CHAPITRE PREMIER
Des sons et des articulations — Alphabet arabe
1. Les éléments de la parole sont de deux sortes : les sons, nommés aussi voix par quelques grammairiens, et les articulations.
Les sons consistent en une simple émission de l'air, modifiée diversement. Ces diverses modifications dépendent principalement de la forme du passage que le canal vocal et la bouche prêtent à l'émission de l'air, mais elles n'exigent aucun jeu des organes extérieurs; les sons peuvent avoir une durée plus ou moins prolongée.
Les articulations sont formées par la disposition et le mouvement subit et instantané des difïérentes parties mobiles de l'organe de la parole, telles que les lèvres, la langue, les dents, etc. Ces parties, diversement disposées, opposent un
obstacle à la sortie de l'air; et, lorsque l'air vient à vaincre cet obstacle, il donne lieu à une explosion plus ou moins forte et diversement modiOée, suivant le genre de résistance que, par leur disposition, les parties mobiles opposaient à sa sortie.
La conséquence de ceci est qu'une articulation n'a par ellemême aucune durée et ne peut être entendue que conjointement avec mi son : ainsi, quand nous prononçons ba, on entend en même temps l'articulation produite par le jeu des lèvres qui opposaient une résistance à la sortie de l'air, et le son a.
L'aspiration plus ou moins forte est comprise avec raison parmi les articulations, dès qu'elle dépasse celle qui est indispensable pour la simple émission de l'air, et qui, diversement modifiée, produit les divers sons.
La réunion d'une articulation et d'un son forme un son articulé.
2. Les éléments de l'écriture, destinés à représenter ceux de la parole, sont, comme ceux-ci, divisés en deux classes : les uns peignent les sons, les autres les articulations.
3. On donne aux sons, et aux signes dont on se sert pour les représenter, le nom de voyelles. Les articulations et les signes par lesquels on les représente sont nommés consonnes.
4. Chez le plus grand nombre des peuples, les signes qui représentent les sons et ceux qui peignent les articulations sont de la même espèce : ils sont compris les uns et les autres sous la dénomination commune de lettres.
Il est néanmoins des peuples, tels que les Hébreux, les Phéniciens, les Syriens, etc., qui n'écrivent ordinairement que les consonnes; et, lorsqu'ils veulent peindre les voyelles, ils emploient pour cela des figures qui se placent, non dans la s^rie des consonnes, mais au-dessus ou au-dessous de ces
lettres.!') Lorsqu'il est question de ce système d'écriture, on ne donne le nom de lettres qu'aux signes représentatifs des articulations. Les signes représentatifs des sons se nomment points-voyelles, ou motions. Le premier de ces noms est dû, parmi nous, aux grammairiens hébreux, qui, vraisemblablement, le tenaient des premiers grammairiens arabes, et il vient originairement de ce que les sons, ou du moins une grande partie des sons, ne sont représentés que par des points dans l'écriture hébraïque. Le second est commun aux grammairiens orientaux en général, et ils ont ainsi nommé les signes des voyelles parce que, sans l'émission d'air qui forme le son et qui meut ou met en jeu les parties mobiles de l'organe, l'explosion de la voix ne pourrait avoir lieu, lors même que ces parties de l'organe ont reçu la disposition nécessaire pour produire telle ou telle articulation.
Les Arabes sont du nombre des peuples qui ont admis ce dernier système d'écriture : toutes leurs lettres sont des consonnes; elles sont au nombre de vingt-huit. Outre cela, ils ont, pour les voyelles, trois signes qu'ils appellent, d'un nom générique, motions.
5. f II est assez vraisemblable que, parmi les lettres des Arabes, ainsi que parmi celles des Hébreux, il y en a eu autrefois plusieurs qui ont fait, au moins dans certains cas, les fonctions de voyelles : cela parait même certain de Vélif, du waw et du ya, qui, dans le système actuel de l'écriture arabe, semblent faire encore souvent cette fonction. Le loarc et le ija sont même souvent prononcés, dans le langage vulgaire,
(1) D'autres peuples attachent le signe de la voyelle à celui de la consonne, au moyen d'une légère variation dans la figure de celui-ci. Tel est le système d'écriture des Ethiopiens et des Syriens ou Chaldéens connus sous le nom de Sabéens, Mandaïtes, ou Chrétiens de Saint-Jean. On peut appeler ce système d'écriture écriture syltabique.
lorsqu'ils se trouvent au commencement d'un mot, comme nos voyelles on et /.(') Je crois qu'on pourrait en dire autant du hè et du ha : la première de ces deux lettres, dans la prononciation vulgaire, répond souvent au son de notre a ou é/<2) et, dans la prononciation de la seconde, on entend un è suivi d'une aspiration, (3) surtout lorsque cette lettre se trouve à la fin d'un mot. Peut-être le aïn a-t-il aussi été employé anciennement comme voyelle; il parait même encore aujourd'hui, dans le langage vulgaire, réunir le son d'une voyelle, et le plus ordinairement celui de la voyelle a, à son articulation particulière.!*) Je ne crois pas devoir m'arrêler à la discussion de cette question, qui est problématique et contestée entre les savants.