ces exemples, ',^JLlLi

et jy^. sont pour ^^^ai ''lùS et ^j^^-^ t'-'^. [/ellipse est surtout remarquable dans le dernier exemple.

Pharaon s'est élevé d'orgueil sur la (erre et il en a séparé les habitants en diverses classes; il traitait avec mépris quelques-uns d'entre eux; faisait mourir leurs enfants mâles et conservait la vie à leurs filles, car il a été du nombre de ceux qui ont fait des actions barbares. Nous voulions faire éprouver nos bienfaits à ceux qui avaient été traités avec mépris sur cette terre.

Il est évident que, dans ce passage, x>y est pour ^y Ui". Les grammairiens arabes qui disent que, dans ce cas, il y a

dL---isU Jla. Ïjo^ récit d'une chose passée, sous la forme du pré-

sent, envisagent cela d'une autre manière.'')

(1) Béïdhawi dit sur ce passage: <«9»-Jajj» i..^\^ JLa. A-)D.a. -V,;~'j

.L2JJ l^ii jUilj I4i! J^ ^ j=p\ J. ^ ^,]=)9 ^1 J^

« Le mot -^i^ exprime ici, sous la forme du présent, un événement passé;

il se joint par la conjonclion avec les mots : Pharaon s'est élevé d'orgueil sur la terre, attendu que ces deux propositions. Pharaon s'est élevé, etc., Nous voulons, etc., sont l'une et l'autre le développement du mot l'histoire, de cette phrase : Nous allons te raconter quelque chose de l'histoire de Pharaon et de Moise. » — Vovez Alcoran, sur. 28, vers. 2.

Béïdhawi veut dire que, pour donner au verbe -^ly sa véritable valeur temporelle, qui est le présent, il faut se transporter au temps où, pour punir Pharaon, qui s'était élevé d'orgueil ,]Men voulait faire éprouver ses bienfaits aux enfants de Jacob.

\jc, terme technique V. L-X^s. signifie en général employer, en parlant d'une

chose ou en la racontant, la même forme dont on aurait usé au moment même oii elle se passait, ou bien oii elle aura lieu. Elle est donc applicable aussi bien à l'expression du futur qu'à celle du passé. Ainsi l'emploi qu'on fait d'un temps

présent, passé ou futur peut être conforme au fait ^'^f^^ , si ce qu'on énonce est effectivement présent, passé ou futur, por rapport au moment où, l'on parle

^Ja-SJ ! ,,,(>', ^1 tJà^' Lj , ou bien être fait en manière de récit ï-jL^^a.. , \ ^ iy > * -^ ■ " '

lorsque vous exprimez, par exemple, sous la forme du présent, une chose passée ou future, n'ayant égard qu'à l'époque à laquelle la chose appartient effectivement, abstraction faite de sa relation avec l'acte de la parole. Cette expression peut même s'appliquer à un impératif. Par exemple, Béïdhawi, sur ce passage

de l'Aleoran, sur. 43, vers. 23

aIIc «-''"jiJ=>.j L*^ ^^V -«^-^^-^ ^jl J-9

428. Si l'on fait atteation que l'imparfait offre l'action sous un double point de vue, comme passée par rapport au moment où l'on parle, et comme présente par rapport à une époque dont on parle et à quelque événement qui y a eu lieu, on reconnaîtra que l'union d'un prétérit avec l'aoriste, qui de sa nature exprime le présent, est très propre à rendre cette double vue de l'esprit. I')

429. Outre le prétérit antérieur et le présent antérieur, que les Arabes expriment en ajoutant le prétérit du verbe ')^ a un

«TîLj' , dit que cet impératif ^JJ est ^J'-' j-^' ^'^-^ '« représentation

d'un impératif passé, c'esi-à-dire que c'est la même chose que si l'on eût dit :

J3 j-iJ^Sj J-^ *J', ensuite, il fut dit au prédicateur : Dis, etc., en sorte

qu'au lieu de raconter un événement passé, on le met en scène, comme s'il avait lieu au moment même, sous les yeux de ceux à qui l'on parle.

Le mot 'i-^'^ signifiant récit et imitation, les emplois divers qu'en font les

grammairiens arabes paraissent avoir été pris tantcH de la première de ces signilicatious, tantôt de la seconde. On peut voir, relativement à ces diverses acceptions, mon A nthologie grammaticale arabe, p. 47, 105 et sui v., ,321 et 342.

Le savant M. Sam. Lee, dans sa grammaire hébraïque (a Grammar of ihe hebrew language, Londres, 1827), a rapporté, p. 3io, un passage important du commen-

taire de Djami sur la Cafiyya d'Ebn Alhadjib, relatif au mot ÏJ'^ et à ce que

les grammairiens entendent par cette expression quand elle s'applique à la valeur temporelle des verbes, mais il ne l'a pas parfaitement compris. Je reviendrai peut-être là-dessus quand je traiterai de la syntaxe spéciale de la particule

c^ suivie d'un verbe à l'aoriste.

(I) L'aoriste de l'indicatif a très souvent, dans l'Alcoran, la valeur de l'imparfait après l'adverbe conjonctif de temps ■>' , parce qu'il y a ellipse d'un antécédent qui ne peut être autre que ^^ '^j^ -' souviens-toi de ce qui est arrivé alors que, etc. Car le sens propre de la particule ou adverbe conjonctif de temps

■>' est d'indiquer la simultanéité de deux événements, soit passés, soit présents ou futurs. — Voyez des exemples de cela dans l'Alcoran, sur. 8, vers. 30, 4S, 46,

etc. — Voyez aussi ce que j'ai dit ci-devant, relativement au mot^-^-' je me souviens, w 390.

prétérit et à un aoriste, ils ont encore recours à un moyen semblable pour rendre le futur passé. Pour cela ils combinent

l'aoriste du verbe ^^ avec un prétérit et quelquefois ils interposent la particule j3 entre les deux verbes. Exemples :

Ils disent : Quand s'effectuera cette menace, si vous êtes véridiquesf Dis : Il est possible que déjà sera montée en croupe derrière vous une partie de ce dont vous hâtez l'arrivée par vos vœux.

Jetez-vous sur leurs chameaux ; prenons-les, et alors nous aurons pris notre revanche du mal qu'on nous a fait.

j^' Us^^

/e louerai des gens pour le porter chez moi, et je partirai le dernier après eux tous; par ce moyen, il ne sera resté derrière moi rien à faire ni à transporter qui me cause des soucis, et je me serai rendu un service à moi-même , en épargnant à mon corps un travail fatigant, au moyen d'un modique salaire que je donnerai à ces gens.^^)

(I) Voici encore un exemple évident de celte union de raorisle de ,.i'-==> avec un prétérit. Tebrizi, dans son Commentaire sur le Hamasa, explique ce vers de Taàbbata Scharran :

« J'offre un présent de mes éloges, et je les adresse à mon excellent cousin Schems, fils de Malec. »

Et il en analyse ainsi la construction :

^,y.O' iji J^. j.4*e (3^-^ j' j^*?^ c>^-^' ' if Ji^ ^^^ ^ '(

bUl

430. L'usage que font les Arabes du verbe ^^ pour modifier la valeur du prétérit et des aoristes pourrait faire envisager ce verbe comme un verbe auxiliaire, mais ce serait une erreur. L'emploi du prétérit ou de l'aoriste du verbe Ji'^=' n'a réellement pour objet que d'exprimer, par la réunion de deux

verbes, soit au même temps, comme ^^/ .1*^^ il avait écrit,

soit à des temps différents, comme >^^j ij'^^^ '' écrivait et

--^^ (J.rH ''^ '^w''''' écrit, cette double relation de temps, qui est inhérente au prétérit antérieur, au présent antérieur et au futur passé.

La preuve que |j'^= n'est point dans ce cas un verbe auxiliaire peut se tirer de plusieurs observations :

10 On omet ce verbe toutes les fois qu'il y a dans les antécédents quelque chose qui peut remplacer son influence;

2" Il n'est pas nécessaire que le verbe j'-== soit à la même personne ni au même nombre que le verbe sur lequel s'exerce son influence; c'est ce qu'on voit dans l'exemple suivant :

Lorsque je me fus présenté devant lui (et déjà l'on m'avait dit précédemment : Il ne manquera pas de te questionner et de t'interroger ati sujet des propos qu'on lui a rapportés de toiJ,j'éprottvai cette crainte et cette frayeur qui se sont emparées de moi.

« Le tam des mots libni cimmi' ssidki peut dépendre de mohdin, et si vous admettez cela, vous aurez donné le régime au premier verbe; eu ce cas, il eût été mieux de dire félcasidon iyyahou hilii; ou bien, il peut dépendre de fékasidon, auquel cas vous aurez donné le régime au second verbe. »

On dirait de même L£3 J-^^-s j,s L:.^= on nous avait dit, et coyf l^Lo! j^3 vj:^L^= «ne maladie était survenue à e/Je;

3" Il arrive souvent que le verbe |jLj=, placé devant un prétérit ou un aoriste, a une destination toute différente et n'influe sur la valeur temporelle des verbes qui le suivent qu'en détruisant ou épuisant sur lui-même l'influence d'une conjonction ou d'un autre mot qui emporte l'idée d'une condition. Ainsi, . -^ ,.,! signifie s'il écrit (à la lettre, s'î7 écrira);

v^.ir ,Lr .J s'il a écrit; J-Xi oXJ- Jjti ,f veut dire celui

qui fera cela sera mis à mort, et J^ v t^..b Jjtj ,L> ^^ celui qui a fait cela a été mis à mort.

Au reste, ce n'est pas ici le lieu de développer l'analyse des propositions qui renferment ainsi deux verbes dont l'union sert à compléter l'idée temporelle qu'il s'agit d'exprimer.

431. La théorie que nous venons d'exposer relativement à l'usage des temps, dans la langue arabe, paraîtra peut-être au premier coup d'œil très compliquée; cependant, on peut assurer que, dans la pratique, la valeur des temps est sujette à bien peu d'incertitude, si ce n'est dans l'Alcoran, livre dont le style elliptique, figuré et souvent incohérent, prête quelquefois à diverses interprétations. En général, cette théorie peut se réduire à quatre principes généraux : 1» que les doux formes temporelles des verbes arabes ont par elles-mêmes des valeurs déterminées, l'une signifiant le passé, l'autre le présent et le futur; 2° que souvent il est absolument indifférent de considérer ce second temps comme présent ou futur, et que, quand cette distinction est nécessaire, les moyens de la faire ne manquent point; 3» que, dans une multitude de cas, la valeur temporelle des propositions, au lieu d'être déterminée par les formes des verbes, l'est, soit par les conjonctions et les adverbes conjonctifs de temps, soit par les adverbes négatifs ou quelques autres particules à l'influence desquelles les propositions sont

soumises, soit enfin par le rapport même que les propositions ont entre elles; 4" enfin, que l'intervention du verbe i^^ sert essentiellement à modifier la valeur des temps du verbe. La syntaxe jettera encore un nouveau jour sur cette matière, et la pratique rendra très facile l'application de la théorie.

§ X — CONJUGAISON DE LA VOIX OBJECTIVE D'UN VERBE TRILITÈRE PRIMITIF RÉGULIER

432. Les verbes arabes n'ont que deux temps à la voix objective : le prétérit et l'aoriste.

433. Le prétérit objectif ne diff'ère du prétérit subjectif qu'en ce que, à la voix objective, la première lettre radicale a toujours pour voyelle un dhamma et la seconde un kesra, quelle que soit d'ailleurs la voyelle de la deuxième radicale à la voix subjective. Du reste, les nombres, les genres et les personnes se forment de la même manière pour l'une et l'autre voix. Exemples : v-c:= , 0-^;^:= , etc.

434. A l'aoriste, les créments ou lettres ^^' ont toujours pour voyelle un dha7nma,e\. la voyelle de la deuxième lettre radicale est toujours un fatha. Ces deux caractères sont les seuls qui distinguent l'aoriste de cette voix de celui de la voix subjective. Exemples : v^;™i > ^7-"^^-^> etc.

435. Tous les modes de l'aoriste ont lieu à la voix objective comme à la voix subjective.

436. La voix objective n'a point d'impératif; on y supplée par l'aoriste du mode conditionnel, qui, comme on l'a déjà vu (no 419), remplace souvent l'impératif.

437. Ces observations pourraient suffire pour conjuguer un verbe à la voix objective; néanmoins, pour en faciliter aux commençants l'application, on a cru devoir joindre ici un tableau qui présente le paradigme complet du verbe primitif trilitère régulier à la voix objective.

§ XI — VERBES DÉRIVÉS DU VERBE TRILITÈRE PRIMITIF ET VERBE QUÂDRILITÈRE PRIMITIF AVEC SES DÉRIVÉS

438. Dans lous les verbes dérivés, ainsi que dans les verbes quadrilitères primitifs, les inflexions finales qui servent à fornaer les temps et les modes, ainsi que les nombres, les genres et les personnes du prétérit, de l'aoriste et de l'impératif, sont les mêmes que celles du verbe trilitère primitif. Les lettres caractéristiques ou créments de l'aoriste sont aussi les mêmes dans tous ces verbes.

Il n'y a donc à considérer dans lous ces verbes que les voyelles des lettres radicales et celles des lettres caractéristiques de chaque forme dérivée et des créments de l'aoriste.

439. On peut diviser à cet égard toutes les formes des verbes dérivés en deux classes : la première contient les deuxième, troisième et quatrième formes du verbe trilitère et la forme primitive du verbe quadrilitère, que nous joignons à ces formes dérivées du verbe trilitère parce qu'elle suit les mêmes règles. La deuxième classe comprend toutes les autres formes dérivées des verbes primitifs, soit trilitères.soit quadrilitères.

440. Ce qui distingue principalement ces deux classes, c'est que, dans la première, les lettres ^i ou créments de l'aoriste sont affectées de la voyelle dhamma, a.u lieu que, dans la seconde classe, ces lettres ont toujours pour voyelle un falha,c& qui ne doit cependant s'entendre que de la voix subjective de chacune des formes dérivées.

Comme toutes les inllexions finales sont conformes à celles du verbe trilitère primitif, il suffit de donner ici le premier mot de chaque temps de chacune de ces formes dérivées, tant à la voix subjective qu'à la voix objective.

441. PARADIGMES des différentes formes de verbes dérivés du verbe Irilitère qui appartiennent à la première classe, et de la forme primitive du verbe quadrilitére.

Formes

4e ire

VOIX SUBJECTIVE

VERBE TRILITÈRB

Prétérit Aoriste

VERBE QCADRIUTERE

Impératif

JUj»

Formes 2e

VOIX OBJECTIVE

VERBE TRILITÈRS

Prétérit

Aoriste

ire

VERBE QUADRILITERE

OBSERVATIONS sur la voix objective

442. Au prétérit des verbes de cette première classe, l'avantdernière radicale a toujours pour voyelle un /atha.

443. A l'aoriste, cette même lettre a toujours pour voyelle un kesra.

444. Les créments de l'aoriste ont toujours pour voyelle un dhamma.

445. L'aoriste a tous les mêmes modes que dans la conjugaison du verbe primitif, et il les forme de même.

446. L'impératif se forme de l'aoriste conditionnel, par la suppression des créments; il a aussi les deux formes énergiques.

447. L'é/t/ caractéristique de la quatrième forme disparait toutes les fois qu'il survient, avant les lettres radicales, une lettre servile formative, comme, par exemple, à l'aoriste; ainsi on écrïl j^^ et nonj^\j.

OBSERVATIONS sur la voix objective

448. Au prétérit objectif de la troisième forme, Véli/'qmescent caractéristique de cette forme se change en un j , à cause du dhamma qui le précède (n" 180).

449. Les voyelles de la deuxième lettre radicale et des créments de l'aoriste sont les mêmes qu'à la voix objective du verbe primitif.

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